AVANT-PROPOS
L'étude des perforations de la cloison interventriculaire a donné lieu, jusqu’à ce jour, à un grand nombre: de travaux. Mais ceux-ci se rapportent, pour la plupart, aux communications anormales des cavités cardiaques, résultant d’un arrêt de développement et consécutives à un rétrécissement de l'artère pulmonaire. Le chapitre de la eyanose est riche en faits de ce genre.
On a moins étudié les ruptures accidentelles de la cloison ou résultant d’un traumatisme, Il n’en existe, d’ailleurs, dans la science qu'un nombre de cas très restreint.
La troisième classe des perforations comprend celles
Pr —
qui doivent leur origine à un état pathologique des cavités du cœur. Il ne semble pas qu’elles aient fixé beaucoup plus l'attention des observateurs. En dehors du chapitre que Pelvet leur a consacré dans sa remarquable thèse, nous n’avons trouvé sur ce sujet que des renseignements fort vagues dans les nombreux ouvrages que nous avons consultés.
C'est avec un réel étonnement que nous avons constaté le manque absolu d'indications bibliographiques sur la perforation résultant de l’endocardite ulcéreuse.
Cette complication a été, il est vrai, très rarement observée jusqu'ici. Peut-être n'a-t-eile pas toujours été assez soigneusement recherchée?
Quoi qu'il en soit, notre attention a été aitirée sur cette question, pour le moment fort limitée.
Il nous a été donné d’en observer, l'an dernier, un très remarquable exemple, dans le service de notre excellent maître, M. le professeur Latoulbène. Les résultats de l’autopsie, l’histoire clinique du malade, nous ont même paru présenter un tel intérêt, que nous n’avons pas hésité, encouragé par les bienveillants conseils de M. le D' Merklen, à en faire le sujet de notre thèse ‘inaugurale.
Notre travail sera forcément lrès incomplet. Mais nous serons heureux s’il peut appeler sur la question de nouvelles recherches.
OBsERVATION 1 (personnelle),
Endocardite ulcéreuse seconiaire. — Rétrécissements et insuffisance aortiques. — Perforation de la cloïson interventriculaire. — Cyanose
B..., Louis, né à Paris, âgé de 26 ans, tonnelier, entre, le 4 septembre 1883, à la Charité, salle Saint-Michel, n° 26, dans le service de M. Laboulbène, suppléé par M. le D’ Merklen.
Antécédents héréditaires. — Père mort d’une affection cardiaque ? Frère souffrant de palpitations?
Antécédents personnels. — Entre sa dixième et saquinzième année, le malade eut des accès fébriles qui se renouvelèrent plusieurs fois. Mais:il ne peut fournir aucun renseignement sur leur durée et leur évolution.
A 20 ans, douleurs articulaires, accompagnées de légères palpitations.
Ces phénomènes s’exagèrent au service militaire,
Libéré il a deux ans, B... devient garçon marchand de vins, et un peu plus tard tonnelier.
Il travaille dans des lieux humides, et fait grand abus d'alcool.
Blennorrhagie au commencement de 1883.
Le 17 mai dernier, il est admis, pour un purpura et des douleurs rhumatismales, à l'hôpital Necker, dans le service de M. le professeur Potain, où il occupe le Jit n° 36 de la salle Saint-Luc.
Fournier. 2
Nous devons à l’obligeance de M. Duflocq, interne de la clinique, les renseignements suivants sur l’état du malade à cette époque :
« Début, dimanche 13 mai, dans la soirée. Le malade s’est aperçu, en se couchant, qu'il avait une douleur dans le pied.droit; le lendemain, il constata de la rougeur et du gonflement.
« En même temps, perte de l’appétit et fièvre. Depuis, la: douleur a augmenté.eta:pris un caractère lancinant.
« ILe:jour de l’entrée à l'hôpital, on :comstate un:yonflement de la partie inférieure de la jambe.
« L’ædème remonte jusqu’au tiers:supérieur sur la face interne du membre:, Au même niveau.se montrent des plaques dont la coloration varie du rouge vif au rouge lie de vin, et ne s’effaçant pas à la pression.
« Sur la face externe, petits îlots de plaques sem-— blables. :
« Gauglions dans l’aine. Pas d’écorchure au pied.
« À l’auscultation du thorax on entend quelques râles disséminés en arrière.
« Au cœur, battements lents,irréguliers par instants, sous l'influence de la respiration.
« À la base, souffle diastolique.
« La mensuration de l'organe donne 14 centimètres dans les deux sens.
« B... sortguéri de son purpura le 3 juin 1883, »
Depuis cette époque, 1l s’est graduellement aftaibli.
Etat actuel. — 4 septembre 1883.
Facies anémique, légèrement bouffi.
Les traits expriment l’abaltement,.
Céphalalgie intense.
LE
Langue sale. Inanpétence. Soif vive.
La peau est chaude, couverte de sueur.
Cœur. — Hypertrophie manifeste à la percussion.
A la pointe, aucun bruit anormal. Au foyer d'auscultation de l’orifice aortique, souffle diastolique très net.
Souffle, au premier temps, râpeux et vibrant,
Le doigt, déprimant les téguments au-dessus de la fourchette sternale, perçoit un frémissement très marqué, correspondant au passage du sang dans l'aorte.
Bien dans les poumons.
Urine normale.
Aucun changement notable ne se produit pendant quelques jours:
Chaque soir, mouvement-fébrile intense.
Médication :
Sulfate de quinine.. 0 gr.50 centigr.
9 septembre. Le malade accuse une douleur vive au niveau de l’hypochondre droit.
Le ventre reste souple: et indolent dans son ensemble. |
L'état général est devenu très mauvais.
Phénomènes cardiaques stationnaires.
Vésicatuire sur la région du foie.
Température : matin, 38°; soir, 390,3.
Le 11. Légers frissons, se répétant à intervalles rapprochés. |
Température vespérale : 40°,8.
Le 12. Persistance de la douleur de la région hépatique.
Le’ malade est considérablement affaibli. Il répond avec nonchalarce aux questions. .
M. le D" Merklen diagnostique une endocardite septique.
Médication :
RAD LP T0 ere NO:
Julep : Hihtre Extrait mou de quinquina... #gr.
Suppression du sulfate de quinine.
Le 13. Douleurs articulaires.
Température : matin, 31°,5; soir, 40°.
Le 14. Les douleurs ont augmenté.
Salicylate de soude. ...,...,. 6gr.
Pendant les trois jours suivants, état stationnaire. La fièvre n’a plus de rémission matinale.
Le 19. Abattement extrême.
Le malade est plus oppressé. Pourtant, l’auscultation du cœur et des poumons ne dénote rien de nouveau,
Vésicatoire sur la région précordiale.
Pour la première fois on trouve de l’albumine dans l'urine. |
Le 20. Baltements du cœur tumultueux. La nuit a été très mauvaise.
Prescription :
Sirop de morphine.
Digiale. 3.200. te O0 cena
Je vois le malade dans la soirée. 11 se plaint d'étouffer davantage.
Aucune modification dans les souffles du cœur.
Application de 40 ventouses sèches sur le thorax.
Le 21. La dyspnée .est devenue très considérable. Le
= 15 = malade éprouve un sentiment d'angoisse extrême. Son visage est bouffi, couvert de sueur.
La main, appliquée sur la région du cœur, perçoit un frémissement très net.
A l'auscultation, souffle systolique de la pointe, très inarqué, qui fait penser à la production d'une insuffisance mitrale.
Dans la soirée, ces phénomènes sont considérablement exagérés.
Le frémissement est devenu énorme et le souffle de la pointe d’une extrême intensité.
Ce souffle se propage non seulement vers l’aisselle, mais il retentit si violemment dans toute la région précordiale, qu'il masque presque complètement le double soufffe préexistant de la base.
Le malade est tout à fait déprimé. La face présente une teinte bleuâtre, plus accusée aux ailes du nez, aux paupières supérieures et surtout aux lèvres. La-pulpe des ongles est violacée.
La langue est sèche, les narines fuligineuses; la respiration est très accélérée.
Une sueur visqueuse couvre tout le corps.
A 9 heures survient une syncope.
L’interne de garde appelé prescrit des snapismes et et du sirop d’éther.
Le malade est complètement froid.
Le 22. À 6 heures du matin, il est absolument cyanosé, « tout noir », selon l'expression de la sœur du service, qui voit le patient dès son entrée dans la salle.
La mort suvient vers 7 heures, sans qu'il y ait eu perte complète de connaissance.
SE
&} Autopsie. —: Pratiquéé vingtecinq'heures après li mort. |
& Le cadavre ne présente d'autre particularité qu’un certain degré de bouffissure de la face, avec teinte bleuâtre des lèvres et des'ailes' du nez.
Rien. de particulier à noter dans la cavité crânienne, saufiun: peu décongestion des ménmges.
L’examen des organes thoraciques: fournit les résultats-suivants :
Les poumons sont congestionnés, surtout aux bases. Rien de particulier’ à la coupe: Pas de tubercules, ni de noyaux d’apoplexie.
Le péricarde, chargé de graisse, ne présente aucune trace d’inflammation.
Le cœur est énorme. L’hypertrophie porte sur les quatrecavités; maïs elle: domine surtout sur le: ventricule gauche, dont les’ parois ont doublé‘de volume.
Rien: à noter dans les oreillettes,
Ventricule gauche, — L'orifice auriculo-ventrieulaire est normal.