‹ Etude sur les populations bambaras de la vallée du NigerChapitre 2 sur 18 · ASPECT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ASPECT GÉNÉRAL

Le Bambara est d'une taille un peu au-dessus de la moyenne. Son aspect général dénote un être robuste, assez primitif, grossier même d'allures et d'instincts, mais serviable, endurant,

susceptible d'un certain attachement vis-à-vis de l'Européen qui le traite avec justice et bonté.

Physiquement, il a le crâne allongé ; le prognatisme chez lui est prononcé : les cheveux sont noirs, crépus, et poussent par touffes. Les jeunes gens les tressent souvent en cadenettesavec lesquelles ils s'encadrent le visage ; beaucoup d'hommes se rasent le devant de la tête; d'autres se rasent le crâne par place, ne laissant au gré de leur fantaisie que des touffes de cheveux formant des dessins plus ou moins heureux. La coiffure préférée des femmes est une sorte de cimier transversal qui n'est pas laid.

Les arcades sourcilières sont saillantes, le front fuyant. Le plus grand diamètre des yeux est horizontal : les pommettes sont peu proéminentes ; la racine du nez est écrasée et celui-ci épaté. Les narines sont largement ouvertes : la bouche très fendue est garnie de dents larges, peu espacées, abîmées de bonne heure par l'abus du tabac indigène. Les incisives, parfois limées et généralement mal plantées, relèvent dans ce cas les lèvres qui sont épaisses. Le sourire est confiant. Le menton est fuyant, le cou gros, les épaules larges et carrées, la poitrine forte et bombée, les attaches des membres grossières, et ces derniers robustes. Les femmes et parfois les hommes ont une tendance marquée à un développement excessif des parties postérieures auxquelles la Vénus Hottentote doit sa célébrité. Plus petites que les hommes, mais aussi fortement charpentées, les femmes ont dans leur jeunesse la poitrine haute, bien plantée; les hanches sont larges et gracieuses; le bassin harmonieux ; les bras et les mollets sont maigres. Elles sont déformées de bonne heure par les durs travaux, les maternités successives et le portage continuel des enfants maintenus sur le dos de la mère par une pièce d'étoffe comprimant et faisant tomber les seins. Toutes ou presque toutes sont victimes, vers l'époque où elles deviennent nubiles, d'une opération barbare.

Probablement par suite des croisements successifs, on trouve des Bambaras de toutes les nuances, depuis le marron clair jusqu'au brun le plus foncé.

Moralement, le Bambara est d'esprit pesant et lourd. Il a de la difficulté à comprendre et à s'assimiler les leçons et les idées : mais quand il a compris, il retient bien. Très attaché à ses croyances et à ses rares idées, il est fort entêté. Assez travailleur pour un Noir, il aime le gain à cause du luxe — relatif — qu'il en peut retirer, et des jouissances qu'il procure, car il est volontiers prodigue et imprévoyant. C'est un être foncièrement patient et résigné. Il a subi les tyrannies les plus longues sans se plaindre, et il endure les souffrances et les calamités de la vie avec une passivité qui doit tenir à son absence presque complète de culture morale, et à l'état de stagnation presque rudimentaire de son système nerveux.

Cependant il ne faut pas pousser à bout cette endurance, ni exaspérer cette patience. Quand un Bambara s'estime lésé, quand il a pris la résolution de se venger, soit par la force, soit par la revendication de ce qu'il estime son droit, rien ne peut l'arrêter ou le faire revenir sur sa détermination.

Son principal défaut est l'ivrognerie. Il est aussi peu hospitalier. Une conversation et surtout une explication avec un Bambara est chose pénible. De tous les Noirs de cette région, — les Bozos du bief sud du Niger exceptés — il est celui qui s'explique le plus difficilement, dont on suit avec le plus de peine la parole et la pensée. A chaque instant il s'égare dans des digressions à n'en plus finir, généralement étrangères au sujet ; ses yeux, remuant sans cesse ou fixés sur le sol, ne vous regardent pas, ne s'éclairent pas, n'aident pas à comprendre sa pensée. Enfin, pour comble de difficulté, il « mange » la moitié de ses mots et s'exprime avec une extrême volubilité.

Page 1