‹ Étude sur les poésies lyriques de GoetheChapitre 75 sur 224 · Pfaff, Zur Lyrik des Horaz · texte numérisé non relu

Pfaff, Zur Lyrik des Horaz

3. Urit me Glycerœ nitor (I, 19). In me tota ruens. Venus (I, 19), Voir aussi 1, 13; IV, 1 ; épode 11.

ment sensuelle, pleine de vigueur, de chaleur et de vérité; chez Gœthe, elle est atténuée, spiritualisée ; ce n'est plus le désir de la possession, c'est le besoin de la présence de l'objet aimé. De même, dans la peinture de sa maîtresse, le poète romain choisit les épithètes qui parlent aux yeux et à l'imagination, qui dessinent et colorent, qui fixent une attitude; le poète moderne s'arrête moins à ces traits de beauté sensible qu'au charme qui se dégage de toute la personne, aux qualités morales qui se reflètent dans la physionomie, à cette fleur de jeunesse, symbole de la pudeur, à la bonté, à la fidélité qui brillent dans son regard. Toutes ces diff'érences sont bien manifestes, mais il faut ajouter que ce parallèle devient inexact si on veutl'étendreà toute la poésie moderne. Assurément, nos poètes ont fait vibrer sur la lyre des cordes inconnues des anciens, mais ils n'ont pas négligé de toucher les leurs. L'amant de Lili a dû célébrer avec un art délicat et contenu celle dont il briguait la main; l'amant de Christiane Vulpius aura dans ses vers plus de franchise et d'ardeur, mais il comprendra qu'avec le fond et la substance de la poésie doit changer en même temps la forme, c'est-à-dire le rythme et le vers.

La poésie suivante, A Bélinde, évoque sur-le-channp le souvenir de cette lettre à la « chère inconnue y>y où Gœthe dessine un double portrait de lui-même :

« Si, ma chère, vous pouvez vous représenter un Gœthe en habit galonné et, de la tête aux pieds, dans une tenue assez galante, éclairé de tons côtés par l'insignifiante splendeur des lustres et des girandoles, au milieu de toutes sortes de gens, retenu à la table des joueurs par deux beaux yeux, changeant ensuite de distraction, se laissant mener au concert, puis au bal, faisant, avec tout

rentraînementderirréflexion,lacouràuaejolieblondine, vous avez sous les yeux le Goethe du carnaval qui, récemment, vous a bégayé des sentiments confus et profonds, qui n'aime pas vous écrire, qui vous oublie même quelquefois, parce qu'en votre présence il se trouve insupportable.

> Mais il y a un autre Gœthe en habit de castor gris, avec un foulard de soie brune et des bottes, qui dans l'air vif de février pressent déjà le printemps et voit son cher et vaste univers s'ouvrir de nouveau devant lui ; qui, toujours vivant en lui-même, aspirant et travaillant, essaie tour à tour d'exprimer comme il peut les sentiments naïfs de la jeunesse dans de petites pièces de vers, les fortes épices de la vie dans des drames, de dessiner les figures de ses amis, ses sites préférés, son cher ménage avec la craie sur du papier gris, qui ne demande ni à droite ni à gauche ce qu'on pense de ce qu'il fait, parce qu'en travaillant, il monte toujours un degré de plus, parce qu'il ne songe point à atteindre d'un bond un idéal, mais à laisser, en luttant et en se jouant, ses instincts se transformer en facultés : voilà celui qui pense toujours à vous, qui tout d'un coup, de grand matin, sent le besoin de vous écrire, dont le plus grand bonheur consiste à vivre avec les hommes les meilleurs de son temps ^ :»

C'est la même antithèse, mais vue sous un autre jour. Dans la lettre, Gœthe s'adresse à une amie inconnue, qui pourrait peut-être obtenir un nom plus tendre, si les circonstances les rapprochaient ; il atténue le vif intérêt que lui inspire Lili ; il donne le nom de caprice à un sentiment dont il sera obligé tout à l'heure de confier la violence à

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