‹ Étude sur les mystères au moyen âgeChapitre 35 sur 35 · Villemain, Cours de littérature du moyen âge · texte numérisé non relu

Villemain, Cours de littérature du moyen âge

du crime qu^on leur abandonne et rachèTent. Toutes les tristesses de la Passion^ le reniement de saint Pierre, les douleurs de la Mère au pied de la croix : pouvait-il exister jamais tragédie plus déchirante? »

Non ! mais le poète a manqué à ce sujet et, depuis Jean BodeK le théâtre dramatique du moyen âge n a pas enfanté une seule œuvre sublime.

Il était impossible qu'il en fût autrement. Le théâtre du moyen âge, par sa nature, n'était qu*un spectacle des yeux et une fête mondaine. Le luxe qu'on y déployait le prouve. La mise en scène en était donc le grand attrait et le véritable élément. La littérature et le sentiment n'y venaient que comme appoint. Le dialogue quoique indispensable, — car sans lui, il n*y eût point existé de théâtre, — ne servait qu*à présenter et à expliquer les tableaux et les figurations multiples que Ton offrait aux regards des spectateurs, comme des légendes expliquent les sujets d'une succession d'images dont le tout forme une histoire.

La société, en raison de ses mœurs et de son éducation, ne de mandait pas davantage. L'instruction faisait défaut; la ferveur de l'époque des Croisades et de la construction des grandes cathédrales, qui avait suivi les terreurs provoquées par la crainte de l'au mil, avait disparu. Un besoin général de plaisir avait succédé à la guerre de Cent ans. Aussi aucune classe sociale ne pouvait s'intéresser à des productions purement intellectuelles ou religieuses.

Qu*aurait donc fait alors un poète, en écrivant un chefnl'œuvre qui serait resté incompris et dont le succès, au cas où il en aurait eu un, n'eût été obtenu ni par rélévation des idées ni par la beauté du style, ni parle sentiment dramatique, ni par les situations scéniques d'une action habilement conduite? Seule la mise en scène eût été la cause de son succès, car on allait au Mystère pour voir et non pas pour entendre.

Là est la raison pour laquelle il n'est rien sorti, au point de vue littéraire, du théâtre du moyen âge!

Germain Bapst.

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