‹ Etude sur les paralysies alcooliquesChapitre 30 sur 54 · RÉSUMÉ CRITIQUE DES TRAVAUX ANTÉRIEURS SUR LE MICROBE DU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ CRITIQUE DES TRAVAUX ANTÉRIEURS SUR LE MICROBE DU CHOLÉRA

Avant les recherches de Koch, divers auteurs s’étaient attachés à l’examen des bactéries contenues dans les selles des cholériques, sans y découvrir aucun microbe qui parût présenter une valeur spécifique.

Les premiers résultats positifs furent obtenus par Koch, et exposés à la première conférence de l’Office sanitaire de Berlin, le 26 juillet 1884 L

Ce n’est qu’après de nombreux examens de selles cholériques, après de nombreuses autopsies, que Koch a pu certifier l’existence, dans le choléra, d’une bactérie spéciale, caractéristique par l’aspect de ses colonies sur la gélatine, et à laquelle il a donné le nom de komma-bacillus (bacille-virgule). Koch n’a trouvé son bacille que dans l’intestin : soit dans le liquide diarrhéique, soit dans l’épaisseur de la muqueuse. Il no l’a rencontré ni dans le sang, ni dans les viscères. Ce bacille a certainement été entrevu par MM. Strauss, Roux, Nocard et Thuillier, pendant leur mission en Égypte (du 15 août au 7 octobre 1883), car il est figuré dans leur mémoire des Archives de Physiologie1 2 , soit dans le contenu, soit dans les coupes de l’intestin , sous la forme d’un bacille grêle et presque rectiligne.

Les premiers, MM. Nicati et Rietsch3 ont obtenu, le 15 septembre 1884, la mort chez des animaux (chiens et cobayes), par suite de l’injection dans le duodénum , après ou sans ligature du canal cholédoque, du liquide intestinal crémeux provenant d’une autopsie, et contenant un grand nombre de

1 Semaine médicale, 1884, n0* 32, 34, 35, 37.

8 15 mai 1884, (Pl. XI, %. 1, 2, 4).

3 Semaine médicale , 18 septembre 1884.

bacilles-virgule. Ils ont signalé la présence ' fréquente clans le duodénum , dans les cas foudroyants , d’un mucus crémeux voilant l’état congestif delà muqueuse. Ce mucus crémeux se retrouve dans la partie terminale du canal cholédoque et renferme le bacille de Koch. Dans tous ces cas, il existe de la rétention biliaire.

MM. Rietsch et Nicati n’ont bien vu le bacille-virgule qu’après que la démonstration leur en eût été faite par Koch, au laboratoire du Pharo.

Les essais d’inoculation des expérimentateurs de Marseille, tout en conservant le mérite de la priorité pour les résultats acquis, sont loin d’échapper à toute critique : l’injection du liquide intestinal sous la peau, dans les veines ou dans le péritoine de certains animaux, ne pouvait avoir aucune valeur scientifique et devait se terminer par la septicémie. Restent vingt cas d’inoculation dans le duodénum ou le canal cholédoque.

Pour les inoculations dans l’intestin, ils signalent un seul cas de mort, chez un chien, après la ligature du canal cholédoque, et, chez le cobaye, 4 morts sur 7 animaux.

L’injection de bile contenant des bacilles-virgule a donné la mort à 2 cobayes. L’injection du bacille-virgule, dans le canal cholédoque de 9 chiens, leur a donné 3 cas positifs. Un animal est mort d’une cause inconnue, et 5 autres, à l’autopsie, ont présenté dans le péritoine du liquide séro-sanguinolent ou purulent. Ces cas de péritonite nous semblent bien nombreux, et ces inoculations, faites avec du liquide intestinal d’autopsie, ne prouvent pas que la mort soit due plutôt au bacille-virgule qu’aux autres bactéries qui s’y trouvent mélangées. Les symptômes cités, prostration, algidité, contraction musculaire spasmodique, ne démontrent pas que leurs animaux soient morts du choléra, et leur description anatomopathologique nous semble bien sommaire.

MM. Rietsch et Nicati paraissent d’ailleurs n’avoir cherché le bacille-virgule chez leurs animaux en expérience que par des procédés tout à fait imparfaits. Ils reconnaissent eux-

1 Arch. de Phys., 30 juin 1885 et Revue de médecine, 18 juin 1885.

E. DOYEN

mêmes! qu’ils avaient pris d’abord pour lo bacille du choléra, dans les selles des animaux, un bacille-virgule différent de celui de Koch et ne liquéfiant pas la gélatine.

MM. Ceci et Klebs, qui ont étudié le choléra à Gcnes, affirment1 2 que le bacille-virgule ne se trouve pas constamment à l’examen direct dans les selles des cholériques. Ils ont observé dans le liquide intestinal abandonné à la température ordinaire, au bout de 3 ou 4 jours, une culture presque pure de bacilles-virgule. Ceux-ci disparaissent quelques jours plus tard, pour être remplacés par les bactéries de la putréfaction.

Klebs et Ceci ont remarqué sur l’Agar-Agar l’apparition de cocci arrondis, qui seraient pour eux les spores du bacillevirgule. En ensemençant un tube avec ces cultures, ils ont obtenu à l’état de pureté le bacille de Koch.

Le Dr Ceci a obtenu la mort, chez les cobayes et les lapins, en injectant dans l’intestin grêle une culture pure datant de 2 à 4 jours. Quelques animaux ont présenté de la diarrhée; le contenu de l’intestin était riziforme et contenait des bacillesvirgule. Il n’existait pas de microbes dans le sang du foie ni de la rate des animaux autopsiés peu après la mort3.

Van Ermengem 4 a obtenu la mort sur le cobaye par l’injection duodénale d’une culture pure de bacilles-virgule, répétée en séries.

Le 29 août 1884, il avait remarqué que le bacille-virgule se multiplie rapidement dans une anse intestinale de chien, isolée par une double ligature, après injection d’une goutte de culture.

Le 19 septembre, il obtint la mort chez 4 cobayes par l’injection duodénale d’un gramme environ d’une culture de bacilles-virgule dans le sérum sanguin.

1 Revue de méd., p. 456, 1885.

5 Semaine médicale, 4 décembre 1884.

3 Uber Choiera asial. nach Beobachlungen in Genua. ( Corrcsp.-blatt , t. schweizer Aerztc, 1884.) Mais Klebs et Ceci n’ont pas mieux coloré le bacille-virgule dans les coupes de l’intestin, où il existe toujours; sans doute leur technique était défectueuse.

1 Semaine médicale, 81 décembre 1884, et Recherches sur l'étiologie du Choléra. Bruxelles, 1885.

Les symptômes furent de l’algidité, de la prostration, de l’hypothermie, de la diarrhée dans deux cas, et des convulsions des membres postérieurs. Le contenu intestinal, exposé 24 heures dans une chambre humide, offrit l’aspect d’une culture à peu près pure de bacille-virgule.

Onze autres cobayes reçurent dans le duodénum de faibles quantités d’une culture pure : Presque tous ont succombé.

Les lésions de l’intestin sont caractéristiques : nous les étudierons plus loin. Van Ermengem a constaté sur ces cobayes une entéromycose très accusée.

Six autres cobayes furent inoculés dans le duodénum avec le liquide intestinal d’un des animaux précédents : 5 succombèrent.

L’injection duodénale de liquide de culture privé du bacille-virgule par la filtration, ou bien stérilisé par la chaleur, a déterminé sur un cobaye, en moins d’une heure, à la dose de 3 à 4 centimètres cubes, la mort avec des phénomènes d’algidité.

L’injection péritonéale a donné le même résultat. Van Ermengem s’est assuré que le bacille-virgule, retrouvé dans l’intestin des animaux qui avaient succombé à l’injection duodénale, était bien celui de Koch. Il s’est assuré en outre que divers liquides septiques sont incapables de déterminer la même action pathogène, et a donné le premier la description quelque peu détaillée des symptômes et des lésions du choléra expérimental.

Les résultats obtenus par l’injection du liquide de culture dépourvu de bactéries lui font émettre l’hypothèse que les phénomènes généraux graves et la mort rapide sont dus à l’absorption d’un produit toxique qui serait le résultat de la fermentation produite par le bacille-virgule.

Cette hypothèse n’est d’ailleurs que celle de Koch, et, le 8 mai 1885 ' , le savant allemand a fait savoir, dans sa seconde conférence à l’Office sanitaire, qu’il croyait avoir obtenu un résultat positif en cherchant à tirer des cultures pures du bacille-virgule un poison particulier. Nicati et Rietsch ont

1 Conférence sur l'étiologie du choléra.

E. DOYEN

observé des faits expérimentaux analogues à ceux de Van Ermengem, et Klebs, tout récemment1, a signalé l’analogie de ce poison avec la muscarine. Il a même émis l'opinion que, dans le choléra, on pourrait peut-être obtenir de bons effets de l’administration de l’atropine, qui est l’antagoniste de la muscarine et des poisons analogues. L’analogie des symptômes et des lésions du choléra avec ceux observés dans l’empoisonnement par les champignons, est d’ailleurs bien connue.

Koch a obtenu des résultats positifs2 par l’injection duodénale d’une culture très diluée dans le duodénum des cobayes. Cette méthode toutefois lui semblait bien imparfaite, et depuis il est arrivé à donner le choléra à 85 cobayes par l’expérience suivante :

1° Injection stomacale de 5 centimètres cubes d’une solution de carbonate de soude à 5 0/0 ;

2° Vingt minutes après, injection stomacale de 10 centimètres cubes de bouillon contenant des bacilles-virgule, suivie de l’injection immédiate dans le péritoine de 1 centimètre cube de teinture d’opium par 200 grammes du poids de l’animal. — Koch attache une grande importance à l’état narcotique qui suit son injection péritonéale.

Le bacille de Finkler, dans les mêmes conditions, a produit une action pathogène, mais dans une étendue beaucoup plus petite. On observe surtout, d’après Koch, une véritable pourriture du contenu de l’intestin.

Nous n’insisterons pas sur la découverte par Emmerich (de Munich) d’un microbe dans les viscères et le sang des cholériques, et qui, pour l’auteur, serait la bactérie du choléra. Ce microbe est un bâtonnet qui ne liquéfie pas la gélatine.

Les recherches d’Emmerich sont fort sujettes à caution. Koch lui a reproché très justement l’imperfection de la méthode avec laquelle il a fait ses recherches. Emmerich n’a pas retrouvé son bacille sur les coupes, et il est bien probable que, dans le cas où il l’aurait extrait du sang pendant la vie, il s’est introduit dans son expérience une cause d’erreur.

1 Correspi'indenzblall, l*r juillet 1885.

5 Seconde conférence sur l’étiologie du choléra.

Emmerich a presque toujours constaté dans l’intestin la présence du bacille-virgule de Koch, mais ne le considère pas comme spécifique.

Nous citerons, en dernier lieu, les expériences récentes du Dr Ferran.

M. Ferran aurait constaté, en cultivant le bacille-virgule dans du bouillon a 37° additionné au bout de quelques heures de bile de porc, l’apparition de filaments flexueux, portant à leur extrémité ou sur leur trajet une petite sphère (oogone), qui serait fécondée par une autre pins petite (pollinide). L’oogone éclate, met en liberté des granulations de 0,5 g à 4 ou 5 g, qui s’accroissent, prennent l’aspect de corps mûriformes et projettent tout à coup un filament délié qui se contourne en spirale, et donne naissance, par segmentation, aux formes incurvées décrites par Koch.

M. Ferran aurait fixé ces formes arrondies du bacille-virgule par des procédés secrets, et aurait obtenu, par leur injection sous-cutanée, des attaques de choléra bénin constituant une véritable vaccination anticholérique. Malheureusement, le rapport de M. le professeur Brouardcl a mis en lumière que M. Ferran manquait absolument de l’installation nécessaire pour des recherches bactériologiques sérieuses, qu’il ne s’était même pas servi des réactifs colorants et ne possédait dans son laboratoire qu’un microscope sans éclairage Abbé, muni d’objectifs à sec fort médiocres, et une étuve rudimentaire dépourvue de régulateur. M. Ferran paraît d’ailleurs ne faire de sa prétendue découverte qu’une spéculation financière assez productive, et refuse absolument de laisser étudier son vaccin hors de son laboratoire.

Certains auteurs ont observé, dans les cultures du bacillevirgule, des formes qui nç sont pas sans offrir quelque rapport avec celles décrites par M. Ferran. Babèsa observé, alors qu’il étudiait avec nous le bacille-virgule au laboratoire de M. le professeur Cornil, des formes incurvées très petites de 0,5 g à 0,7 g de longueur et présentant toujours sur l’un de leurs côtés une certaine concavité. M. Babès 1 émet l’hypo-

Arcliives de Virchow, janvier 1885.

E. DOYEN

thèse de cils terminaux, en raison des mouvements en tourbillon qu’il a observés dans le liquide.

Pétrone 1 a vu se détacher, à l’une des extrémités des virgules, un petit segment de protoplasme arrondi, qui, mis en liberté, représente un coccus très mobile et parfaitement rond.

Van Ermengem a observé quelques-unes des formes observées par Ferran, notamment des Corpuscules arrondis ou piriformes situés sur le trajet ou à l’extrémité des spirilles.

M. Buchner ■ a signalé des formes monstrueuses, variées du bacille-virgule dans des cultures additionnées de sucre. M. Klein '1 a observé des faits analogues.

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