HIRONDELLE RUSTIQUE ET HIRONDELLE DE FENÊTRE
Dans les généralités qui précèdent, j’ai déjà plusieurs fois parlé des nids d’hirondelles ; mais j’aurais de graves reproches à me faire, si, par une description détaillée, je ne cherchais à justifier l'intérêt que, dans nos contrées, on a toujours porté à ces précieux émoucheurs.
J’ai en ce moment sur une balance 420 grammes de terre et sur une autre 232 grammes (1).
Il y a un an, cette terre était un peu partout à la surface du sol. Quatre hirondelles sont allées la choisir et la prendre, elles l’ont apportée, les unes, sous un avant-toit de maison, les autres sous le plafond d’une écurie. Ces matériaux ont été cimen-
(1) Ces nids comme tous ceux dont j’ai parlé n’ont été décomposés et pesés que plusieurs mois apres leur enlèvement, par conséquent, ils pesaient bien davantage au moment de la construction.
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tés et ont formé, ceux-là un nid d’hirondelle de fenêtre (hirundo urbiea), ceux-ci un nid d’hirondelle rustique (hirundo rustica). Il a fallu, pour le premier nid, environ 760 becquées, et, pour le second, environ 420; indépendamment de quelques brins d’herbe qui ont servi à liaisonner les parois, 2 grammes de paille très-menue ont été déposés sur la couche de l’hirondelle rustique, et 3 grammes sur celle de l’hirondelle de fenêtre.
Si on se contentait de ce calcul de manœuvre, on n’aurait encore qu’une faible idée du talent des constructeurs.
Voyons donc dans quelles conditions ces oiseaux devaient nicher.
Ils ont été créés pour être préposés à la garde de nos fruits, raisins, abricots, prunes, cerises, fraises, et de nos provisions de ménage, viandes, laitages, mets de toutes espèces, de nos fumiers, de notre bétail, de nos bois de construction et des hommes eux-mêmes ; et, en effet, ils font une guerre sans trêve ni merci aux insectes ailés, qui, par leur surabondance, finiraient par nous tourmenter, nous voler sans cesse et nous appauvrir.
De même que ces insectes déposent leurs œufs dans nos maisons, sur nos greniers, près de nos caves, dans les granges, dans les écuries, de même aussi les hirondelles devaient nicher dans ce voisinage. Les hirondelles rustiques, au centre des exploitations agricoles, et les hirondelles de fenêtre, plus particulièrement dans les villes. Telle au moins m’apparaît la spécialité de leur tâche.
Or, creuser un trou comme l’hirondelle de rivage, en trouver un comme le moineau, cela n’était
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pas toujours praticable. Au contraire, en attachant leurs nids à un mur, comme on accroche une console ou un bénitier, les hirondelles rustiques et de fenêtre pouvaient, dans toutes les circonstances, assurer leur reproduction.
Il fallait donc, quelquefois à de grandes hauteurs, suspendre et attacher à la surface lisse d’un mur un berceau assez solide pour recevoir et contenir des oisillons incapables de voler, ou des œufs d’une grande fragilité. (La coquille de l’œuf de l’hirondelle de fenêtre ne pèse que 10 centigrammes, celle de l’œuf de l’hirondelle rustique va de 15 à 20 centigrammes.)
Tel était le problème posé à la mère.
Heureusement elle a reçu de Dieu de merveilleux instincts et, sans le secours de nos démonstrations de géométrie, elle arrive facilement à équilibrer son petit édifice.
Ce qui la préoccupe surtout, ce sont les attaches : aussi la paroi de son nid, qui n’a que de 1 à 2 centimètres d’épaisseur, s’épaissit un peu sur les bords et acquiert de 5 à 6 centimètres à son point de jonction avec le mur ; et ce qui prouve le raisonnement de cet oiseau, c’est que, si, à la hauteur qui lui convient, il aperçoit une rugosité, un petit trou, un clou, une planchette, il s’empresse d’en profiter et donne la préférence à cet emplacement.
La première pierre, c’est-à-dire, la première becquée de terre ne pouvait être posée que lorsque l’oiseau a déterminé les proportions et surtout la hauteur de l’édifice et que de l’œil il en a fixé sur le mur les limites et les lignes. Au fur et à mesure qu’il étage ses lits de terre, il doit s’efforcer non-
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seulement de ne pas perdre de vue ces lignes, mais encore de décrire la courbe qui doit fournir le cube intérieur nécessaire à ses petits.
Le cube intérieur du nid d’hirondelle de fenêtre dont j’ai parlé était de 500 centimètres cubes, tandis qu’à celui de l’hirondelle rustique je n’en ai trouvé que 130. La raison de cette différence, la voici : le premier de ces oiseaux, nichant toujours au grand air, fait adhérer le haut de son nid à une corniche ou à l’embrasure d’une fenêtre ; de là, à l'intérieur, des parties anguleuses qui ne servent pas pour la coupe dans laquelle sont placés les œufs et les petits et une certaine élévation qui était nécessaire au-dessus des têtes. Au contraire, l’hirondelle rustique, nichant dans les écuries, laisse un intervalle de 10 à 15 centimètres entre le bord supérieur du nid et le plafond, en ayant soin toutefois de monter de 3 centimètres les attaches de côté, et il en résulte des proportions qui sont plus que les autres celles d'un berceau.
Ces préoccupations d’architecte n’empêchent jamais ces oiseaux de soigner la maçonnerie.
Il leur faut avant tout de la terre détrempée. S’il pleut au moment de la construction, ils se hâtent d’en prendre dans les rues et sur les routes. Dans le cas contraire, ils vont en chercher sur le bord de l’eau.
Ils en choisissent de très-fraîche pour les premières attaches, parce qu’il faut communiquer beaucoup d’humidité à la pierre ou au bois, afin de produire une parfaite adhérence. S’il leur arrive d’employer de la terre un peu friable, pour la consolider, ils en cherchent qui soit plus forte et plus
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grasse. Pour plus de sûreté, l’hirondelle rustique relie ses matériaux par de nombreux brins de paille. L’hirondelle de fenêtre emploie beaucoup moins de paille, parce que son nid est attaché par le haut aussi bien que par les côtés.
Quand arrive le moment de ménager l’ouverture de son habitation, l’hirondelle de fenêtre prend la mesure de son corps. Généralement elle donne à cette entrée vingt-cinq millimètres de hauteur et vingt-sept millimètres de largeur. Si le nid était en pierre, le moineau domestique ne pourrait y passer, surtout avec sa volumineuse literie et la nourriture des petits, sans s’exposer à tout jeter bas; mais la paroi est en terre, et cet accapareur de nids sait très-bien faire sauter une écaille de l’embrasure et s’installer en maître.
La maçonnerie étant terminée, il ne manque plus au nid que la literie. La paroi intérieure étant suffisamment polie, quelques grammes de brins de paille en font tous les frais.
Quant à l’extérieur, tout le monde a pu en juger. Les nids ont l'aspect du crépi que les plâtriers nomment rocher et dont souvent ils enduisent et décorent les façades des maisons. Et n’est-ce pas dire que ces nids ont le genre de beauté qui leur convient le mieux ?
Je dois ajouter, à la louange du ménage, que le travail se fait en commun.
Quelques chiffres compléteront mes observations:
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HIRONDELLE HIRONDELLE RUSTIQUE DE FENÊTIîE
Hauteur du nid 0 m 085 0 m 11
— y compris les attaches du haut 0 125 Largeur d’un côté k un autre 0 17 0 18
— y compris les attaches 0 24
— du mur à la façade 0 095 0 11
Profondeur de la cuvette 0 03 0 065
Largeur — 0 13 0 09
Cube — ! 130 cm. 500 cm.
La plus grande largeur du pourtour 0 29 0 34
Poids de la terre 232 gr. 420 gr.
Poids de la paille et des herbes 3 2
Tous ces détails ne sont-ils pas de nature à rendre intéressantes les hirondelles, et si, pour construire leurs nids, elles se montrent si intelligentes, le sontelles moins, quand il s’agit de faire à tire d’aile la guerre à ceux de nos ennemis qui sont les plus nombreux et les plus insaisissables ?
J’ai souvent vu sourire quand on parlait de Chinois qui se nourrissent de nids d’hirondelles. Il est bien certain qu’avec toute la graisse et tous les condiments possibles, un Chinois quelconque ne trouverait aucun plaisir à manger les six cent cinquante-deux grammes de terre et les cinq grammes de paille de mes deux nids; mais les personnes qui ont quelques notions d’histoire naturelle, savent que l’hirondelle dont il est question dans les relations de voyages est une espèce que l’on nomme salangane (hirundo esculenta ), et que son nid est composé d’un mucus que l’oiseau a la propriété de sécréter dans son bec. Dans ma collection j’en possède un, qui, séparé de ses scories, pèse dix grammes vingt centigrammes, le cube de la cuvette est de vingt-quatre centimètres cubes ; on voit
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qu’il en faudrait beaucoup pour faire plusieurs repas (1).
(1) Exrait du journal L’Union Médicale, n° 38, jeudi 29 mars 1860.
- Des nids de salangane, par M. l’abbé Le Noir.
Arrivons aux nids de salangane. La salangane est une hirondelle qui fréquente les rivages de la mer. 11 s’en trouve avec assez d’abondance dans les îles de l’Océanie, à Java, aux îles Célèbes, aux Moluques, etc., et aussi le long des côtes chinoises. Or , la volonté de ne rien perdre de ce qui peut se manger est allée chez les Chinois jusqu’à leur inspirer l’idée bizarre de se faire un potage avec le nid de cet oiseau. C’est un potage de luxe ; on en jugera par le prix qu’il coûte ; et même on lui attribue, dans toute 1 la Chine, des vertus aphrodisiaques ; la volupté morte essaie, dans la société riche, de se ressusciter avec cet aliment ; elle se trompe, et cette croyance est un préjugé ; le consommé aux nids de salangane n’a d’autre mérite que de contenir environ 9 pour 100 d’azote, et par conséquent d’être assez nourrissant et fortifiant.
On a débité des erreurs sur cet étrange produit alimentaire : on a dit que l’hirondelle le faisait d’un mastic qu’elle composait avec de la semence de baleine recueillie par elle dans l’écume des mers. On a dit qu’elle le construisait de frai de poisson malaxé dans son bec avec sa salive. On a dit qu’elle tirait cette matière gélatineuse d’une espèce d’algue ou lichen qu’elle allait butiner sur les rochers pendant le reflux. La vérité est que le nid de salangane, dans toute sa partie comestible, est un produit animal immédiat d’une espèce propre ; c’est un mucus que l’oiseau a la propriété de sécréter dans son bec, au temps de la reproduction, avec une telle abondance qu’il en peut construire son nid tout entier. M. Payen a donné à cette substance le nom de cubilose du mot cnbile , parce qu’elle est produite par l’hirondelle pour lui servir à faire le lit sur lequel elle élèvera ses petits. En étudiant avec soin la structure intérieure de cette demi-sphère blanche collée au rocher, on la trouve composée de petits filaments adhérant les uns aux autres, et l’on est porté à conclure que l’hirondelle la file, en quelque sorte, avec son bec, comme le ver à soie file son cocon. Il résulte de cette particularité qu’après que le nid, qui est très-dur, est dissous dans l’eau et est devenu potage , une partie reste encore visible sous la forme d’un vermicelle très-fin, tandis que le reste est fondu comme une gelée et a donné au bouillon la couleur brun-clair d’un fort consommé de bœuf.
La salangane construit d’abord une enveloppe extérieure avec de petites racines jaunes semblables à celles de ces millets qui croissent dans les sables des bords de la mer ; puis elle fait le nid proprement dit avec son mucus, et, à en juger par ces échantillons et d’autres que j’ai vus, il me semble qu’elle s’arrache toujours de ces plumes pour en garnir l’intérieur, afin que ses œufs et ses petits reposent sur un lit plus chaud et plus moelleux. Ces oiseaux, comme nos hirondelles,
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Les hirondelles de nos contrées ont le mérite de ne pas faire des nids comestibles. C’est fort heureux ; car non-seulement ces utiles serviteurs seraient détruits sans pitié, comme cela se voit dans quelques départements du midi de la France, mais on leur laisserait à peine le temps de faire des nids.
Si de ces descriptions l’on rapproche ce que j’ai déjà dit, et ce que je dirai encore, du mélange de la terre avec d’autres matériaux, on pourra apprécier complètement le travail des oiseaux qui a le plus d’analogie avec celui de nos maisons.
aiment à entasser leurs nids les uns sur les autres ; on en trouve des agglomérations de six, huit, dix, tellement enlacés par leurs enveloppes qu’on ne peut les séparer.
C’est dans les cavernes des rochers et des falaises qu’elles font ces constructions, et l’on trouve parfois de ces cavernes à salanganes qui sont tapissées de nids accumulés depuis des siècles. Une trouvaille de ce genre vaut la découverte d’un trésor; on cite un riche Chinois qui, s’étant ruiné, a refait sa fortune avec une caverne à nids, dont l’exploitation lui a valu quelque chose comme un million de francs ; et, en effet, ce produit est tellement prisé par les Chinois, qu’il vaut chez eux, dans les années où il est le plus abondant, 100 francs le kilogramme.
J’ai oublié de dire que tous les nids ne sont pas également purs. Ceux qui le sont complètement sont blancs, après qu’ils ont été nettoyés, et ceux-là ne contiennent que le mucus de l’oiseau.
Mais, quand il arrive que la salangane est dérangée dans sa première construction, soit par des ennemis tels qu’oiseaux de proie, serpents, l’homme lui -même, soit par les tempêtes, éboulements, etc., elle n’a plus assez de sa propre sécrétion pour se faire un autre nid, et alors son instinct l’avertit de ne plus s’en servir que comme d’un mortier pour agglomérer d'autres substances ; ces autres substances sont surtout des algues prises sur les rochers du rivage, et c’est de là qu’on avait cru, à tort, qu’elle tirait des lichens son mucus lui-même. Ces nids impurs servent aussi; mais ils sont moins chers, et il en faut davantage.
Pour faire le potage, on met dans un demi-litre d’eau 120 grammes de la précieuse substance, quantité qui correspond à un nid ou à un nid et demi ; on laisse bouillir deux heures et le potage est fait. J’ai vu faire un potage au nid de salangane, il y a quelque temps, et j’en ai goûté : j’ai trouvé ce consommé très-succulent et très-bon au gqût, malgré son arôme tout particulier et nouveau pour notre palais. Le potage d’un homme revient, en Chine, à 12 francs.
En ce moment, à Paris, un nid de salangane, se vend de 4 fr. 50 à 5 fr.
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4° Nids en mousse.