Goethe, II, p
chent les morceaux et les' miettes que leur jette la jeune fille, le cercle des adorateurs qui s'empressent autour d'elle et se disputent ses moindres faveurs; c'est l'ours, c'est-à-dire Gœthe lui-même, apprivoisé comme les autres, «^mais jusqu'à un certain point, bien entendu T> ! Les grognements de l'animal, ses fuites et ses bouderies solitaires reproduisent les scènes de jalousie, les colères, les caprices de Gœthe, analogues sans doute à ceux qui avaient tournlenté Ânnette à Leipzig ; puis, ce sont ses retours et sa soumission dépeints au point de vue de l'ours, ce qui autorise les expressions les plus vives, les images les plus familières. La situation est la même que celle de la poésie A Bélinde; mais quel contraste dans le ton et le développement! Ce sont enfin les brusques révoltes, les efforts pour rompre sa chaîne, les prières adressées aux dieux, tels que nous les retrouvons dans les lettres à Auguste de Stolberg, à Merck, à Lavater.
Ses vœux de délivrance devaient être bientôt exaucés. Les remontrances des deux familles, la coquetterie de Lili, surtout le besoin d'indépendance de Gœthe et sa répugnance à contracter des liens éternels, tout contribua à les éloigner l'un de l'autre. Mais ce détachement ne put s'accomplir sans douleur ni sans déchirement. Aussi dans les derniers chants qui se rapportent à Lili, c'est la note triste qui domine.
Le 10 septembre se mariait un de leurs amis com* muns, le pasteur Evsrald. Le chant que Gœthe composa en l'honneur des nouveaux mariés nous a été conservé sous le nom de Chant d'alliance; il a même pris place dans le recueil des Chansons de société, mais modifié, généralisé. Il fut publié sous sa forme première dans le
Mercure de février 1776. Rien de plus curieux que cet épithalame : il marque nettement les habitudes poétiques de Goethe, qui ne pouvait s'empêcher d'introduire ses propres sentiments dans un chant où ils devaient s'effacer, où ils détonnaient par le contraste qu'ils offraient avec la joie expansive et confiante d'une journée de noces. Après avoir adressé ses vœux de bonheur aux nouveaux mariés et célébré la galté des convives, il ajoute :
« Hélas ! mais d'une joue tombe ici une larme ! Pourtant > vous ne devez rien perdre, vous qui restez unis, si un )) jour l'un d'entre les quatre est entraîné loin de vous )> par le destin. C'est comme s'il restait; au loin son }> regard vous cherche ; le souvenir de l'amour, comme » l'amour même, est une félicité *. »
Dans la Mélancolie^ y dans les Impressions d'automne ^, le poète rattache directement sa tristesse à la contemplation de la nature, de la rose ou de la vigne. Dans le premier lied, il déplore la courte durée de cet amour qui n'a pas fleuri aussi longtemps que les roses de la saison ; il se reporte au temps où ces fleurs éveillaient en lui d'autres sentiments, où il les cueillait avec joie