‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 11 sur 35 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

2. Voir Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Tuetey (collection de l'histoire de Paris), p* 144.

3. Petit de Jiilleville, passimy t. I«^, p. 387 et suivantes.

4. Les frères Parfait, Cette théorie a été acceptée par Victor Fournei dans ses Curiosités théâtrales (Paris, 1859) p. 5, et par Emile Morice dans son Essai sur la mise en scène. Nous avons dit plus haut sur quel texte mal interprété ils Tont établie.

5. Paulin Paris, Cours de littérature du moyen âge au Collège de France; leçon du 7 mai 1877. Alphonse Rover dans son Histoire du théâtre, a le premier pris parti pour la théorie que M. Paulin Paris avait exposée au Collège de France. Voir I" vol., p. 153 et suivantes.

Paris, nous croyons que dans quelques cas, certains décors d'échafaudage étaient à deux élages.

Le Paradis, les places des prophètes, par exemple, ou tout aulre endroit occupé par des figurants furent quelquefois installés au 2' étage, tandis que TEnfer était souvent situé au-dessous de la scène proprement dite et que figurait notre monde. Cette disposition permettait de mettre simultanément sous les yeux des spectateurs une scène se déroulant à la fois sur terre et aux Enfers. Ainsi dans le Mystère de la Passion, on voyait l'âme dHérode, entraînée en Enfer, y subir les plus cruelles tortures, tandis qu'on assistait sur terre aux funérailles magnifiques dont on honorait sa dépouille mortelle*.

La scène elle-même affectait divers contours : elle était tantôt ronde, tantôt elle avait la forme d'un croissant, mais le plus souvent elle avait celle d'un rectangle allongé. Le premier plan ou scène proprement dite, qu'on appelait champ, était l'endroit où se passaient les grands événements, où les acteurs discouraient; au fond, derrière le cA«m/?, s'élevaient les décors, maisons, monuments , toujours ouverts du côté du public. Ces décors étaient placés à côté les uns des autres : pour la Passion par exemple, il y avait le palais de Pilate, le temple de Jérusalem, la montagne du Golgolha et la grotte de la Mise au tombeau sur une même ligue.

La dimension de la scène variait : ainsi la Passion, représentée en tableaux vivants, en 1420, pour l^entrée des rois de France et d'Angleterre à Paris, était jouée sur un échafaud de 400 pas de long*, tandis qu'à Romans, en i509, au Mystère des trois Doms, Téchafaud avait seulement 36 pas de long sur 12 de large ; il était construit sur piliers dans une cour rectangulaire et adossé à une église^

1. G. Brouchond, Les Origines du théâtre de Lyon» Lyon, Scheuring, 1865, p. H.

2. Voir Journal d'un bourgeois de Paris, publié par Tuelev, passim, p. 144.

3. Ulysse Chevalier, Mystère des trois Domsjoué à Romans en 1509. Romaos, 1887, in-n», p. 20.

Les parties différentes de la scène construite à Rouen, en 1447, pour la représentation du Mystère de F Incarnation et Nativité nous sont connues : « estoient les eslablîes assises en la partie septentrionale du tieuf marché^ depuys Thostel de la Hache cowrownec jusqu'en Thostel où pend Tenseigne de ÏAnge, Premièrement vers orient, paradis ouvert fait en manière de tlirône et réons* de tout entour. En milieu duquel est Dieu en ' "^ une chai ère parée et au costé destre de lui Paix et soubz elle Miséricorde. Au senestre Justice et soubz elle Vérité et tout

entour d'elles ix ordres d'anges les ungs sur les autres La

maison des parens Nostre Dame ; son oratoire ; la maison de Elizabeth en montagne; le logis de Syméon; le temple de Salomon; la demeure des Pucelles; Tostel de ^Gerson scribe; le lieu du peuple payen; le lieu du peuple des Juifs; le lieu de Joseph et de ses deux cousins; la crache es bœufs; le lieu où Ton reçoit le tribut; le champ aux Pasteurs contre la tour Ader; le chasteau de Sirin prevost de Syrie; le temple Apollin; la maison de Sybille; le logis des princes de la Synagogue; la chambre de Tempereur; le throsne d'icelluy; la fontaine de Romme ; le Capilole; Enfer faict en manière d'une grande gueuUe se cloant et ouvrant quant besoing en est. Le limbe des Pères faict en manière de chartre et n'estoient veus sinon au dessus du faulx du corps; les places des prophètes en divers lieux hors des autres. » En tout vingt-quatre lieux divers, plus les échafauds des prophètes probablement placés dans l'auditoire, ou dominant la scène, au-dessus de l'une des constructions précitées.

On le voit, le décor commençait d'un côté par le Paradis et finissait de l'autre par l'Enfer.

Le Paradis à Rouen était à plusieurs étages : Dieu le Père siégeait sur un trône fort élevé au-dessus du plan de la scène; diverses estrades ou gradins le séparaient de ce plan et, sur ces gradins, se plaçaient la figure de la Justice et les neuf ordres

i. Rayons.

d'anges qui l'entouraient. Quant à la mansion où étaient les Pères de l'Eglise, elle se trouvait, comme cela s'est présenté en plusieurs autres circonstances, dans une des loges, au milieu de l'assistance *.

Les divisions de l'estrade, constituant chacune une scène indépendante, s'appelaient sièges, mansions, loges. Rien de fixe dans la forme de la scène qui changeait suivant son emplacement : tantôt elle était adossée à une muraille existant déjà ou construite en planches; tantôt elle était sans face ni derrière, et l'assistance l'entourait de toutes parts, comme nous le montre le plan à la plume du manuscrit de Donauschingen*.

La pièce se jouait comme dans les cirques. Ainsi avons-nous vu, en 1536, la Passion jouée à Bourges. Outre le dessin à la plume de Donauschingen, nous avons la représentation d'un Mystère sur une miniature de Jehan Fouquet exécutée pour le livre d'Heures d'Etienne Chevallier^ datant par conséquent de 1460 environ. La reproduction d'un Mystère par Jehan Fouquet a d'autant plus d'intérêt qu'elle est évidemment prise sur le vif; car il fut chargé, en 1461, de monter les Mystères qui devaient être joués à l'entrée de Louis XI à Tours.

Quelque importante et intéressante que soit cette figuration, elle paraît avoir été, jusqu'à présent, inconnue des différents auteurs qui ont écrit sur la mise en scène des Mystères. Elle représente le martyre de sainte Apolline; la sainte est étendue, liée sur une planche; le bourreau lui arrache la langue avec des tenailles, deux de ses aides la ligottent, tandis qu'un autre, qui vient de se livrer à des actes d'une inconvenance grossière sur la martyre, remet ses braies*; un sergent à verge lit la sentence

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