IV. — Troubles vaso-moteurs et trophiques
A côté des troubles paralytiques et sensitifs, nous pouvons placer un troisième ordre de symptômes, qui n’est pas le moins important, ni le moins digne d’intérêt; nous vou Ions parler des troubles vaso-moteurs et trophiques.
Fréquents chez les alcooliques d’une façon générale, comme l’a montré M. Lancereaux (3), ils ne manquent presque jamais dans les paralysies relevant de la même cause. Ce sont des rougeurs fugaces, qui envahissent subitement les téguments, puis qui disparaissent, parfois assez longtemps après ; ces rougeurs s’accusent bien plus encore, si l’on excite mécaniquement la peau ; chez notre malade (Obs. II.) le moindre pincement, la moindre piqûre déterminait des rougeurs persistant pendant plusieurs heures.
Dans d’autres cas, ce sont des sueurs localisées au dos du pied, au dos de la main, et qui accompagnent la lougeui
(1) Gautier. Etude clinique sur U absinthisme chronique. Paris. 1882.
(2) Glynn. Liverpool med. and chirurg. journ. July. 1883.
(3) . Lancereaux. Union Médicale. 17 Mai 1881.
des téguments ; les pieds sont froids, violacés et recouverts d’humidité ; il en est de même des mains.
Habituellement, la paralysie alcoolique s'accompagne cl'œdème des extrémités; c’est un fait excessivement fréquent, qui ne manque presque jamais, surtout dans les formes graves avec paralysie généralisée et anesthésie. 11 est inutile d’ajouter que dans tous les cas cet œdème était entièrement indépendant d’une affection étrangère, telle qu’une lésion rénale ou cardiaque, et qu’il était uniquement tributaire, comme nous le verrons, de la lésion qui détermine la paralysie, de la névrite périphérique. Il est habituellement peu étendu, occupe le dos de la main ou du pied, ou bien encore le pourtour des malléoles ; c’est un œdème mou, dépressible, se caractérisant par une tuméfaction blafarde des téguments ; il n’est pas douloureux.
Le purpura est relativement rare, Moeli (1) cependant signale un fait des plus remarquables ; il s’agissait d’un individu atteint de paralysie des muscles triceps fémoraux, et chez lequel on trouva une névrite localisée aux nerfs sciatiques, qui fut pris d’un purpura généralisé à toute la cuisse avec hémorrhagies sous-cutanées très étendues.
A côté de ces troubles vaso-moteurs, il existe souvent des troubles trophiques manifestes ; ils se caractérisent par un aspect particulier de la peau ; celle-ci est luisante, polie, recouverte en certains endroits de squames épidermiques abondantes ; les ongles sont recourbés, allongés, et striés transversalement; recouverts île lamelles cornées, ils présentent sans contestation aucune, un trouble marqué dans leur nutrition.
Le tissu cellulaire et le derme dans les formes chroniques (Obs. II) sont épaissis,, indurés, comme chez certains vieux hémiplégiques, et l’hypertrophie des téguments
(1). Moeli. Charité annale, IX. Jahrgang 1884. p. 541.
masque parfois l’atrophie des muscles sous-jacents. Enlin, à une période ultime de la maladie, dans les cas mortels, on voit parfois apparaître des escharres; celles-ci se forment généralement au niveau du sacrum, ou de la fesse, puis s’étendent progressivement, elles donnent lieu à des phénomènes d’infection septique, qui hâtent la terminaison fatale.