‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 177 sur 342 · LA RÉSERVE DES DROITS DU PRIMAT · texte numérisé non relu

LA RÉSERVE DES DROITS DU PRIMAT

de Guillaume de Malmesbury ”, il provient d’un manuscril exécuté à Bury, et l’on n'imagine pas les moines modifiant une bulle pour restreindre leurs privilèges. On les voit, au contraire, fort bien substituant une clause plus avantageuse à une autre qui l'était moins, et c’est évidemment ce qu'ils ont fait. Le changement s’est probablement effectué dans les dernières années du XII° siècle, et l'initiative en revient peut-être tout simplement au copiste du ms. Bodléien 297 qui travaillait à cette époque *. Mais revenons au temps où la bulle fut donnée et nous verrons que la réserve de la juridiction du primat, spécifiée par Alexandre IT sous l'influence de Lanfranc, puis méconnue en fait par Grégoire VIT, qui entra en opposition sur ce point avec l'archevêque, est la question pri-

adierat, et apud Alexandrum papam privilegium ipsi abbatiae adquisieral, per quod eam a subjectione omnium episcoporum, salva primalis obædientia, liberam effecerat. »

57. GUILLAUME DE MALMESBURY, De gestis pontificum Anglorum, 74 (1. ID), éd. Hamixrow, p. 156 : « Sub eo (Baudouin) et per eum libertas monasterii ab Alexandro papa data, ut nulli episcopo locus ille subdatur in aliquo, archiepiscopi tantummodo nutum in legilimis spectaturus. »

58. On trouve la formule « salva in omnibus apostolicae sedis aucloritale » dans une bulle d'Alexandre III pour Bury (12 janvier 1162, n. st., éd. ARNorn, Memorials 0f St.-Edm.-b., III, pp. 78-80, Cité HOorTzMaNN, Papsturk., 1, p. 160): elle y est placée dans le decrelum, ce qui est un signe de rattachement direct à Rome (SCHREIBER, Kurie und Kloster, 1. I, pp. 56-63). Toutefois, l'archevêque de Canterbury prétendait encore avoir le droit de visite à Bury en tant que legalus natus du pape, et il y vient effectivement en celte qualité en 1153 (Chronique de Jocelin, 2, éd. Ar- NOLD, Memorials, T, pp. 211-219, cf. KNowLes, Op. cit., p.213), mais, en 1176, l'abbé Hugues obtient d'Alexandre III le privilège que le monastère soit soustrait à la juridiction du legatus natus et me soit plus visité que par un legatus a latere pourvu d'une commission spéciale (Chronique de Jocelin, 3. PP: 212-213), privilège qui fut explicilement confirmé par Innocent III, en 1198, dans une lettre à l'archevêque Hubert Walter (Chronique de Jocelin, 67, pp. 285-286), lequel, dépourvu d'une telle commission, finit par renoncer à son projet de visite (Chron., 60-62, ibid., pp. 283-287; KNOWLES, ibid.). C'est sans doute de cette époque, qui est celle de la rédaction du ms. Bodl. 297 (ARNOLD, op. cit., I, P. LxXVIN), que date l'introduction, dans le texte de la bulle d'Alexandre II, de la clause « salva apostolicae sedis reverentia »; c'est d'ailleurs seulement à partir d'Alexandre III que cette clause définit de façon juridique précise le rattachement direct à Rome et l'exclusion du métropolitain (SCHREIBER, cité supra).

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