‹ Étude sur les oiseauxChapitre 13 sur 43 · CM CM CM CM CM CM CM <M · texte numérisé non relu

CM CM CM CM CM CM CM <M

ARCHITECTURE DES NIDS

52 ARCHITECTURE DES NIDS

L’importance de ce tableau n’échappera à personne ; seulement je dois dire tout d’abord que, n’ayant rien trouve dans les livres, j’ai dû ne prendre, pour lui servir de base, que mes observations personnelles, forcément insuffisantes, quoique très-nombreuses, et très-minutieuses ; aussi, dans l’intérêt de la vérité complète, je prie les ornithologistes, mes collègues, de me signaler les inexactitudes que j’ai pu commettre. Je leur en serai trèsreconnaissant ; car l’étude des époques auxquelles sont faits les nids est très-instructive et donne lieu à des applications très-pratiques.

Si, en effet, l’on veut étudier et protéger efficacement les nids d’oiseaux, en détruire quelques-uns, ceux des oiseaux nuisibles, il faut savoir à quelles époques ils sont commencés et terminés.

Pour régler sa conduite dans certaines circonstances, il importe de bien comprendre le rôle de l’oiseau dans la nature. Or, par ce tableau, on voit comment les pontes s’échelonnent du 1 er février au 20 août et même au 10 septembre. En tenant compte, pour chaque espèce, du temps nécessaire àla ponte, à l’incubation et à l’élevage du nid, on peut entrevoir la concordance qui existe entre les forces de la production et celles de l’élimination. Les oiseaux se multiplient, en effet, progressivement et au fui* et à mesure de ce qu’il peut y avoir en excès dans la production des végétaux, des insectes et des autres animaux.

Ainsi, les éliminateurs de petits mammifères et les veimivores, comme la chouette hulotte , la chouette effraie, le merle, nichent de bonne heure ; tandis que les pontes de chasseurs de gibier,

ARCHITECTURE DES NIDS

comme le busard saint-martin, viennent plus tard. Les émoucheurs du genre des hirondelles, et surtout des sternes, nichent également très-tard.

Un certain nombre d’espèces font deux ou trois pontes au lieu d’une ; de la sorte leurs petits ne s’unissent que progressivement à la masse des éliminateurs.

On voit aussi que les pontes d’une même espèce, au lieu de se produire le même jour ou à peu près, s’échelonnent pendant une certaine période de temps. La période où ces pontes sont le plus abondantes, varie elle-même, avance ou retarde selon les nécessités de l’élimination. De ces faits je puis citer quelques exemples remarquables.

J’ai déjà dressé trois inventaires de la héronnière d’Ecury, et j’ai trouvé :

Petits

Œufs

Total

mai 1865. . .

Pourquoi cette précocité des pontes en 1872? Les trois premiers mois de cette année ont été relativement chauds, la végétation s'est développée de trèsbonne heure et les cultivateurs ont récolté beaucoup de fourrages. Les insectes et les petits animaux se sont également multipliés plus tôt qu’à l’ordinaire. Cette précocité des pontes d’oiseaux en 1872, je l’ai constatée non-seulement à la héronnière d’Ecury, mais chez beaucoup d’autres espèces, par exemple dans celle de la chouette hulotte, de la mésange à longue queue, du merle, etc.

La reproduction des oiseaux a été, cette année-là,

ARCHITECTURE DES NIDS

aussi abondante que précoce, et c’est pour cela que, dans les tendues du département de la Meuse, on a pris énormément de petits oiseaux.

Le 30 mai de la meme année, je suis allé visiter des étangs de la région du Der ; j’y ai trouvé des sternes-épouvantails, seize nids de sterne-moustac, dont les pontes dataient des 3, 10 et 23 mai, et, je dois le dire en passant, j’ai été assez heureux pour recueillir une ponte de cinq œufs de sterne-leucoptère (j’en cherchais depuis dix ans) et de classer cette espèce au nombre des sédentaires d’été.

Le 17 juin 1873, je suis retourné sur les mêmes étangs et je n’ai aperçu que six nids de sterne-épouvantail avec des œufs, et quatre nids de sterne-moustac, qui étaient achevés, mais dans lesquels la ponte n’avait pas commencé.

Un fait très-remarquable encore, c’est qu’en 1872 il y avait au-dessus et autour de l’étang des nuages d insectes ailés et qu’en 1873 on n’en voyait même pas autour des loges de canardier ; aussi les sternes, qui étaient venus en très-grand nombre en 1872, étaient au contraire très-rares en 1873.

Les forces de l’élimination que représentent les oiseaux se répartissent donc admirablement d’après les exigences du temps et du lieu ; et un tableau, dans lequel se trouveraient les renseignements nécessaires pour faire ressortir la concordance de ces force, „ e0 ‘, es de i a production, mettrait en évi-

' i” roI f de l’oiseau et le ferait

aimer davantage.

ARCHITECTURE DES NIDS

Avantages que le nid doit offrir A l’oiseau.

Page 1