Ulysse Chevalier, passim, p
SO H£Vt£ ARCHÉOLOGIQUE
c'est lui qtiitnonte les treuils, les poulies et tous les appareils de machinerie si estimés alors pour produire les volleries et autres effets de sorcellerie incompréhensibles pour l'auditoire.
Les exemples sont assez nombreux pour attester que la décoration des principaux My&tères fut Toeuvre des meilleurs peintres et que ces artistes, variant leurs genres de production à l'infini, les réduisaienten miniatures ou les traduisaient par de gigantesques décorations exécutées à la brosse, à gros effets, mais probablement sur des études aussi minutieuses que les planches des manuscrits. Un peintre ne croyait pas s'abaisser en quittant la peinture d*un tableau et en peignant une bannière, un écusson, ou même en colorant des sculptures d'un autre artiste*.
Il n'est pas inutile de noter que chez ces maîtres primitifs, créateurs de l'École fraliçaise, le principe dô l'unité de Tart était en pratique de la façon la plus large. Si Ton pense à la manière dont ils exécutaient les décors, on doit supposer qu'il y a loin entre les vastes ateliers de nos décorateurs modernes et ceux de Jean Foucquet et de Poyet. Telles que nous les connaissons aujourd'hui, ces maisons du xv** siècle, avec leurs petites fenêtres et leurs toits élevés, ne pouvaient offrir aux peintres de grands locaux. C'était sur les charpentes des échafauds, en plein air, qu'ils brossaient leurs toiles, abrités par un vélum tendu pour la circonstance, tandis que les esquisses étaient faites dans leur intérieur.
La tradition de peindre les décors de théâtre s'est toujours conservée en France et à notre époque nos décorateurs sont des maîtres incomparables qui rendent les théâtres d'Europe et d'Amérique nos tributaires pour cette partie artistique.
Les textes précités montrent tous les grands peintres des xv» et xvi*' siècles travaillant à des décors*.
L'art, avec son expression la plus élevée, venait dans ces
i. Voir Henri Bouchot, Gazette des beauœ-artSf année 1890, 2c semestre, deux articles consacrés à Jehan Fouoquet.
2. M. Natalis Rondot signale, dans son ouvrage Les Peintres de Lyon (p. 27), plus de cinq cents peintres qui ont fait à Lyon, aux xiv«, xv" et xyi® siècles, des décors sur les voies publiques et sur les échafauds des Mystères. Nous ren-
ÉTUDE SUR LfiS HtStÈHËS Âtl MOYEN AGE 5l
repréâeiilatioas au secoui^s de là littérature. G^esl uH fait qu'il impoi'te de mettre en lumière pour répondre à une certaine école critique qui refuse au^ artistes français le mérite d*avoir fait de là peinture proprement dite, fresques ou décorations, comme le faisaient les peintres italiens duxiv^et duxv* siècle. Nous venons de voir, au contraire, que nos miniaturistes et nos Verrierâ s'adonnaient à là grande peinture décorative, à effets puissants, destinée à être vue de loin et à se tnarier avec de grands monuments, toutcomme ils exécutaient de petites miniatures délivres d^heures et de manuscrits. Ce sont là des faits indiscutables d'Une grande importance danâ l'histoire de l^art en France et qu'il était intéressant dé mettre éti lumière '.
Lés pièces profanes et les confréries*
L'art décoratif et le luxe se développaient donc sur une haute échelle dans la plupart des représentations de province : il en était tout autrement à Paris, où les spectacles ne demeurent pas exclusivement religieux; car, à côté des célèbres Confrères de la Passion, se créent des sociétés de jeunes gens, étudiants ou
autres, élèves de la Basoche, Enfants sans Soucis, etc qui
organisent des représentations de moralités et de farces.
voyons à cet inléressatil volame pour la nomenclature de tous ces peintres dont plusieurs ont joui d*un certain renom à ces époques.
Nous n'avons trouvé nulle part le nom de Colart de Laon ; cependant il parait aussi avoir fait des décorations de théâtre, car, en 1400, nous le voyons exécuter a 4 grans pièces de toile en manière de grans tappis, les patrons de faire 4 tapiceries » et, deux ans plus tard, il peint un équipement d'homme à cheval pour la joute destinée au Roi (1402) {Archives de l'Art français , t. V, p. 183). Enfin il fdt la décoration pour les obsèques de Henri de Bar (1397) (Catalogue Joursaïuvault^ p. 1 40, n° 822) ,
1. Pour appuyer cette thèse, il suITit de rappeler la découverte que vient de faire, à Cahors, M. Corroyer, architecte du Mont-Saint-Michel. Chargé de Tentretien de la cathédrale de cette ville, il découvrit sous plusieurs couches de badigeon une frise considérable couvrant toute la coupole centrale. Cette frise nsprésenté le Christ et les douze apôtres ainsi que divers sujets hiératiques.
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Certaines pièces se doanent en plein air : telles sont les scènes mimées des entrées royales et les moralités ou soties que représentent des étudiants de l'Université sur une place publique, tantôt sous une tente, tantôt sans aucun abri. Les Confrères de la Passion, au contraire, jouent, dès le xvi" siècle, dans une salle fermée, c'est-à-dire sur un théâtre encore fort primitif,!! est vrai.
Quelquefois des corporations ou des troupes d'étudiants obtiennent du Parlement l'autorisation de jouer dans la grande salle du Palais que l'on dispose en théâtre pour la circonstance.
Enfm il y a d'autres confréries que celle de la Passion, qui ont une salle à elles et qui y jouent des Mystères; ce sont, entre autres, les Confrères de Nolre-Dame-de-Liesse et ceux de Saint- Louis établis à la chapelle Saint-Biaise à Paris. Les premiers ont un répertoire de petites pièces religieuses qu'ils représentent encore au commencement duxvi" siècle. Mais leur mise en scène est peu compliquée, sinon nulle. Leurs spectacles ne doivent être donnés que pour les membres de la confrérie, leurs parents et leurs amis; car ils ont lieu dans le local où est fixé le siège de la compagnie; et, quelque important qu'on puisse le supposer, il ne devait pas permettre un grand déploiement de mise en scène que, d'ailleurs, l'action des pièces n'exigeait pas. Ces représentations sont surtout une occasion de réunions et de banquets copieux qui, demeurés légendaires, ont fait attribuer à cette association, plus ou moins religieuse, le sobriquet populaire de « Confrérie aux Goulus »'.
Ces représentations ne sont pas sans intérêt pour nous. Car les femmes y figuraient sur la scène et c'est le seul exemple de ce fait que nous ayons constaté à Paris avant le xvii» siècle'.
Les Confrères de Saint-Louis doivent mieux faire puisqu'ils demandent à Pierre Gringoire un Mystère représentant les hauts faits de leur patron et qu'ils le jouent en plusieurs journées. Ce Mystère compte soixante personnages, dont aucun surnaturel,