CHAPITRE II
Réflexes tendineux. — Trépidation épileptoide. - Tremblements
L’exagération du réflexe rotulien du côté paralysé, ainsi que l’apparition de la trépidation épileptoïde chez un hbémiplégique sont connues depuis longtemps ; Herb et Westphal en 1875 les étudient soigneusement. On sait que cliniquement ils annoncent le développement prochain de la contracture. Des 1862, Vulpian et Charcot, en 1868 Dubois, en 1869 Charcot et Joffroy les avaient signalées dans diverses affections spinales; si bien que, quand Herb et Westphal étudierent ces phénomenes sous le nom de clonus du pied, c'était d’un enseignement courant en France. En tout temps, la trépidation épileptoïde et les reflexes tendineux ont été considérés comme appartenant à la même famille symptomatique, nous ferons donc de même,
Mais, pour ce qui est du côté du sain chez les les hé-
pre
miplégiques, ces signes d’épilepsie spinale (Brown-Sequard, 1858) ont été signalés par Brissaud le premier, dans sa thèse de doctorat, 1880. Il avait surtout remarqué que le réflexe était plus brusque du côté sain que d’ordinaire et il en avait conclu, et nous devons là citer textuellement ses paroles, que « la reflectivité médullaire était plus prononcée des deux côtés chez les hémiplégiques et que le côté sain n’est pas tout à fait sain ».
À partir de ce moment, leur recherche clinique est pra tiquée communément par l’École de la Salpêtrière. En 1883, dans un article du Progrès médical de Paris, Dignat donne quelques résultats obtenus par Pitres. Sur 70 hémiplégiques, il constate 53 fois l’exagération des réflexes du côté paralysé. Sur les 53, 28 n’avaient l'exagération que de ce côté hémiplégié; chez 25 elle était bilatérale. Toutes les fois, l’exagération étant maxima du côté hémiplégié, 7 fois pourtant elle était égale pour les deux côtés.
Dans les observations qu’a bien voulu nous communiquer M. le professeur Teissier, nous voyons l’exagération des réflexes recherchée et notée dès 1881.
La trépidation épileptoïde n’a été signalée du côté sain qu’au membre inférieur et très rarement. C’est Westphal qui semble l’avoir décrite le premier de ce côté. Déjérine ensuite, enfin Dignat cite 4 cas nouveaux.
Dans l’examen que nous avons fait des observations de M. le professeur Teissier, nous avons trouvé 13 fois l’exagération des réflexes du côté sain, et ceci sur un nombre important d'observations (73), mais il est juste de dire que le phénomène n’a peut-être pas toujours été recherché avec tout le soin désirable, car dans beaucoup de ces ob-
= ce.
servations on n’en note pas même l’absence, quand à côté nous voyons noté presque constamment l’exag'ération de ce reflexe du côté hémiplégié. Or, comme l’observation de ce phénomène est surtout une question dé relativité à ce qu'il est normalement, si l’attention n’est pas portée spécia lement sur lui, on conçoit qu’il puisse facilement passer inaperçu. Et d’ailleurs, sur 6 observations d’hémiplégiques personnelles que nous avons prises au hasard dans divers services de l’'Hôtel-Dieu, nous avons noté l’exagération du réflexe rotulien du côté sain, d’une façon absolu ment constante ; nous avons observé que ce réflexe était on ne peut plus manifestement exalté, prenant parfois des proportions qui le fout se rapprocher de l’exagération constatée dans la sclérose en plaques (obs. XXI).
Quant à l’exagération des réfiexes au membre supérieur opposé à celui hémiplégié, il n’y a pas eu, que nous sachions, de cas cités. On pourra voir plus loin, dans nos observations, que nous en donnons quatre cas. Pour ce qui est du côté hémiplégié, dans nos observations personnelles et dans notre pratique hospitalière quotidienne, nous avons vu ces réflexes radiaux se rencontrer d’une façon que l’on peut regarder comme constante.
La trépidation épileptoïde du côté sain, que ce soit au membre inférieur ou au membre supérieur, nous ne la: vons pas rencontrée, pas même dans ce cas où le réflexe rotulien était si intense.
L’époque d'apparition de ces symptômes d’épilepsie spinale a donné lieu à des controverses, même dès le jour où on les a recherchés. C'est ainsi que, pour la majorité des cas, le signe de Westphal était l'indice d’une dégénération imminente ou actuelle; on pensait alors
ARS qu'il surverait plusieurs semaines après l’ictus et précédait immédiatement l’apparition de la contracture. Or, Westphal lui-même la constaté une heure après l’attaque ; Dignat l’a vu trente-six heures après et cite deux observations où l’exagération bilatérale s’est produite dès le début des accidents cérébraux. |
Dans nos observations personnelles, nous avons un cas où la malade, entrée le lendemain de son ictus, nous a permis d'examiner le moment où apparaîtrait cette exagération du réflexe rotulien du côté sain; c’est, d’ailleurs, le seul cas favorable à cet examen que nous ayons pu trouver (observation XXI). Au dixième jour après l’ictus, nous avons vu apparaitre cette exagération du réflexe à gauche, la malade étant hémiplégique droite; dans ce cas, 1l est à noter que, dès le lendemain de l'attaque, la malade a présenté une contracture dans le membre supérieur droit, qui a augmenté et n’a pas encore disparu, la malade est encore en traitement.
La jambe droite, elle, n’a jamais été contracturée, et, pourtant, le réflexe rotulien de ce côté hémiplégié était très vivement exalté et, peu après, les mouvements sont revenus dans ce membre droit, lexagération du réflexe rotulien persistant à gauche
Nous ne pouvons terminer ce chapitre relatif à ce que l’on est convenu d’appeler l’épilepsie spinale, sans parler, pour le côté non paralysé, du tremblement réflexe de Déjérine en particulier, et des tremblements en général. Ce sont des phénomènes, pour nous du moins, qui sont absolument connexes de l’exagération des réflexes et de la trépidation épileptoïde.
M. Déjérine, dans une note présentée par Vulpian, à