‹ Étude sur les oiseauxChapitre 33 sur 43 · RÉCIT DE MADAME DE TRACY · texte numérisé non relu

RÉCIT DE MADAME DE TRACY

Intervention de la famille . — Dénickagc. — Société 'protectrice des animaux .

Sous l’influence de ces idées, je suis heureux de pouvoir reproduire une très-remarquable descri p-

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tion d’un nid de mésange à longue queue ; car, je l’espère, ce récit si poétique, dû à l’élégante plume de Mme de Tracv, touchera le lecteur que je n’aurais pu convaincre.

« Ce matin, en faisant une promenade sur les bords de l’étang, j’ai joui d’un spectacle qui m’a confondue d’admiration et que je vais tâcher de raconter :

« Je m’étais appuyée contre un saule pour me reposer un instant, lorsque tout à coup un charmant petit oiseau sembla jaillir de l’écorce même de l’arbre ; je voulus me rendre compte de ce phénomène, et voici ce que je vis, en y regardant de très-près. A environ quatre pieds de terre, j’aperçus collé contre le tronc du saule une sorte de gros cocon à base élargie, et affectant la forme d une petite bouteille, ou plutôt d’une pomme de pin. Les parois extérieures de ce cocon étaient entièrement garnies d’un lichen argenté et moussu, lecueilli sur l’arbre même et ajusté avec un art si merveilleux qu’on aurait pu passeï vingt lois devant l’arbre sans croire à autre chose qu’à une rugosité de l'écorce. Je m’approchai avec précaution, et par une petite ouverture ménagée dans l’édifice, à environ un pouce du sommet, j’aperçus, ô merveille ! ô prodige ! ô spectacle incomparable ! j’aperçus vingt petites têtes et vingt petits corps rangés avec la plus parfaite symétrie dans ce petit réduit, qui n’était guère plus grand que le creux de la main. C’était un nid de mésange que j’avais sous les yeux, un nid de cette mésange si jolie, si gracieuse, qui est, je crois, la plus petite de son espèce et qui certainement n’est pas plus grosse

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qu’un roitelet. Quand on songe à toute la peine que ce pauvre petit oiseau a dû prendre pour construire un pareil édifice sans autre instrument que son bec et ses deux petites pattes ; quand on pense à l’activité incessante qu’il est obligé de déployer pour nourrir une si nombreuse famille, on est partagé entre l’admiration et l’attendrissement.

« Et dire qu’il y a des gens assez stupides pour oser porter la main sur un pareil chef-d’œuvre, assez cruels pour jeter la désolation dans une si charmante famille? Je m’empressai de m’éloigner, et, m’arrêtant à quelque distance, j’eus l’indicible bonheur de voir la mère regagner courageusement son nid et distribuer à sa jeune famille deux belles chenilles vertes ».

Du récit de Mme de ïracy, on peut tirer plus d’une leçon ; on voit, par exemple, que le cœur chrétien d’une mère a des aptitudes toutes particulières pour découvrir certaines vérités et pour les faire aimer. Pour parler à un enfant, quelle voix pourrait être plus autorisée que celle de la mère, et pourquoi celle-ci ne lui dirait-elle pas en s’inspirant de Mme de Tracy : Mon enfant, ces oiseaux que lu vois sans cesse voler dans les airs sont créés par Dieu, surtout pour être de puissants auxiliaires des hommes ; selon la volonté du Créateur, ils deviennent pour eux des serviteurs infatigables, ils accomplissent des travaux parfois si difficiles, qu’à prix d’argent on ne pourrait les entreprendre. Si le pain, le vin, l’huile, le bois et beaucoup d’autres productions de la terre sont à bon marché, n’oublie jamais que nous leur sommes redevables d’une

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partie de ces bienfaits, et puis sur cette terre que l’on a appelée une vallée de larmes, tu auras souvent besoin d’encouragements ; alors les oiseaux qui sont si beaux, si gracieux et si bons musiciens, seront là pour te distraire, toucher ton cœur, relever tes espérances. Eh bien! ces nids sont les berceaux de leurs chers enfants. Les toucher, les détruire, serait donc une faute très-grave, ce serait manquer à Dieu, aux hommes, à toi-même, repousser avec dédain un bienfait du Créateur, priver tes semblables des ressources dont ils ont besoin, et de ta part un acte de sottise et de cruauté. Aie donc toujours présent à l’esprit ce petit commandement : Respecte , aime et protège les nids ; si tu les cherches, que ce soit pour les admirer, les aimer et en devenir le vigilant gardien ; de la sorte, tu feras le bien et tu goûteras de douces joies du cœur.

Pourquoi le père de famille dédaignerait-il de prendre part à la propagation de ces vérités? Nous l’avons dit, elles peuvent être utiles sous beaucoup de rapports ; ne convient-il pas surtout que le père ne souffre dans sa maison rien qui puisse altérer le sentiment du respect.

En tolérant le dénichage, on autorise l’esprit d’insubordination et des habitudes qui amoindrissent râme.

Voyez dans la plaine ces quatre petits dénicheurs, c’est un jeudi, on ne va pas à l’école, et ces gamins en profitent pour battre les haies et les buissons. Trouvé, s'écrie l’un d’eux, et triomphalement il détache d’une branche un nid de fauvette qui contient cinq œufs. Comme il l’a trouvé, il en prend

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deux, il en reste un pour chacun de ses camarades ; on va les avaler, seulement, en les cassant, on voit qu’ils sont très-couvés et on Jes jette. La pauvre mère est là qui se lamente ; mais, a dit La Fontaine, l’enfance est sans pitié.

La bande reprend ses explorations et se met à fureter dans les broussailles. Planquet agite sa casquette ; à ce mystérieux signal, tous arrivent dans le plus grand silence, car on comprend qu’il s’agit d’une affaire importante. Une fauvette à tête noire est sur son nid. Alors Chaudon, le plus habile des quatre, retrousse les manches de sa blouse, se glisse comme un serpent, et,... c'est bientôt fait, la pauvre mère se débat sous sa main. Est-il adroit ce Chaudon ! Chacun brûle de Limiter. Animal, dit le ravisseur, il me donne des coups de bec; alors on l’agace, on le tourmente, et, après s’être amusé de ses tortures, on l’achève en lui tordant le cou.

Dans le nid, il venait de naître cinq petits 1 Toute l’après-midi se passe ainsi : le soir, on rapporte pour la potée quelques oisillons, pas seulement en tout 100 grammes de viande. Le lendemain, à 1 ecole, ou en y allant, on raconte ces prouesses.

On le voit, d’imprudents parents laissent ainsi germer, dans le cœur de leurs enfants, des sentiments qui étoufferont leurs aspirations chrétiennes.

Et cet autre gamin qui sort de la forêt, à son regaid fauve, à sa chevelure ébouriffée, à son air débraillé, à l’aspect de son pantalon et de sa chemise tout déchirés, vous pouvez être certain que pour les nids il est impitoyable. Hier, il a été à leur recherche avec deux de ses pareils ; il a, avec eux, trouvé, pris et partagé quelques jeunes ; mais,

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dans deux nids, l’un de merle, l’autre de grive, il y avait huit petits, à peine âgés de quelques jours ; on est convenu qu’on les prendra dans la huitaine; pour les avoir tous aujourd’hui et, dès la pointe du jour, il a été les dénicher; ils sont à moitié étranglés dans ses poches, on ne peut distinguer les merles des grives, parce qu’ils n’ont pas encore de plumes.

Ce malheureux vagabond, livré dès le bas âge aux instincts de la sauvagerie, nous le reverrons plus tard sur les bancs de la police correctionnelle ou de la cour d’assises, s’il ne se trouve personne pour lui tendre une main charitable, lui donner une culture chrétienne et, avec elle, l’intelligence du vrai et du bien.

Nous voici à l’Ascension. Les dénicheurs savent qu’à cette époque, il y a beai Dup de nids, des jeunes grands comme père et mère, et pendant que les cloches sonnent, et que les populations accourent dans les églises, pour y chercher la lumière, la force et les plus grandes effusions du cœur, ils parcourent les forêts. En voici trois, ils sont échelonnés de cinquante mètres en cinquante mètres, et ils marchent parallèlement comme pour une battue, aucun nid ne leur échappe ; ils sont tous visités sans exception, les petits sont pris et partagés, quelquefois un chien les accompagne et les aide ; il jappe et avertit si un garde approche ; il cherche à terre, et lui aussi il trouve des nids ; il est surveillé par les dénicheurs, parce que, s il le peut, il avale les petits, avant que 1 on soit arrivé. Les trous de pic sont élargis jusqu’à ce que le bras puisse passer; comme ce travail fait perdre du

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temps et qu’il ne s’accomplit pas sans bruit, le dénicheur emporte un fil de fer d’un mètre de longueur, très-pointu, à l’une de ses extrémités; ce fil, non recuit, s’enroule comme un cor de chasse et est facilement caché sous la blouse. Le dénicheur l’introduit dans le trou du pic, de l’étourneau, et embroche les petits, les retire et les fourre ainsi mutilés dans sa poche.

Quand il sent qu’ils remuent encore trop, il les achève en les étouffant. Tout cela se fait naturellement avec joie et en riant, comme si on accomplissait un devoir.

Çe sont là cependant des habitudes coupables et qui entraînent avec elles de graves conséquences. Le dénicheur devient très-facilement un braconnier, il a perdu ou il perdra le discernement de la vérité, le respect de la loi, et il est fort à craindre que, pour ses semblables et même pour sa famille, il ne devienne dur, méchant, acariâtre, impitoyable ; de là au crime il n'y a qu’un pas.

Tout ce que je viens de raconter est historique, et j’aurais pu encore mentionner d’autres méfaits qui n’ont pas moins de gravité.

Fort heureusement le dénichage ne se pratique pas ordinairement avec des circonstances aussi aggravantes. Cependant, même avec des atténuations, c est toujours un acte que la conscience et l’opinion publique doivent réprouver aussi bien que la loi.

Il ne faut pas oublier, surtout, que les dénicheurs de profession sont ceux qui opèrent dans les forêts, et que le dénichage dans les forêts a pour consé* quence de réduire le nombre des oiseaux de nos

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jardins, de ces aimables conservateurs de nos potagers et de nos fruitiers.

C’est pour ces raisons que, selon moi et beaucoup d’autres, il importe que les chefs de famille viennent au secours de l’autorité ; secondé par la famille, l’enseignement des écoles primaires et des collèges aura de l’efficacité. Alors, et à bon droit, l’Etat intimera à tous ses gardes de faire rigoureusement leur devoir ; alors aussi il sera permis d'espérer en faveur des nids un mouvement de l’opinion, un progrès dans les mœurs, et à tous les étages de la société de nombreux et de zélés protecteurs.

Sous l’impulsion de la Société protectrice des animaux, de Paris, des instituteurs d’un certain nombre de villages et leurs écoliers ont pris à cœur de protéger les oiseaux et surtout les nids. Facilement agréés comme membres titulaires, ils en reçoivent le bulletin mensuel, qui les renseigne parfaitement sur ce qu’ils ont à faire.

Depuis l’année 1862, où, pour la première fois, cette Société décerna une médaille à un instituteur qui avait ajouté à son programme scolaire 1 enseignement des idées protectrices, jusqu’en 1875, 516 instituteurs ont été l’objet de ses distinctions. 28 ont reçu la médaille de vermeil ; 167, la médaille d argent; 248, la médaille de bronze, et 184, la mention honorable.

Des médailles et des mentions honorables ont été également accordées aux élèves des écoles pii-

maires. , .

De pareils actes ne peuvent être trop loues ; car ils sont également honorables poui ceux qui récompensent et pour ceux qui sont récompensés.

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