‹ Étude sur les phénomènes observés du côté sain chez les hémiplégiquesChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mouvements associés. — Contractures du côté sain.

Sans prétendre suivre un ordre chronologique, nous commencerons par l’étude des mouvements associés parce qu’ils sont, avec l’exagération des réflexes, un des phénomènes les plus communément observés du côté sain chez les hémiplégiques. Vulpian, dans le Dichionnarre encyclopédique des sciences médicales (article MogzLe) a défini de la façon suivante les mouvements associés :

« On pourrait nommer syncinésies les mouvements qui « s’effectuent dans une partie du corps d’une façon invo- « lontaire au moment où ont lieu les mouvements volon- « taires ou réflexes dans une autre partie. Ces mouvements « ont été désignés sous le nom de mouvements associés.»

Ce phénomène prend à l’état pathologique, chez la plu-

part des hémiplégiques, une exagération telle que presque invisible à l’état normal, il devient alors très apparent. Est-il utile de rappeler qu’il consiste en ce fait qu’un mouvement exercé volontairement dans un membre est reproduit ou esquissé par le membre du côté opposé.

Cest Muller le premier qui les a étudiés, mais il n’a observé le phénomène qu’à l’état normal. Simoneau les étudie chez les hémiplégiques de cause cérébrale ; Jaccoud s’en occupe longuement. Brissaud dans sa thèse rappelle que Hitzig a voulu imputer à des mouvements associés se produisant d’une manière incessante tous les phénomènes spasmodiques propres à la contracture. Il donne deux exemples très caractéristiques des mouvements associés.

Sous l'inspiration de Pitres, Camus dans sa thèse fait une étude si approfondie des mouvements associés et analyse d’une façon si précise le phénomène et ses conditions de production, qu’il serait superflu de vouloir ici entrer dans de plus grands développements sur un phénomène qui d’ailleurs a été vu par tous les cliniciens.

Mais Déjerine a signalé en 1878 une autre forme de mouvements associés, la répercussion de certains mouvements spasmodiques du côté paralysé sur le côté sain eten particulier la trépidation spinale.

Il ne nous a pas été donné de trouver signalé, dans nos observations ni celles de M. le professeur Teissier, ce phénomène; mais nous verrons plus loin dans notre essai de physiologie pathologique qu’il peut recevoir une explication très rationnelle en lui appliquant la grande loi des réflexes. D'ailleurs Brissaud,en 1880, constate souvent que la percussion sur le tendon rotulien produit en même temps que le réfiexe cherché un léger soubresaut de la

jambe du côté non paralysé. Nous- même, dans nos études au lit du malade,avons vu nos maîtres faire remarquer le même phénomène de répercussion du reflexe rotulien dans des cas où l’axe gris médullaire était soumis à une influence excitante et en particulier dans des cas de sclérose en plaque et chez des enfants au début des grandes pyrexies.

Hallopeau, dans les Archives générales de médecine de 1871, rapporte une observation où la paralysie s’était transportée du côté sain, il faisait rentrer ce cas dans le cadre des phénomènes associés et il l’attribuait comme eux à une diffusion de myélite secondaire.

Brissaud fait remarquer que, dans les salles de la Salpètrière, beaucoup de femmes hémiplégiques sont devenues parapléseiques avec contractures des deux côtés, décubitus latéral, les genoux au menton et pourtant, à l’autopsie, la lésion médullaire comme cérébrale était systématique et unilatérale; pour lui cette contracture secondaire du côté opposé que l’on peut observer chez les anciens hémiplégiques peut donc très bien ne répondre à rien d’anatomique et de diffus et il la fait rentrer au point de vue pathogénique et physiologique complètement dans le cadre des mouvements associés.

Ces contractures secondaires avec lésion médullaire unilatérales, après Brissaud, ont été observées par Pitres quien cite deux cas avec autopsie parfaitement confirmative. Féré en publie une observation sans autopsie, enfin Dignat rapporte deux nouvelles observations avec autopsie.

Nous pouvons présenter cinq cas de mouvements asso-

ciés (observations n° IT, XX, XXII, XXIV, XXVI) dans

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ces observations nous pouvons noter aussi de l’exagération des réflexes, des troubles de la sensibilité, de la diminution de la force ; comme cette coïncidence de plusieurs phénomènes du côté sain chez les hémiplégiques se rencontre dans la majorité de nos cas, nous préférons faire un chapitre spécial pour les observations,

Quant aux contractures secondaires du côté non paralysé nous en avons deux cas dont un très intéressant avec autopsie sur lequel nous nous permettrons quelques réflexions critiques (observation XI). Ce malade était atteint d’une hémiplégie gauche et pouvait marcher en fauchant; dans le cours de sa maladie, il prend un jour des contractures dans le membre hémiplégié supérieur avec douleur excessivement vive et une difficulté notable de la parole. En même temps, on observe une contracture de l’orbiculaire des paupières à droite ; enfin l’œil droit est agité de mouvements incessants, puis la contracture des membres du côté gauche cède lentement, mais apparaissent dans le membre supérieur droit quelques mouvements convulsifs et un peu de raideur, à ce moment la parole est redevenue facile. Le blépharospasme du côté droit persiste avec des mouvements de latéralité choréiforme du côté de la tête.

C’est dans cet état que vingt jours après la constatation de ces phénomènes, le malade meurt d’une brancho-pneumonie. À l’autopsie on note : hémisphère gauche absolument sain, hémisphère droit, vaste foyer de ramollissement. Dans la protubérance, lésions très peu marquées à l'œil nu; le pédoncule cérébral droit est complètement ramolli et dégénéré. La pyramide droite du bulbe est très nettement atrophiée et aplatie ; enfin dans la moelle, outre

rio l’épaississement et l’adhérence des méninges, on trouve une sclérose du cordon latéral gauche presque totale, surtout marquée dans la portion postérieure de ce cordon. Aux poumons : broncho-pneumonie des deux bases.

Ce que l’on a observé du côté sain peut évidemment être imputé pour l’œil à l’état de la protubérance et probable ment du noyau supérieur du facial et des noyaux du moteur oculaire commun sous-jacent; de plus, l’adhérence des méninges permet au moins de suspecter l'intégrité du cordon latéral droit, nous ne pouvons donc pas donner ce cas comme une observation de contracture secondaire (raideur) dans le membre supérieur sain ; enfin ces troubles temporaires, il est vrai, de la parole montrent que l'hémisphère gauche a eu au moins des troubles de vascularisation où bien que le noyau protubérantiel de l’hypoglosse a été lèsé au même titre que le noyau du facial. Mais cette observation n’en garde pas moins un grand intérêt au point de vue diagnostique et à ce titre et vu la concentration de ces phénomènes du côté opposé au côté primitivement hémiplégié, nous croyons intéressant de la rapporter plus loin in extenso.

Dans un second cas (observation X) nous voyons une hémiplégie droite avec aphasie et le membre supérieur gauche présentant un peu de contracture. Gette contrac ture disparaît après un ou deux mouvements d'extension de l’avant-bras et cède la place à une laxité complète. Ce membre n’est pourtant pas paralysé ; la malade peut le bouger : les doigts font des mouvements, et la malade serre la main quand on le lui demande. Il est à noter que le jour où ces phénomènes apparaissent du côté sain la contracture qui avait d’abord disparu du côté hémiplégié

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