Petit de Julleville, t. 1", p. 457 et Morice, p
3. Ce renseignement nous a été communiqué par M. le comte de Lanjuinais, député du Morbihan. Nous tenons à le remercier vivement de l'obligeance qu'il a mise à nous aider dans nos recherches sur les Mystères de Bretagne.
4. Ces renseignements nous ont été transmis par M. Ch. Estienne, archiviste du Morbihan, auquel nous adressons tous nos remerciements.
6â AevRë ÂRcitÉoLoGlQtnf
couverts d'enranls. C'est stirloul à Pluzunet que s'est conservée
^ ' la principale école de déclamation des Mystères bretons : en 1867,
M. Luzel y recrutait une troupe qui joua k Saint-Btieuc le Mystère
Ide Sainte- Tryphine; en 1875 on jouait à Plouaret les Quatre fils Aymon ; mais les acteurs n'étaient pas bons et la mise eb scène y était déplorable. En 1878, les 22 et 23 avril, nouvelle reprôsetltalion de Sainte- Tri/phine k Pluzunet, pendant les fêleS dé . Pâques : c le théâtre avait été dressé dans une aire à battre le
blé, entourée de murs de tous côtés^ et aU fond de laquelle, aU nord, se trouvait une g-rande grange avec large ouverture au sud.
iLa scëne, élevée d'environ 1",JJ0, large de près de IS pas sur 10 de profondeur, était à ciel ouvert et construite en planches posées sur des barriques et des chevalets; à gauche et au fond, des toiles, tendues en manière de rideaux, s'écartaiebt à volonté pour laisser entrer et sortir les acteurs. Le commun des spectateurs ne payait que 10 centimes et Se tenait debout sUr le sol de l'aire qui représentait le parterre. Les places assises coûtaient k 25 centimes. Lagrange, devant laquelle s'élevait le théâtre, tenait
I lieu de vestiaire, de coulisses et de foyer. Les acteurs qui n'étaient
pas en scène s'y habillaient, repassaient leurs rA les, fumaient et buvaient du cidre (l'eau-de-vie était prohibée). Le souffleur, placé derrière la toile, entre la scène et celte grange, observait, par une petite ouverture, ce qui se passait, indiquaitl'enttée et la sortie, des acteurs, et soufflait à ceux auxquels la mémoire faisait défaut \ « Quant aux costumes, ils étaient des plus simples : le roi Arthur
' avait sur la tête une couronne dentelée en carton doré ; Sur les
1 épaules, un manteau blanc parsemé d'étoiles et de fleurs de Us
I en papier doré; il portail une épée au côté, un pantalon rotlge,
Ide longs cheveux et une barbe. Sainte Tryphine, conformémeUl à la tradition des Mystères du moyen fige, était représentée par un jeune homme [vêtu comme une riche paysanne du paya de Lannion . Kervoura le traître était babillé en pompier de la ville de Paris ; casque de cuivre, grandes bottes, gants et sabre.
Il Les diables étaient couverts de peaux de bètes; ils portaient de longues cornes sur la tête ; leur figure était noire et d'énormes
ÉTUDE 3UH LES MrStÈHsS AU MOYEN AGE 63
queues leur traînaient par derrière. Pour le reste» uttirortnes de soldats ou de matelots en coUgé et simples accoutrements de paysaaâ;
« Le second jour, la représentation fut troublée par Ubo averse^ pendant un quart d'heure; mais pas un spectateur ne quitta la place! les acteurs eux-mêmes continuèrent de débiter leurs rOles avec un sérletix imperturbable, le parapluie ouvert à là tnaia.lls étaient au nombre de quinze : quelques-uns d'etltte eilz représflntaiebt deux personnages de la pièce, jouanL ainsi deuk rdles '. »
Aux fêtes de Pâques de 18fl8, des acteurs de Plotiaret et des environs représentent, au vieux théAtre de Morlaix, le même Mystère dé Sainte-Tryphine. Comme aux précédentes représentations, la mise en scène est nulle et les costumes sont plutôt grotesques. Le roi Arthur est habillé eu garde national, &Veo un manteau de calicot blanc otné de soleils en papier doré sur les épaules; Il est coiffé d'un fe^ également orbe de pépier dotd et le jeune homme qui représente sainte Tryphine porté une i^obe et un caraco rouge à pois blancs ; le traître EervourA est eu arlequin; le gouverneur de Bretagne en paletot noir et cba-» peau noir; un Anglais est figuré par Uh soldat du ai» de ligue. Sans le sérieux avec lequel sont tenus les rôles, sans l'émotion> on pourrait même dire le recueillement de l'assistance, ces rc^ présentations paraîtraient des fumisteries; mais étant donné le caractère religieux de ces Mystères, Ils sotlt d'un haut intérêt, et, jusqu'à présent, ils ont échappé à la préoccupation de luxe Ou de réclame qui ont pris à Oberammergau une si grande !mportaace, mais qui sont de nature à eu altérer l'esprit. Par oe seul fait, les Mystères de Bretagne ne sont-ils pas plus curieux^ plus intéressants et plus vrais dans le sens exact du mot?
Ces représentations paraissent même avoir pris un ttouvel essor en ceS derniers temps; car en 1889 on jouait encore, & Plougasnou et à Morlais, le Mystère de Jacob ou de Joseph vendu
1. Nousavons tenu à reproduire textuellement ces détails que M. F. -M. Luzel, le rénovateur du tbèâtre des (Mystères en Bretagne, a eu l'obligeauce de doub transmettre, t^ous lui en adreBaooa de nouveau tous nos remeniiemeati.
par ses frères ; à Larmeur, à Guerlesquin et dans la partie des Côtes-du-Nord qui avoisine le Finistère, des représentations senablables ont lieu encore de temps en temps. Il est peu probable qu'elles disparaissent complètement d'ici longtemps.
Elles subsistent comme un vestige du passé chez des populations de mœurs traditionnelles et elles trouvent un élément de succès dans cet amour de Tétude du passé qui est une des caractéristiques de notre époque.
Cette étude laisse un profond sentiment de regret. Car, quel que soit l'intérêt avec lequel on l'ait approfondie, on est obligé de constater que l'inspiration a totalement manqué au théâtre liturgique. Cependant quel sujet pouvait être plus beau? « Concevez, en effet *, un théâtre qui serait dans la foi des peuples le supplément du culte même. Concevez la religion mise en scène avec la sublimité de ses dogmes devant des spectateurs convaincus : puis un poète d'une forte imagination pouvant user librement de toutes ces grandes choses, non pas réduit à nous dérober quelques pleurs sur de feintes aventures, mais frappant nos âmes avec l'autorité d'un apôtre et la magie passionnée d'un artiste ; s'adressant à ce que nous croyons, à ce que nous voulons et nous faisant verser de vraies larmes, sur des sujets qui non seulement nous paraissent vrais, mais divins : certes, rien n'aurait été plus grand que cette poésie. Au lieu de cette curiosité à demi indifférente, qui, dans notre siècle, conduit au théâtre des spectateurs distraits par mille soins, supposez une assemblée attentive, ardente, pieusement émue par le sujet seul, indépendamment des inventions du poète. Mettez ces hommes en présence des plus grands souvenirs qui aient formé leur croyance, ayez un poète et faites lui réciter, écrire, dialoguer ce drame sublime et tout fait de la Passion ; qu'il nous montre la persécution et les douleurs du Fils de Dieu, la trahison du faux disciple et la tentation de Pilate, ce juge qui se lave les mains du crime qu'il laisse commettre, ces prêtres et ce peuple égarés qui se saisissent