Als die Welt im tiefsten Grunde
pensée, Goethe choisit la plus vive, la plus tranchante, celle qui la détache en plein relief et qui en accuse toutes lessaillies.il pousse l'idée juste et vraie jusqu'au paradoxe, sans se soucier des fausses interprétations dés esprits timorés et des calomiiies venimeuses des ennemis et des envieux; il fait œuvre d'artiste, non de moraliste et de philosophe. Pour marquer cet égoïsme innocent et na'if qui n'est autre chose que la conscience de noire personnalité, il ne craint point de dire : ^ Vivons-nous quand
Lag an Gottes ew'ger Brust, Ordnet* er die erste Stunde Miterhabner Schôpfungslust; Und er sprach das Wort : Es wcrde!
Da erkiang ein sehmerzlich Ach !
Als dasAil, mit Machlgebarde, In die Wirklichkeiten brach.
Auf that sich das Licht ! sich trennte Scheu die Finsterniss von ihm, Und sogieich die Elemente Scheidend auseinandet* fliehn.
Rasch, in wilden wiisten Trâumen« Jedes nach der Weite rang, Starr, in ungemessnen Râumen, Ohne Setinsiicht, ohne Klang .
Stumm war ailes, sllll und ode, Einsam Gott zum erstenmal !
Da erschuf er Morgenrôllie, Die erbarmle sich der Quai; Sie entwickelte dem Triiben Ein erklingend Farbenspiel, Und nun konnte wieder lieben Was erst auseinander fiel.
Und mit eiligem Bestreben Sucht sich was sich angehôrt, Und zu ungemessnem Leben Ist Gemhl und Blick gekehrt.
les autres vivent * ?» Il n'ignore pas qu'il fournit une arme à ses adversaires qui lui reprochent sa constante préoccupation de ses propres intérêts. Mais quoi! le sentiment est naturel et sincère, l'expression le traduit avec franchise : qu'importent les hochements de tête et les gestes effrayés des philistins allemands, des Tartufes et des Prudhommes? il ne s'adresse pas à eux, mais à ses amis, à tous ceux qui se donnent la peine « d'aller dans le pays du poète pour le comprendre. » Ceux-là savent que ces expressions paradoxales ne sont que les plumets etles cocardes qu'il met à la sagesse et à la vérité. « Tu ne saurais finir, et c'est ce qui fait ta grandeur ^ », dit-il à Hafiz, compliment étrange en apparence, mais en fait, définition libre et hardie du génie. La fécondité n'est-elle pas une des conditions de la grandeur^? les chants ne sortent-ils pas avec une intarissable abondance d'une âme de poète en proie à sa verve et à son inspiration?
Nous pourrions multiplier ces citations : celles que nous avons faites suffisent à marquer le caractère des poésies du Divan. Nous n'avons pas craint d'insister sur les défaillances du talent, sur les puérilités de l'imitation, sur les maladresses de la diction. D'autres poètes suivront les traces de Gœthe et reproduiront l'Orient avec
Sei's Ergreifen, sei es Raffen, Weun es nur sich fasst und hait!
Allah braucht nicht mehr zu schaffen.
Wir crschaffen seine Welt.
Goethe, IV, p. 104.