‹ Étude sur les phénomènes observés du côté sain chez les hémiplégiquesChapitre 19 sur 28 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBsERVATION I (résumée)

(Service de M. le professeur Teissier)

Hémiplégie gauche. — Exaltation du réflexe rotulien droit. — Léger tremblement rythmé.

Nizier R..., quarante-quatre ans, teinturier.

Entré le 8 octobre 1871. Salle Saint-Léon, n° 8.

Le malade a eu la syphilis à l’âge de vingt: sept ans, quinze jours après l'apparition du chancre, il prend une première attaque qui le paralyse de la jambe gauche.

11 y avait un mois que cette monoplégie existait quand le malade prend une seconde attaque, et cette fois tout le côté gauche est pris. La déglutition est très gênée, les aliments pénètrent dans les fosses nasales. Fait singulier, le malade a une sueur abondante et continue dans tout le côté paralysé. Le malade rentre au Perron.

do

1883. — Les mouvements de l’avant-bras et de la main sont possibles, mais lents. Les mouvements de l’avant-bras sont impossibles. Au dynamomètre 10 kilos à gauche, 40 kilos à droite, pas de trépidation épileptoïde.

Contracture dans le membre inférieur gauche avec trépidation épileptoïde et tremblement très marqué.

Réfiexe rotulien exagéré.

Dans la jambe droite, on constate une exaltation du réflexe rotulien et un léger tremblement rythmé.

1886. — La sensbilité est exagérée du côté hémiplégié. Les contractures ont cessé, mais le tremblement épileptoïde persiste. Sueurs exagérées du côté hémiplégié.

1888. — État stationnaire, les mêmes phénomènes persistent toujours.

OBSERVATION II (résumée)

(Service de M. Teissier)

Hémiplégie gauche. — Diminution de la force du côté sain. — Mouvements associés.

Marguerite B..., soixante-dix-sept ans, tisseuse,

Entrée au Perron le 2 décembre 1880. Salle Sainte-Marguerite, n° 26.

La malade a pris son attaque en 1877.

Elle entre alors à l'hôpital de la Croix-Rousse, où, dit-elle, on examina sa sensibilité qui était diminuée.

A son entrée au Perron, on constate une ancienne hémiplégie gauche. La malade perd facilement l'équilibre. Atrophie notable de l’épaule gauche. Pas d’atrophie du bras. Contracture de la main gauche. Atrophie du membre inférieur gauche et contracture. La production du réflexe rotulien du côté gauche est brusque, instantanée et suivie d’une trémulation.

Au dynamomètre on a: main droite (saine) 15 kilos, main gauche, — 0, Résistance musculaire très marquée à droite, contracture à gauche.

La résistance musculaire est très nette à droiteet nulle ou à peu près à gauche.

On note des mouvements associés.

OBSERVATION III (résumée)

(Service de M. le D' Teissier)

Hémiplégie droite. — Hyperexcitabilité notable. — Réflexe rotulien exagéré à gauche. — Autopsie.

Théodorine M..., cinquante et un ans, cuisinière.

Entrée au Perron le 12 décembre 1881. Salle Sainte-Marguerite, n° 26.

En 1870, la malade prend subitement une attaque.

Tout son côté droit fut paralysé ; de plus elle était aphasique. La parole ne revint qu’au bout de six mois. Aujourd’hui la malade peut marcher, les membres supérieurs donnent au dynamomètre : le droit 10 kilos, le gauche, 17 kilos.

Le bras droit exécute des mouvements très limités.

Aux membres inférieurs il semble y avoir du côté gauche une sensibilité beaucoup plus grande qu’au membre supérieur du même côté.

Du côté gauche, le réflexe rotulien est notablement exagéré. Pas de trépidation épileptoïde.

1884. — Epilepsie jacksonienne au bras droit.

La malade meurt en novembre 1884.

Autopsie : Cœur, rétrécissement mitral notable.

Cerveau : La dure mère est épaissie. Dans l’hémisphère gauche.

es 0

on voit une vieille cicatrice siégeant vers le noyau caudé et la partie la plus interne de la capsule interne.

Dans la moelle on constate que la substance grise est diffluente et a presque disparu.

OBSERVATION IV (résumée)

Service de M. le professeur Teissier.

Hémiplégie droite. — Hyperesthésie thermique pour les bras et les cuisses.— Sensibilité thermique diminuée aux avantbras. — Autopsie.

Aimable N..., soixante et un ans, manœuvre. Entré au Perron le 14 février 1883. Salle Saint-Émile n° 7.

Son hémiplegie remonte à 1878 ; aphasie ; il put se lever deux jours après l’ictus. L’aphasie dura quinze jours, douleurs assez vives dans la jambe droite. Nouvelle attaque en octobre 1882. Pas d’aphasie, mais parésie du côté droit. Légère atrophie du bras droit, La sensibilité tactile ne paraît pas altérée soit à gauche, soit à droite. La sensibilité à la température est diminuée aux deux avantbras et presque abolie à la main droite. Pour les bras il y a une véritable hyperesthésie thermique; le contact d'un objet froid est presque douloureux, La sensibilité au contact est diminuée dans tout le côté droit.

Réflexe rotulien exagéré du côté droit. Aux cuisses les impressions de froid sont véritablement douloureuses des deux côtés.

Escarre fessière médiane.

Autopsie (6 janvier 1886). — Quelques adhérences des méninges aux parois osseuses. À la base, traces de méningo-encéphalite diffuse.

Hémisphère gauche. Au niveau de la partie postérieure de la couche optique, à cheval sur la capsule interne, on voit un foyer

de ramollissement ; quelques parties dures, crétacées, qui résistent à la coupe. Ce n’est pas un ramollissement jaune ocreux. Dimension d’une grosse lentille.

Rien dans l'hémisphère droit.

OBSERVATION V (résumée)

Service de M. le professeur Teissier.

Hémiplégie gauche. — Contractures secondaires. — Réfleæes exagérés des deux côtés surtout à droite. — Légère contracture de flexion de la jambe droite.

M..., cinquante-quatre ans, peintre, entré au Perron ie 2 juillet 1883. Salle Saint-Émile n° 6.

Au mois de février dernier, le malade a eu une attaque de paralysie du côté gauche qui rend les mouvements impossibles de ce côté. La sensibilité était conservée. Actuellement contractures du côté gauche surtout au membre supérieur, sauf pour le pouce qui a conservé quelques mouvements faibles et limités. Les réflexes rotuliens sont exagérés et égaux des deux côtés. Rien d’anormal dans la sensibilité.

Juin 1885. — La sensibilité au contact à la température paraît normale du côté sain et un peu exagérée du côté hémiplégié. Le réflexe rotulien est plus exagéré du côté droit que du côté gauche. Légère contracture de flexion de la jambe droite. Escarre fessière médiane.

OBSERVATION VI (résumée)

Service de M. le professeur Teissier.

Hémiplégie gauche.— Réflewes exagérés à droite.— Autopsie.

G..., soixante-dix-huit ans, employé de commerce. Hospiceidu Perron. Salle Saint-Emile n° 10.

Le malade est paralysé du côté gauche depuis 1880. Les forces sont nulles du côté hémiplégié. Impossibilité de se tenir debout. Le réflexe rotulien et le réflexe plantaire sont exagérés du côté droit. A gauche ils sont abolis ou presque abolis. Le malade meurt de pneumonie au mois de septembre 1884.

Awtopsie — Hépatisation du poumon droit entier, tournant déjà en certains points à l’hépatisation grise.

Au cerveau, on trouve dans l’hémisphère droit un vieux foyer d’hémorragie siègeant en avant du noyau lenticulaire. Rien de particulier à noter dans l’hémisphère gauche,

OBSERVATION VII (résumée)

(Service de M. le professeur Teissier).

Hémiplégie gauche. — Deux attaques. — Exagération des réflexes du côté sain. — Autopsie.

Claude D..., soixante-quatre ans, tisseur. Entré au Perron en mai 1884, Salle Saint-Emile, n° 25.

On note dans sés antécédents personnels des accès d'asthme bien

LE ri

Eu

caractérisés qui lui durent vingt-cinq ans. Il eut à ce moment des crises nerveuses qu’il conserva jusqu’à quarante ans.

Le 18 octobre 1882, le malade sent des fourmillements dans la jambe gauche et tombe le lendemain sans connaissance dans la rue. On le relève, il était hémiplégié du côté gauche, avait la bouche tordue et perdait sa salive. La contracture n’apparut que quatre ou cinq mois après l’attaque. En mai 1888, seconde attaque du même côté, les mouvements qui étaient revenus dans la jambe gauche disparurent complètement. Incontin nce urinaire et fécale. Affaiblissement assez considérable de la mémoire, mais seulement pour les événements postérieurs à l'accident. Actuellement, à la face, pas de déviation notable des traits. Sensibilité égale partout.

Au bras droit la sensibilité est conservée, la force est diminuée, les réflexes sont exagérés. À gauche (membre supérieur), la sensibilité est totalement perdue, contractures de a main et de l’avantbras. Pas de trace de réflexes.

Au membre inférieur gauche, sensibilité abolie ; contracture ; le réflexe rotulien et le réflexe plantaire sont exagérés. À droite, sensibilité intacte ; les réflexes sont augmentés. Le malade meurt dans le coma le 14 juin 1884.

Awutopsie. — Légère adhérence des méninges. Dans l’hémisphère droit on trouve un vieux foyer hémorragique étendu, complètement en bouillie, de couleur jaunâtre et siègeant dans la capsule interne, vers la partie extra-ventriculaire du corps strié. Rien dans l'hémisphère gauche.

DD

OBsERVATION VIII (résumée)

. (Service de M. le professeur Teissier)

Hémiplégie gauche. — Contracture. — Exagération des réflexes. — Affaiblissement notable de la jambe droite, — Autopsie.

P... Salle Saint-Vincent n° 3. Entré au Perron le 10 décembre 1884.

Les antécédents héréditaires et pathologiques sont inconnus; le malade entre atteint d’une hémiplégie gauche et de contracture secondaire ; le malade peut tout au plus se tenir sur une chaise; il a conservé toute son intelligence. Le réflexe rotulien est exagéré à gauche et aussi du côté droit. La jambe droite elle-même est faible, Le malade meurt le 25 décembre 1885 de bronchopneumonie,

Autopsie. — Rien dans l'hémisphère cérébral gauche. A droite, on trouve au-dessous et un peu en avant du troisième ventricule, sur un plan plus inférieur, une cavité parallèle à ce ventricule et d’une capacité à peu près égale à la sienne. C’est là l’ancien foyer de ramollissement. Il entame en bas le noyau intra-ventriculaire et la capsule interne, ayant une coloration grise et diffluente. Dans ce ventricule artificiel ainsi constitué on trouve un petite masse de la grosseur d’une tête d’épingle d’un rouge vermillon.

OBSERVATION IX (résumée)

Service de M. Je Professeur Teissier.

Hémiplégie droite. — Réflexes exagérés.

B..., soixante-quatorze ans, agent de police. Entré au Perron en 1881. Salle Saint-Vincent, n° G. f

En 1858 le malade prit une première attaque qui amena une hémiplégie de tout le côté droit. Il n’y eut pas de perte de connaissance. Au bout d’un an il était presque complètement rétabli, sauf la jambe droite qui était faible.

En 1880, à la suite d’une frayeur, dit le malade, il fut pris de faiblesse très grande et d’un tremblement très marqué à droite.

Actuellement (1883), le côté droit est plus faible que le côté gauche, la main droite est moins forte, la langue est légèrement déviée à droite. Le réflexe rotulien est exagéré à droite et à gauche, il paraît cependant plus exagéré à droite. La sensibilité est diminuée du côté paralysé.

OBsERVATION X (résumée)

Service de M. le Professeur Teissier.

Hémiplégie droite. — Exagération des réflexes. — Contracture du côté sain.

P..., cinquante ans, bouchère, Entrée au Perron en 1885, salle Sainte-Marguerite, n° 24.

Le 31 octobre 1881, la malade prend une attaque avec perte de

connaissance, après laquelle on la relève paralysée de tout le côté droit; de plus, elle devient aphasique pendant deux mois.

En 1886 on note : Exagération des réflexes rotuliens et contracture secondaire de la main droite et du bras. Embarras de la parole assez marqué. Rien de bien saillant à signaler jusqu’au 41 mars 1888 où l’on voit que la contracture du bras droit a subitement et totalement disparu ; le membre est flasque, inerte, mais sans raideur aucune, le membre inférieur droit est dans un état analogue : les réflexes de ce côté paraissent exagérés ; on provoque facilement le réflexe du poignet.

183 mars (matin). — Le membre supérieur droit est toujours flasque, mais on constate que le membre supérieur gauche est un peu contracturé. Cette contracture disparaît après un ou deux mouvements d'extension de l’avant-bras et cède la place à une laxité complète. Le membre n’est pourtant point paralysé, la malade peut le bouger, les doigts font quelques mouvements ; la malade serre la main quand on le lui demande.

La jambe gauche, elle aussi, est contracturée; la jambe est fléchie sur la cuisse.

14 mars. — L'état est toujours le même. La contracture n’est pas revenue du côté droit où l’on note toujours l’exagération du réflexe du poignet ; le membre supérieur droit reste flasque.

La malade meurt le 16 mars. Pas d’autopsie,

OBSERVATION XI (résumée)

(Service de M. le professeur Teissier).

Hémiplégie gauche. — Contracture de l'orbiculaire des paupières à droite. — Mouvements incessants de l'œil droit. — Raideur du membre supérieur droit. — Autopsie.

Jean G..., soixante-sept ans, moulinier. Entré au Perron le 15 décembre 1885, salle Saint-Émile, n° 23.

Le malade a toujours eu une assez bonne santé ; légères habitudes alcooliques. Le 31 mai 1885, le malade prend une attaque sans perte de connaissance. Le côté gauche est paralysé. Au bout de deux mois le malade peut se lever ; il marche en traînant la jambe. Pas de contracture au membre inférieur gauche ; le bras droit est contracturé.

Le 2 janvier 1886, le malade prend une nouvelle attaque : hémiplégie du côté gauche; contracture du membre supérieur gauche. Rien de noté jusqu au 19 novembre 1886 où l’on constate une diminution considérable des mouvements, soit du côté hémiplégié, soit du côté sain. Le côté droit présente de temps à autre quelques contractures et des raideurs de peu de durée.

2 janvier 1887. — Le malade présente une contracture de l’orbiculaire des paupières à droite ; il se plaint de l’œil droit qui est agité de mouvements incessants, La tête présente des mouvements rythmiques de droite à gauche et de gauche à droite.

20 février. — Escarre au sacrum presque sur la ligne médiane ; les mouvements de la tête sont de plus en plus accentués.

5 mars. — La contracture des membres du côté gauche, surtout du membre supérieur, est moins prononcée, Le membre supérieur droit est le siège de mouvements convulsifs et d’un peu de raideur, Les mouvements choréiformes de la tête et le blépharospasme du coté droit persistent.

Le malade meurt, le 25 novembre 1887, de broncho-pneumonie.

Autopsie. — Hémisphère gauche, 460 grammes, absolument sain ; hémisphère droit 520 grammes, Après avoir enlevé les méninges quelque peu adhérentes, on se trouve en présence d’une immense zone de ramollissement occupant : une petite partie de la frontale ascendante, tout le lobe pariétal, et la majeure partie du lobe sphénoïdal ; les circonvolutions sur ces divers points sont à peine reconnaissables et forment une bouillie remplissant la région ramollie qui est assez fortement excavée.

Sur les-coupes de Pitres, immense foyer de ramollissement s'étendant depuis la coupe pédio-frontale jusqu’à la coupe occipitale et ayant absolument tout détruit : capsule interne, noyaux gris, capsule externe ; et intéressant jusqu'aux parois du ventri-

Ju

cule qui sont épaissies et granuleuses. Athérome très marqué des vaisseaux de l’encéphale.

Gervelet. — Ramollissement et aplatissement de toute la face inférieure du lobe droit,

Le pédoncule cérébral droit est complètement ramolli et dégénéré.

La pyramide droite est nettement atrophiée et aplatie.

Dans la moelle on constate vers le renflement cervical un peu d’épaississement des méninges qui sont adhérentes. À la coupe, on constate une sclérose du cordon latéral gauche, très marquée surtout dans la partie postérieure du cordon.

Aux poumons : broncho-pneumonie.

Page 1