‹ Etude sur les paralysies alcooliquesChapitre 1 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'attention s’est depuis longtemps portée sur les manifestations cérébrales de l’alcoolisme, mais on a laissé presque entièrement de côté tous les phénomènes qui, dans cette intoxication, se produisent du côté du système nerveux médullo-périphérique. Cela tient, croyons-nous, à deux causes, d’abord à la rareté réelle de ces cas, si l’on songe au grand nombre d’accidents, tributaires de l’alcoolisme, puis à ce fait, que le diagnostic étiologique n’a pas toujours été fait.

Il est facile, en effet, de passer à côté de l’alcoolisme sans le reconnaître, si l’on s’en tient uniquement aux aveux des malades ; ceux-ci fréquemment, consciemment ou inconsciemment trompent le médecin, et il faut pouvoir déterminer l’alcoolisme, dans ses manifestations diverses, comme il en est pour d’autres intoxications, telles que le saturnisme, sans être obligé de recourir aux réponses, souvent trompeuses, des malades que l’on examine.

Nous n’avons pas l’intention de passer en revue tous les troubles nerveux périphériques liés à l’intoxication par l’alcool, nous voulons seulement étudier un chapitre, peu exploré de l’alcoolisme, celui des paralysies qui lui sont directement imputables.

Quels sont les symptômes particuliers de ces paralysies permettant de les reconnaître par elles-mêmes? Quelle est

la manière dont l’alcool agit pour les produire, en un mot quelles sont les lésions propres à ces troubles paralytiques ? Telles sont les deux questions principales que nous exposerons l’une après l’autre.

Nous n’avons, du reste, pas la prétention de démontrer de nouveaux faits, car M. Lancereaux, notre très cher et savant maître, s’est depuis longtemps occupé de cette intéressante question; nous voulons seulement cherchera compléter ce qu’il a l'ait, par quelques détails, et apporter avec nous plusieurs faits, aussi démonstratifs que possible. L’un d’entre eux, surtout, nous a particulièrement intéressé par les lésions anatomiques que nous avons constatées, car l’examen du système nerveux, que nous avons fait aussi complètement que possible, nous a démontré de la façon la plus évidente, des lésions uniquement localisées aux nerfs périphériques.

Non seulement, au point de vue spécial qui nous occupe, mais encore en se plaçant sur le terrain de la pathologie générale, ces lésions nerveuses périphériques multiples présentent le plus grand intérêt. L’attention du public médical s’est portée tout dernièrement encore sur ces faits intéressants, et l’on s’est demandé si en pathologie nerveuse, le système de la périphérie plus vaste, plus étendu peut-être que le système nerveux central, ne devait pas aussi jouer un rôle considérable. Sans parler des paralysies toxiques, saturnines, arsénicales, etc,, qui semblent être sous la dépendance de lésions nerveuses de la périphérie, et qui, sous quelques rapports, rappellent certains cas de paralysies d’origine alcoolique, plusieurs auteurs se sont particulièrement occupé des lésions généralisées à un grand nombre de nerfs périphériques, qu’ils ont désignées sous le nom de polinévrite, névrite multiple, etc.

Après le travail si connu de Duménil, paru en 1866, Eichhorst, Eisenlohr puis Joffroy, montrèrent que dans

quelques cas les nerfs périphériques pouvaient être atteints isolément et que leurs lésions pouvaient ou se localiser dans quelques troncs, ou bien au contraire dans d’autres circonstances se généraliser; Leyden, l’année suivante, attira de nouveau l’attention sur ces névrites multiples dont il traça les principaux symptômes, et depuis lors, Grainger Stewart, Caspari, Pierson , Strube, enfin dernièrement Strümpel, Müller, etc., ont publié des exemples assez nombreux de cas analogues, dont l’étiologie est extrêmement obscure, pour ne pas dire absolument passée sous silence. En relisant leurs principales observations, nous avons été frappé delà similitude des symptômes qu’elles offraient avec ceux de nos paralysies alcooliques. Plusieurs de leurs malades étaient manifestement alcooliques (Strümpell, Müller), et nous sommes convaincu que dans quelquesuns de ces cas, il ne s’agit pas d’autre chose que de paralysies, ou si l’on veut de névrites multiples d’origine alcoolique.

Il est bien évident que ces névrites multiples peuvent se développer sous l’influence de causes diverses, témoin les lésions nerveuses de la périphérie trouvées par Baeltz dans le « Kakke » des Japonais ou béribéri, mais nous sommes persuadé que parmi les causes nombreuses les déterminant, les agents infectieux et toxiques, jouent un grand rôle et que parmi ces derniers l’alcool doit occuper une place importante.

Les lésions des nerfs peuvent se généraliser, l’on observe alors des cas d’un pronostic très grave, presque toujours suivis de mort; elles peuvent s’arrêter dans leur évolution, se localiser, et nous avons alors la forme chronique de la paralysie alcoolique.

Telles sont les conclusions que nous avons pensé pouvoir établir.

Avant de commencer, nous tenons à inscrire en tète de

ce travail le nom de notre maître, M. Lancereaux, à qui nous devons la plus grande reconnaissance, non seulement pour les conseils si utiles que nous a fournis son enseignement, mais encore pour la sympathie dont il a bien voulu nous honorer.

Page 1