‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 206 sur 224 · EcKERHANN, ConversatiofUt til» P · texte numérisé non relu

EcKERHANN, ConversatiofUt til» P

une sûreté de main et une virtuosité d'expression incomparables. D'où vient que leurs poésies, si achevées de forme et de tour, si harmonieuses et si assouplies, n'éveillent et ne satisfassent que la curiosité, le plus frivole et le plus passager des mouvements de notre âme? d'où vient que le Divan, si gauche, si inégal, si imparfait, demeure un objet d'étude et d'admiration pour les lettrés? Gœthe lui-même nous fournit la réponse. « A quoi bon, dit-il en combattant la critique étroite de Schlegel, à quoi bon tous les artifices du talent, si une personna lité aimable ou grande ne ressort pas de l'ouvrage ? C'est là seulement ce qui passe dans le peuple pour le former ^ »

Cette personnalité, nous le reconnaissons, ne fit pas absolument défaut à Ruckert et à Platen ; mais celle de Gœlhe, personne ne peut le nier, était bien plus vive et plus puissante. C'est elle qui donne au Divan un prix inestimable. On pourrait la définir par ce beau vers de Hœlderlin : k Les penseurs les plus profonds aiment la vie la plus intense *. » Pénétrer d'un regard perçant et hardi dans les mystères de la nature, descendre dans les replis de l'âme humaine, porter sa pensée sur tous les sommets et dans tous les abîmes, se plaire en même temps aux belles surfaces et aux brillantes enveloppes, goûter et sentir les joies de la vie les plus prochaines et les plus familières, concilier en soi les goûts et les passions les plus contradictoires, n'est-ce pas mériter l'éloge que Napoléon décernait au poète de Faust? n'est-ce pas avoir droit à ce beau nom d*homme qui explique et ré-

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