‹ Etude sur les paralysies alcooliquesChapitre 38 sur 54 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'origine de ces travaux est un cas d’intoxication mercurielle chez l’homme.

Le nommé P..., âgé de 73 ans, entré à l’Hôpital cantonal de Genève le 26 décembre 1877, mort le 5 janvier T878. Service de M. le Dr Prévost.

Le malade, entré à l’hôpital dans un état très grave, raconte que dans la nuit du 13 décembre 1877, il but par erreur un quart de verre d’un liquide qui provoqua bientôt des accidents caractérisés par une forte diarrhée et des vomissements. Ce liquide, que le malade disait être de l’eau à blanchir, fut analysé, et l’on constata qu’il était composé d’une solution de nitrate acide de mercure (10e de cette solution contenaient gr. 1,560 de nitrate de mercure). Il était destiné à nettoyer et .argenter les laitons, poignées de porte, etc.

L’autopsie fut faite par M. le Prof. Zahn, qui constata •entre autres l’apparence anormale des reins. Ces organes, durcis à l’acide chrômique, restèrent en cet état jusqu’en avril 1882, époque à laquelle M. le Dr Prévost les examina de nouveau pour les comparer à ceux des animaux qu’il avait soumis au traitement mercuriel.

L’examen microscopique lui montra que par places les tubuli de la substance corticale offraient une opacité remarquable et il reconnut, par des réactions chimiques

faites sous lo microscope, «pie celte opacité était due à des dépôts calcaires, qui donnaient avec l’acide sulfurique des cristaux de sulfate de chaux, avec dégagement d’acide carbonique.

Pour élucider cette question, M. Prévost entreprit une série d’expériences sur des lapins qu’il intoxiqua par injection stomacale de sublimé corrosif, en solution aqueuse, puis plus tard, par injection hypodermique de peptonate de mercure, et toujours il arriva au même résultat, c’està-dire à la calcification des reins.

Saikowsky fi dans un travail publié en 1 860, expérimentant sur des animaux auxquels il faisait des injections hypodermiques de sels de mercure, était déjà arrivé à la même conclusion, au moins en ce qui concerne les rongeurs, car pour le chien et le chat, cet auteur admet un processus différent et conclut à la stéatose ; nous démontrerons dans ce mémoire que la calcification a lieu de même chez ces animaux.

Le 1er mai 1882, M. Prévost intoxiqua un lapin par une injection hypodermique de peptonate de mercure, dans le but de démontrer à la Société Médicale de Genève ces altérations du rein ; il constata que les os longs de cet animal étaient profondément altérés ; les épiphyses chevauchaient sur les diaphyses. Les reins étaient tellement bourrés de sels calcaires qu’ils étaient rugueux au toucher et criaient sous le scalpel.

En constatant ces deux altérations simultanément chez 1c même animal, il était naturel de se demander si elles n’étaient pas dépendantes l’une de l’autre, si les

1. Saikowsky. Uebcr einige Verdnderimgen wclche dns Quceksibler in Thierischen orgnnismus licrvorruft. Virchow Àrcliiv, 1806. Bd. 37,

dépôts calcaires trouvés dans les reins, ne résultaient pas d’une accumulation des sels osseux éliminés par cette voie.

M. Prévost entreprit une nouvelle série de recherches, et comme l’examen physique d’un rein ou d’un os ne permettait pas d’apprécier les modifications qu’ils avaient subies, il fallait une méthode qui permit non seulement d’indiquer ces modifications, mais encore d’en mesurer l’intensité, il voulut bien me charger des recherches chimiques nécessaires à la résolution de cette question. Ce sont ces recherches que je résumerai dans ce mémoire.

Bien que la partie médicale ne soit pas de ma compétence, je serai forcé de faire quelques emprunts aux notes d’observation de M. Prévost, lorsque ces données seront nécessaires à l’explication des résultats analytiques.

Dans une première série d’expériences, nous avons pris des animaux de même portée et autant que possible de même poids ; l’un d’eux était intoxiqué par le mercure, l’autre était gardé comme témoin ; nous trouvâmes ainsi des résultats très nets, mais nous avons cherché à nous mettre à l’abri de toute cause d’erreur; il se pouvait que, malgré le soin que nous apportions dans le choix de nos sujets, les animaux gardés comme témoins eussent normalement des os plus calcifiés que les animaux empoisonnés, nous aurions pu alors attybuer à tort ce résultat à l’intoxication mercurielle.

Nous avons donc cherché à opérer sur un seul animal, et pour cela nous désarticulions un membre qui était gardé comme témoin, puis, l’animal guéri de son opération, était soumis au traitement mercuriel.

En opérant par cette méthode, nous avons trouvé, à notre grande surprise, que le tissu osseux ne perdait que des proportions insignifiantes de calcaire, et même quelquefois les résultats étaient en sens inverse, il y avait augmentation.

Comment expliquer ce fait; avions-nous fait fausse route dans nos premières expériences, et maintenant, que nous étions armés d’une méthode plus rigoureuse, les conclusions que nous avions tirées étaient-elles réduites à néant ?

Pour répandre à cette question, nous avons soumis les animaux à la désarticulation seule, pour faire la part des modifications qu’elle amène dans le tissu osseux. Le hasard nous fournit un cas dans ces conditions et nous mit sur la voie de la vérité.

Un de nos animaux désarticulé, mourut de son opération au bout de quelques jours. L’animal fut disséqué et les os me furent remis ; je les soumis à l’analyse comme les précédents, sans me douter que le sujet n’avait pas été hydrargyrisé.

Le résultat, contraire à ceux que j’avais l’habitude de trouver, éveilla mon attention et je découvris alors pourquoi, dans nos dernières expériences, les diminutions avaient été si faibles, c’est qu’un animal privé d’un membre éprouve dans les os du membre correspondant, resté en place, une notable augmentation des parties minérales.

Mis sur la voie de ce phénomène, nous avons fait de nombreuses séries d’expériences; en modifiant de toutes manières notre méthode, nous avons opéré sur des sujets de tout âge, sur le rat, le cochon d’Inde, le chien.

le chat, le lapin ; tantôt c’était le membre antérieur, tantôt le postérieur qui était désarticulé.

On aurait pu nous objecter encore que nos animaux traités au mercure ne mangeaient presque plus ; on pourra constater dans nos notes d’observation que le poids de nos sujets diminue d’une manière continue.

Cette inanitiation n’amène-t-elle pas une altération du système osseux qui aurait pu être attribuée au mercure? Nous avons répondu à cette objection en inanitiant des animaux qui n’étaient du reste soumis à aucun autre traitement, et en les faisant diminuer de poids autant que nos sujets hydrargyrisés. Nous avons constaté à l’analyse chimique que les os de ces animaux, loin d’avoir perdu des matières minérales, en contenaient au contraire davantage ; non que l’inanitiation calcifie les os, mais nos sujets faisant de l’autophagie, absorbaient plutôt la partie organique de l’os et laissaient la partie minérale qui devenait ainsi prédominante.

Enfin, j’ai fait une série de recherches sur le tissu osseux d’animaux sains, afin d’étudier les différentes méthodes d’analyses qui avaient été proposées jusqu’ici.

Tels sont les différents points que j’ai cherché à élucider dans ce travail.

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