M. L'ABBÉ TANGUAY
Dieu forma Adam d’une terre ramassée au levant, au couchant, au nord et au midi? Le nom anglais News peut et doit avoir une étymologie semblable. C’est l'ensemble des évènements recueillis des quatre points cardinaux—North, East, West and South.
Dans les premiers siècles les nom de famille n’existaient point. Chacun avait un nom propre ou individuel. Ainsi dans les livres saints nous voyons les hommes appelés Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, etc. Ce système, le seul en existence dans ces temps reculés, se trouve encore en vigueur parmi les nations sauvages de notre continent, chaque individu porte un nom qui le distingue personnellement, et les relations des RR. PP. Jésuites en fournissent un grand nombre d'exemples.
Les noms individuels étaient encore significatifs, c'est-à-dire que tous émanaient d’une cause particulière à la personne à laquelle le nom était appliqué ; c'était tantôt la piété, le souvenir d'un grand évènement, tantôt l'aspect frappant d’une qualité personnelle, un heureux présage et quelquefois le nasard, l’amitié ou la reconnaissance.
Nous lisons dans les Annales des Voyages * que le Sultan de Mascate, prenant pour médecin un Italien, lui demanda comment il s'appelait... Vincent, répondit le médecin. Je ne te comprends pas, dis-moi la signification de ce mot en Arabe, L'Italien le traduisit par Mansour, mot qui signifie victorieux, et le prince, charmé de l’heureux présage attaché à ce nom ne voulut jamais appeler son médecin que du nom de Cheik Mansour.
Il nous sera bien permis de faire un rapprochement sur la signification d'un de ces noms canadiens qui peut se traduire par “ force et valeur.” Le brave compatriote qu'il désigne a montré, il y a quelques années, aux Vincents Italiens et à l'Europe entière qu’il ne le porte pas en vain. Avons-nous besoin de prononcer le nom du valeureux Taillefer, officier de Pie IX ? :
Le premier système des noms propres ou patronymiques se trouve chez les Romains. L'on y distinguait. 10. Le nom hériditaire, propre à tous les membres de la famille, c'était le Nomen. 20. Le prénom qui distinguait chaque individu, c'était le Prænomen. 30. Les prénoms ne suffisant pas pour marquer cette distinction, on eût recours au surnom, ou Cognomen. 40. À ces noms se joignit quelquefois l'Agnomen, genre de surnom particulier. Ainsi l'adoption, qui faisait passer un citoyen d’une famille dans une autre, lui conférait en même temps le prénom, le nom et le surnom de son père adoptif; mais afin de conserver la trace de son origine, il y ajoutuit ce nre particulier de surnom (l'Agnomen.) Nous en avons un exemple dans Octave adopté : . César ; il s'appelait Caius-J ulius-Cæsar- Octavianus.
Le système chrétien dérive naturellement du système romain. Comme ce dernier, il admet 10, le prénom au baptème ; 20, le nom de la famille; 30, le surnom, qui à son origine dans une multitude de circonstances, et do, enfin le nom d'adoption.
C’est au moyen de ce système que les noms de famille existent tels que nous les connaissons aujourd'hui. Cependant, comme nous l'avons déjà remarqué, les noms propres ne datent pas de l'existence des premières races européennes. En France l’origine des noms de famille ne semble remonter qu'au commencement än XV siècle. À cette époque, au nom qui jusque-là n’était qu'individuel on ajouta un surnom, et ce surnom fut d'abord le plus naturel. C'était de joindre au nom du fils celui du père, suivant la coutume établie chez les Hébreux... “Isaac fils d'Abraham.”
* Tome 8, page G.
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Les langues d'origine teutonne ajoutèrent le mot son (fils) après le nom du père. Ainsi Fergus-son, Owen-son, Pater-son, Richard-son.
En Angleterre la lettre s ajoutée au nom paternel transforma ce nom en surnom, puis en nom propre—Peter's, William's, Ric-ard's.
En Espagne la syllabe ez ajoutée au nom du père fit la même transformation—Henriquez, Lopez, Fernandez, etc.
C’est très probablement de la même manière, c’est-à-dire en mettant le nom paternel au génitif que les noms D'André, DePierre, DeJean sont devenus, en France, des noms de famille.
L'un autre côté les grands propriétaires voulurent souvent donner leurs noms aux domaines qu’ils possédaient, et bientôt ces domaines devinrent un titre de noblesse que le propriétaire ajouta plus tard à son nom propre. Un exemple fera comprendre cette transformation: Le propriétaire d’un domaine se nomme Martin. La propriété sera désignée sous les différents noms qui suivent :—
10. Martigny ou Martignac, parceque gny et gnac, terminaisons celtiques, signifient habitation.
20. Martinville, Martinval ou Velmartin, (villa ou ferme de Martin).