PORTÉE DE LA BULLE
Ce texte, qui est l'unique titre constitutif de l'exempüon de Saint-Étienne, jette une lumière très vive sur les rapports de Guillaume et de la papauté. Il est du 14 janvier 1068, quinze mois après la bataille d'Hastings, qui avail ouvert à Guillaume la conquête de l'Angleterre “*. Guillaume, à l'apogée de sa puissance, laisse cependant Lanfranc s'adresser au pape pour obtenir un privilège qu'il ne confirme même pas. Il y a loin d’une telle attitude à celle de Richard IT écartant le Saint-Siège, soixante ans plus tôt, de l’exemption de Fécamp . Est-ce à dire ioutefois que, par un renversement complet, Saint-Étienne soit rattaché directement à Rome, selon la tendance croissante de l'époque‘? La bulle établit un pouvoir intermédiaire : celui de l’archevêque et du synode provincial; Saint-Étienne, dans la majorité des cas disciplinaires, n'échappe à l'emprise du diocésain que pour tomber dans celle du métropolitain. Guillaume fait adopter ici, comme en d'autres matières, une solution moyenne qui, tout en étant dans la ligne grégorienne, limite l'ingérence pontificale.
Un tel partage d'influences pouvait être assez délicat le jour où Grégoire VII, devenu pape (22 avril 1073), entreprit d'accroître la centralisation ecclésiastique en élevant les légats et en abaissant les métropolitains 7. Une lettre qu'il écrivit à Guillaume le Conquérant, le 4 avril 1074, nous apprend qu'il avait envoyé à Saint-Étienne de Caen
cala incurrerint, consilia el pænilentiarum injuncliones : si vero praënominatum Bajocensem Episcopum claruerit esse simoniacum vel ab apostolica sede excommunicalum, vel si ipse episcopus alicujus malitiae studio, eorum ordinationes ultra spatium unius mensis distulerit, Lunc liberam habeant poleslatem adeundi Romanum ponlificem vel quemcumque religiosum episcopum elegerint. »