‹ Etude sur les origines révolutionnaires des codes NapoléonChapitre 2 sur 13 · A. LEMERCIER · texte numérisé non relu

A. LEMERCIER

Docteur en droit.

Le24 juin 1867, M. Hauréau (1) annonçait ainsi dans le journal le Temps la mort de M. Sévin :

(( M. Sévin, conseiller à la Cour de cassation, vient de mourir, à l'âge de soixante-sept ans, après une longue maladie. M. Sévin était simple avocat dans la ville du Mans, quand, peu de jours après la révolution de Février, il fut appelé à Paris, et, sur les instances de M. Ledru-Rollin, nommé avocat général à la Cour de cassation. Étant député de la Sarthe, M. Ledru- Rollin avait connu M. Sévin et avait apprécié son rare mérite.

« Cette nomination surprit la Cour ; elle accueillit d'abord avec défiance le candidat si vivement recommandé par le ministre de l'intérieur; mais bientôt, quand M. Sévin eut fait connaître l'étonnante sagacité de son esprit, le choix de M. Ledru-Rollin fut haute-

(1) Directeur actuel de l'Imprimerie nationale.

ment approuvé. M. Sévin fut bientôt nommé conseiller à la Cour de cassation. Après les événements de décembre 1851, désireux de se mettre à l'écart des choses politiques, il réclama, comme un des anciens de la Cour, son admission à la chambre civile.

(( C'est dans cette chambre qu'il vient de mourir. La Cour de cassation perd un homme d'un profond savoir, d'un charmant caractère et d'une irréprochable probité. Qu'il soit permis à l'auteur de ces lignes d'ajouter qu'il perd un des compagnons de sa vie, qu'il a connu, dans toutes les circonstances, dans toutes les épreuves, un ami prudent, mais résolu, de la liberté. »

Quelques mois plus tard, M. Bédarrides, avocat général, consacrait à M. Sévin le passage suivant dans le discours prononcé le 4 novembre 1867 à l'audience de rentrée de la Cour de cassation :

« La mort de M. Sévin a suivi de près celle de M. d'Ubexi. Quoique prévue, elle n'en a pas moins causé une profonde douleur; car M. Sévin était aussi une des lumières de la Cour.

(( Ces deux magistrats avaient une sorte de fraternité d'origine et de talent ; ils sortaient tous deux du barreau où la révolution de Février les prit tout formés. S'il faut à des temps nouveaux des hommes nouveaux, le gouvernement de cette époque ne pouvait pas faire de meilleurs choix ; mais il ne fallait rien moins que de si éminentes qualités pour remplacer les garanties de l'éducation magistrale.

(( Simple avocat au Mans, M. Séviii a débuté dans la magistrature par les fonctions d'avocat général à la Cour de cassation. La Cour sait par quel travail opiniâtre et consciencieux il chercha à justifier la distinction dont il avait été l'objet, et comment il mérita sa haute confiance.

« Les trois chambres de la Cour Font vu successivement à l'œuvre pendant onze ans, et ont pu apprécier la finesse judicieuse et la flexibilité de cet esprit qui sut, instrument docile, se plier aux nécessités et aux convenances de tous les services.

«Après avoir été ainsi éprouvé, M. Sévin devait être une précieuse acquisition pour la cour; aussi, dès qu'il fut nommé conseiller, devint-il un des membres les plus autorisés de la chambre civile dont il fit partie.

« M. Sévin ne fut pas seulement un magistrat de talent ; il avait cette valeur morale qui commande le respect et inspire la sympathie. La sûreté de son caractère et la bienveillance la plus exquise, dont sa physionomie môme portait l'empreinte, lui avaient concilié l'estime et l'affection de tous ses collègues. »

Enfin, M. le premier président Mercier m'écrivait, le 7 septembre dernier : « J'ai conservé une trop haute estime de notre ami M. Sévin pour ne pas contribuer à honorer sa mémoire en acceptant le patronage, que vous voulez bien nVolTrir, de hi nouvelle édition de son Etude sur les origines révolutionnaires des Codes Napoléon. »

Ceux qui liront cette étude comprendront, comme les lecteurs de la Revue pratique de droit français qui la connaissaient déjà, les éloges et l'estime mérités par M. Sévin; ils regretteront que la modestie de Fauteur l'ait empêché de la publier, et que son mémoire sur des questions d'enseignement administratif toujours actuelles, quoique couronné par l'Institut en 1864\ soit à peine connu de quelques-uns de ses amis.

Ab. L.

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