LAS RÔLE
«Il s’agit d’une tumeur fraîchement enlevée apportée à l’auteur par M. Barton, chirurgien de l'hôpital Adélaïde, à Dublin. De forme ovoïde, elle mesurait 32 millimètres sur 15 et 20 de hauteur. Au centre de son point d’implantation, on trouvait sur la coupe un nodule cartilagineux ; toute la surface extérieure était recouverte de poils fins. Les autres caractères macroscopiques sont décrits dans l'observation suivante que m'a remise M. Barton.
Margaret M. C., âgée de »2 ans, domestique, me fut amenée par sa maitresse se plaignant d’une sensation de pesanteur et éprouvant des douleurs dans la tête, qu'elle rapportait à une tumeur de la gorge qui avait beaucoup augmenté depuis quelque temps. En lui faisant ouvrir la bouche et en déprimant la langue, on trouvait une tumeur occupant le pharynx, ayant environ les dimensions de la dernière phalange du pouce d’un adulte. De couleur blanchâtre, analogue à celle de Ia peau, elle contrastait étrangement avec la couleur du voile du palais et des piliers. Après introduction du doigt dans la bouche, je constatai que la tumeur était pédiculée et plus étroite qu'elle ne le paraissait. Elle me semblait s'insérer au tubereule basilaire de l’os occipital où à la partie supérieure du pharynx. La jeune fille affirmait qu’elle avait toujours eu cette tumeur, mais qu'elle n’en avait jamais éprouvé d’ennui, sauf dernièrement quand elle s'était mise à augmenter. |
Admise à l'hôpital, on procéda le lendemain à l'ablation de la tumeur.
La bouche ayant été grande ouverte, je n'éprouvai
aucune difficulté à placer l’anse d’un écraseur autour de
la base de la partie la plus étroite de la tumeur. Ayant alors saisi avec une pince la parue inférieure de cette masse, Je serrai graduellement l’anse. Elle fut d’ailleurs enlevée avec difficulté, car au niveau du pédieule elle était si dure et si résistante, que le fil métallique ne put que la serrer vigoureusement. Enlevant l’écraseur, mais laissant le fil serré autour du pédicule, j'enlevai la tumeur d’un coup de ciseau courbe: le lendemain, j'enlevai la boucle du fil. La patiente quitta l'hôpital trois jours plus tard, tout à fait débarrassée des symptômes dont elle se plaignait; l'ayant revue depuis, elle continue à se bien porter.
L'apparence que présentait cette tumeur était très remarquable et ne ressemblait à rien de ce que j'avais vu antérieurement. La masse occupait l’espace compris entre les piliers du gosier et contrastait étrangement par sa couleur et par sa surface avec le voile sous lequel elle apparaissait et avec les piliers du voile. La sensation donnée par le doigt qui lexplorait était celle d’une tumeur recouverte par la peau, faisant contraste avec la muqueuse située tout autour.
- Après l'opération on ne put rien voir de son aspect par la bouche, puisqu'elle avait été sectionnée au ras du voile; mais par le toucher digital, on put sentir le moignon, le suivre, sans pouvoir cependant arriver à localiser exactement son point d'implantation.
Rien à signaler du côté du nez, qui était absolument libre.
L'examen microscopique montra les caractères sut-
vanis :
NGORESS
Un nodule cartilagineux occupait la‘ portion centrale. Entourant ce noyau, se trouvait une couche de tissu conjonctif : les cellules de ce dernier se continuaient graduellement avec les cellules cartilagineuses ; de même à la périphérie, les cellules conjonctives se transformaient elles aussi en tissu adipeux. Des bandes fibreuses, des amas de faisceaux musculaires striés, ainsi que de nombreux vaisseaux sanguins se croisaient dans toutes les directions. La préparation ne montra la présence d'aucun élément nerveux.
Le tégument, comme on pouvait s’y attendre par son aspect macroscopique est formé de tissu cutané ordinaire, c’est-à-dire : épiderme, chorion, poils follets nombreux, glandes sébacées bien développées et glandes
sudoripares. \
Toutes ces parties ne présentent qu'une légère diffé- : le)
rence avec leur état normal.
Dans l’épiderme, on trouve une certaine hyperplasie des cellules, la couche cornée est plus épaisse en cerlains points, surtout au niveau de l’orifice des poils, formant là de ‘véritables écailles épidermiques. Cette transformation cornée et cette abondance de cellules est remarquable, en rapport, selon nous, avec «le manque d’attrition », par suite de leur situation. La couche de Malpighi est aussi bien formée ; Les cellules basales eylindriques sont allongées. Par places, il semble exister une invasion suspecte de la peau par de petites cellules.
Les cellules profondes de la couche de Malpighi ne
paraissent pas pigmentées, mais les cellules du stratum
granulosum et celles du stratum lucidum possèdent des
Lu Gros granulations noirâtres, intra et extracellulaires apportées probablement par lair au moment où il traverse les voies respiratoires.
Le chorion avec ses papilles est très vasculaire, il est intimement traversé par les follicules pileux qui présentent leur structure type. Les poils sont délicats, minces et non pigmentés. Les olandes sébacées, au nombre de deux environ par follicules, s'ouvrent dans ceux-ei à différentes hauteurs, tantôt près de lorifice, tantôt plus près du bulbe.
Les glandes sudoripares ont aussi leur structure ordinaire avec la portion glandulaire enroulée située dans le tissu sous-cutané.
Quélques parties de la tumeur montrent une infiltralion considérable de petites cellules de tissu indifférent, ainsi que d’autres preuves de prolifération active;
nous avons signalé. plus haut que la pénétration en certains points d'éléments épithéliaux pouvait faire songer à la malignité.
La difficulté de concevoir comment et pourquoi une partie de la muqueuse pharyngée avait pu prendre les caractères et les fonctions d’une portion de peau véritable, m'a amené à penser que nous avions peut-être là un exemple d’une forme d'atavisme de tissu. La tumeur provenait du sommet du pharynx, près de la suture basilaire, dans le point où le bourgeon épiblastique, au moment où le fœtus se développe, contribue à former une partie du corps pituitaire. Quelques-unes des cellules de l’épiblaste ont pu persister puis se développer
avec le caractère de lPépiderme ».
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