HISTORIQUE
La gravité des plaies pénétrantes articulaires, leur fréquence, l'obscurité qui enveloppe parfois leur diagnostic, les difficultés de leur traitement, motivent l’intérêt que présentent leurs lésions. Aussi, depuis les temps les plus reculés, ont-elles été l’objet d’études sérieuses de la part des chirurgiens ; et toujours ceux-ci sont tombés d'accord pour considérer ces plaies comme des blessures extrêmement graves, pouvant entrainer rapidement la mort, et nécessitant souvent l’amputation immédiate. Toutefois, la même unité de vue est loin d’exister entre les auteurs, lorsqu'il s’agit de déterminer les causes auxquelles doit être attribuée la gravité de ces plaies.
Dans les écrits d'Hippocrate, on ne trouve aucun passage spécialement consacré à ce sujet; il n’est fait mention que d’une variété de ces plaies : celles qui résultent de luxations avec issue de l’un des os à travers les parties molles périphériques. Le danser est tellement grand, qu’il recommande de s’abstenir de toute intervention : on hâterait ainsi l’issue fatale. :
Celse, Galien et A. Paré, croyant que les ligaments, les tendons, les parties blanches ou sperma-
Lo
tiques, comme ils les appelaient, étaient formés de substance nerveuse, attribuaient à la lésion de ces tissus la gravité des plaies pénétrantes.
Partout, dit Galien, où la plaie divise des tendons, des nerfs, etc., on doit s'attendre à voir survenir de la douleur, de l’insomnie, des convulsions et du délire.
Et À. Paré développe ainsi sa pensée :
« Icelles (les plaies pénétrantes articulaires) sont dangereuses, dit-il, et le plus souvent mortelles, à cause des aponévroses ou tendons membraneux qui les lient, auxquels s’insèrent des. nerfs et partant ont grand sentiment qui causent les susdits accidents ».
Hévin pense pouvoir rapporter à l’altération des liquides épanchés, la gravité spéciale de ces plaies.
Brasdor, dans les mémoires de l’Académie de chirurgie, inaugure une explication nouvelle; pour lui, tous les accidents sont dus: « à la résistance que la tissure serrée des parties péri-articulaires, presque toutes tendineuses et aponévroses, oppose au gonflement inflammatoire, d’où résultent des étranglements suivis de fièvre violente, de suppurations profondes et étendues et même de gangrène…. Une seconde cause, ajoute-t-1l, qui tend à augmenter linflammation, est la dépravation de l'humeur, laquelle s’y sépare et acquiert par son séjour une putridité rance. ».
David invoque « le séjour et le croupissement du pus », opinion reprise depuis et défendue par Bruneau dans sa thèse inaugufale.
John Bell assigne à l'air le rôle capital dans les
complications redoutables qui suivent l'ouverture des jointures ; le danger tient à cette propriété de l'air : « de communiquer aux membranes tapissant la cavité articulaire un degré de sensibilité extrème, quoique, à l’état normal, elles n’en possèdent que très peu ».
Hunter pense que les cavités articulaires sont très sujettes à « l’inflammation suppurative »; la ause est leur peu de tendance à contracter « l’inflammation adhésive, qui aurait pour conséquence nécessaire la perte du mouvement dans une partie qui y est primitivement destiné ».
De toutes les hypothèses émises jusqu'à lui, l’impression facheuse de l'air sur les synoviales, semble à Boyer, la plus admissible ; cependant on ne peut toujours lui attribuer les accidents qui surviennent. Dans ces cas, il accuse : les mouvements intempestifs, une lésion osseuse, un état général mauvais, une thérapeutique mal entendue.
Richerand s’autorisant de la pratique de J.-L. Petit, qui prescrivait d'ouvrir largement les abcès articulaires, nie l'influence nuisible de l’air ; pour lui, les pansements peu méthodiques, introduction de charpie, de tentes dans la plaie, les écarts de régime, l'exercice prématuré sont « la cause principale des accidents qu’entrainent en certains cas les plaies articulaires. »
La gravité de ces blessures, dit Larrey, « ne dépend pas exclusivement du contact de l'air extérieur », il faut également incriminer l’étranglement des feuillets aponévrotiques et fibreux, lirritation que le sang, sain ou altéré, produit sur les mem-
branes, mais surtout la lésion des ligaments, aponévroses et synoviales car « il est probable, dit-il, que cette lésion porte sur les nerfs de la vie nutritive, qui se rendent à ces parties, aussi les organes intérieurs qui reçoivent la vie des nerfs de ce sys- .tème sont-ils affectés sympathiquement. »
J. Guérin est amené par ses expériences sur la méthode sous-cutanée, à considérer l'entrée de l'air comme cause des accidents qui suivent les plaies articulaires.
Il pense que l’action chimique de ce fluide est une des plus importantes, car pour lui : « la coagulation du sang est la première phase de l’altération de ce liquide, qui conduit à sa dissolution et à sa putréfaction. »
Les auteurs du Compendium de chirurgie pratique, admettant en principe que c’est à l’influence de Pair atmosphérique que tiennent la fréquence et la gravité de l’arthrite, cherchent à déterminer son mode d'action. « Dans les articulations où il a accès, disentils, l’air rencontre divers liquides, de la synovie, du sang, du pus, dont il détermine par sa présence, la décomposition. » Leur stagnation amène la destruction des cartilages et la nécrose. des os, macérés au milieu de substances putrides, les substances enflamnées absorbent les éléments les plus ténus de ces matières septiques. « La gravité des accidents, ajoutent-ils, se mesure sur la facilité plus ou moins grande avec laquelle les matières septiques s’échappent hors de l’organisme que leur contact empoi-' sonne. »
Dans sa thèse inaugurale, Libermann compare