DIAGNOSTIC
Le diagnostic des polypes dermoïdes du pharynx est bien plus difficile à faire chez l'enfant que chez l'adulte. Chez l'enfant en effet, les conditions d’un examen complet sont impossibles à réaliser : deux sortes de renseignements existent seuls: ceux que fournissent l'examen direct et le toucher d’une part, et d'autre part les troubles fonctionnels. |
Il est évident que la constatation, dans la bouche d’un nouveau-né, d’une tumeur ferme et résistante, venant repousser la langue et faire saillie en avant entre Les deux lèvres, recouverte extérieurement d’une enveloppe cutanée et de poils follets, fera de suite penser à un de ces polypes dont nous avons entrepris l’étude. Le toucher habilement conduit, venant montrer que cette production est mobile par une de ses extrémités, tandis que par l’autre elle se continue par un pédicule jusqu'au niveau du pharynx, confirmera le diagnostic.
Mais dans certains cas, nous avons vu que le toucher seul pouvait arriver à expliquer la cause des troubles
fonctionnels graves, en montrant qu'une des gouttières
re
pharyngées est occupée par une tumeur assez résistante sous le doigt, alors que l'examen de visu ne donne rien. C’est dans ces conditions difficiles qu'on essaiera à plusieurs reprises de contourner l'extrémité inférieure de la tumeur, de la faire basculer en avant, de l’énucléer pour ainsi dire, et si ce moyen réussit, fixant solidement avec une pince l’extrémité qui vient faire saillie, on recherchera les caractères que nous avons décrits.
Chez l'adulte, le diagnostic est beaucoup plus facile ; l’âge du malade fait qu'il oppose bien moins de résistance à l'examen, les dimensions de la cavité buccale et du pharynx permettent de varier les méthodes à employer. En effet, aux renseignements que fournissent la vue et le toucher, se joindront ceux que donne l’examen laryngoscopique. On pourra ainsi déterminer bien exactement le point d'implantation du pédicule ; nous rappellerons que dans l’observation d'Abraham, ce dernier examen seul permit de reconnaître la présence de placards cutanés au niveau de la partie antérieure de la trompe d’Eustache. L'absence de signes: fonctionnels autres que ceux déterminés par la tumeur; le bon état général du sujet ; absence de toute adénopathie en rapport avec l'organe atteint ; tous ces symptômes viendront joindre la valeur de leur témoignage aux signes déjà fournis pour aider au diagnostic.
Ils permettront en effet d'éliminer les affections sui-
vantes, qui ont été bien résumées dans une thèse récente
de Monthbouyran (1).
(x) Moxrsouyrax. Tumeurs rares du naso-pharynx. Paris, 1805.
us DT
Tout d’abord les polypes naso-pharynqiens. On se souviendra qu'ils s'accompagnent toujours de troubles de l’olfaction ; dans nos cas, rien de pareil. Par leur évolution rapide ils déterminent souvent des déformations nasales considérables et ont tendance à envahir les cavités voisines : ils saignent facilement. Vient-on à pratiquer l'examen direct, ou la rhinoscopie postérieure, on constate que la tumeur présente une apparence lisse et grisâtre, rouge par places; le pédicule s’insère sur les choanes, et souvent les rapports que le polype présente avec, les parois osseuses font que ces dernières déterminent à sa surface des sillons, des anfractuosités.
Les polypes fibro-muqueux se distinguent des précédents par une évolution plus bénigne, par leur peu de tendance aux hémorragies.
Dans les deux cas, l'absence de tout revêtement cutané différenciera de suite ces productions d’avec Les polypes dermoïdes.
On a signalé à la partie postéro-supérieure du pharynx des productions kystiques dont les conditions étiologiques sont mal connues : s'agit-il d'une oblitération de l'orifice de la bourse de Luschka, ou d’une oblitération d’un orifice glandulaire, ou d’une raréfaction en ce point du tissu lymphatique (Monthouyran)? La question n’est pas tranchée. Ces kystes peuvent siéger soit au niveau de la ligne médiane, soit au niveau de la fossette de Rosenmuller. La rhinoscopie postérieure en montrant que la production est translucide, d'aspect rouge ou gris jaunâtre, avec des arborisations vasculaires à sa superficie,
et le toucher digital en permettant de reconnaitre la sen-
2 (note sation que donne une poche pleine de liquide, fera faire immédiatement le diagnostic.
Cette recherche de là fluctuation pérmettra en outre, lorsque les signes fournis par la vue manqueront, chez l'enfant par exemple, d'éliminer de suite si elle fait défaut, les abcès rétro ou latéro-pharyngiens, un abcès ossifluent symptomatique d’un mal de Pott cervical, une tumeur anévrysmale.
On ne confondra pas la fausse sensation de fluctuation que donne un /pome avec celle que l’on peut percevoir dans les cas précédents. Il y à là une mollesse toute spéciale qu'un doigt exercé devra reconnaitre.
Parmi les tumeurs solides, susceptibles d’être rencontrées au niveau du pharynx, nous ne voyons plus à signaler que des fibromes, souvent pédiculisés, mais plus résistants aux doigts et en tout cas jamais recouverts d’une enveloppe cutanée véritable, des fibro-lipomes, des angiomes, des enchondromes ou des ostéomes ; ce sont des tumeurs exceptionnelles, présentant toujours l'absence du même caractère.
Quelques tumeurs malignes : sarcomes, carcinomes où épithéliomes, peuvent se développer au mème point. Elles s’'accompagnent toujours de douleurs vives, de retentissement ganglionnaire, d’une cachexie rapide. Adhérentes aux organes voisins, elles saignent facilement, et s’ulcèrent de même.
Le diagnostic de leur variété ne sera souvent tranché que par un examen histologique secondaire à linter vention.
Telles ‘sont les productions susceptibles d’être con-
” ù À DecrLoux. 4
RUES ue fondues avee les nôtres; il faut reconnaitre que leur diagnostie sera souvent rendu plus difficile qu’on ne pourrait le croire par les conditions mêmes dans lesquelles le chirurgien est souvent appelé, c’est-à-dire lorsque les troubles fonctionnels sont tels qu’ils nécessitent une intervention d'urgence. Nous croyons cependant qu'il sera possible, après un examen méthodiquement conduit, en suivant la marche que nous avons indiquée, et lorsque par une trachéotomie préalable, comme dans le cas de
Hartley, on aura paré au plus pressé.