‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 191 sur 342 · DISPERSION DU TERRITOIRE PRIVILÉGIÉ · texte numérisé non relu

DISPERSION DU TERRITOIRE PRIVILÉGIÉ

Guillaume apparaît donc : il a voulu constituer une seigneurie, tant laïque qu'’ecclésiastique, en faveur du monastère dont il cherchait à faire, grâce au jeu de la tenure en bourgage, l’un des centres de la ville de commerce de Caen‘. Par là, sa politique rejoint celle de Robert le Magnifique ‘"*.

Le territoire privilégié de la charte d'Eudes de Conteville ne se limitait d’ailleurs pas à ces domaines voisins de l’abbaye. Il s’étendait, nous l’avons déjà dit, à tous les domaines dont l’abbaye était en possession au jour de la dédicace, et c’est en cela que la première recension diffère de la seconde. Une telle conception, que l’on trouve déjà dans le diplôme de 1032 pour Cerisy !, avait pour résultat de créer un territoire, bien déterminé, certes, mais dispersé : douze arpents de terre à Venoix, une maison et un demi-acre à La Hogue, une vigne avec la maison du vigneron à Bavent, les biens de Richard Goiz à Rucqueville, ceux de Guillaume le Chambrier à Cully, quatre maisons à Bayeux, une terre et une maison à Hottot-en-Bessin, etc... Sur des parcelles aussi infimes, la juridiction de l’abbé était inapplicable et destinée à disparaître assez rapidement. Par contre, elle avait toutes chances de subsister sur les domaines plus étendus el plus homogènes : le bourg de Saint-Étienne, Villers, Allemagne, Cheux, Cabourg, etc..…., domaines dont les moines possédaient même parfois les églises 1%, ou sur

113. Sur le bourgage de Caen, cf. LEGRAS, op. cit., pp. 39-50, et principalement p. 40, où l’auteur fait ressortir l'importance de la concession des coutumes ducales dans l'origine du bourgage de Saint-Étienne ; voir aussi GÉNESTAL, La lenure en bourgage dans les pays régis par la coutume de Normandie (Paris, 1900), notamment pp. 282-242, où il établit le rapport entre la constitution du bourgage el l'essor du commerce au XI siècle,

114. Supra, pp. 82-83. On peut faire, pour la Trinité de Caen, les mêmes observations que pour Saint-Étienne (infra, p. z71).

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