PRIVILÈGE DU BEC
Guillaume Bonne-âme n'avait d’ailleurs pas limité son privilège pour Le Bec à l'octroi d'une franchise de taxes. Il y avait ajouté l'abandon d'une part de juridiction sur la paroisse du Bec, dans des termes et avec des réserves qui rappellent l'acte d'Eudes de Conteville pour Saint- Étienne ou celui de Jean d'Avranches pour le Mont-Saint- Michel. Il s'était expressément réservé le pouvoir d'ordre, l'injonction de la pénitence publique et, dans certains cas, de la pénitence occulte (ainsi que la réconciliation des pénitents), et le jugement des fautes criminelles (entraînant procédure du ferrum judicii). L'abbé est implicitement reconnu compétent pour juger les fautes non criminelles et instruire les fautes criminelles: il touchera les amendes provenant des unes et des autres 1.
Le Bec se classe donc à côté de Saint-Étienne de Caen et du Mont-Saint-Michel parmi ces juridictions monastiques restreintes dont il nous faut maintenant chercher
136. G.Ch., XI, instr., 17 : « .… Concedo ut ecclesia ipsa, ejusque ipsius loci parochia, cum residentibus parochianis suis, perpetuo sit libera ab omni episcopali exactione, praeler ea quae ab episcopali officio [non] administrari non possunt : ut est monachos vel clericos ordinare, ecclesias reconciliare, pœnitentiam publicam dare, et hujusmodi pœænitentes reconciliare : aut illa, pænitentiam occultam, quae sine concilio episcopi dari non potest, determinare, chrisma quoque et oleum tribuere; ut in brevi cuncta complectar, monasterii et abbalis, prout decet, omnem pastoralem curam gerere sine acceplione pecuniae. Si autem in eadem parochia talis causa orta fuerit, quae ferri judicio finienda sit, tune ex placito abbalis, aut apud matrem ecclesiam causa finiatur, judiciumque portabitur; aut archiepiscopus ferrum judicii ad locum illum per ministros suos destinabit, judiciumque ibi coram archiepiscopi ministris portabitur. Quod si pecunia exierit, ubicunque judicium portatur, abbatis erit. » Dans la: suite du texte, l'archevêque étend le privilège à tous les servientes laïques du monastère (manu pastos=servientes, cf. texte de r107- 1111 indiqué infra), pour toutes les autres paroisses du diocèse appartenant à celui-ci, à la seule condition qu ils ne possèdent ni terre ni maison; mais, ceci excepté, l’archevêque aura sur ces paroisses toutes les coutumes épiscopales (omnes episcopales consuetudines; il est à noter que, dans cette partie du texte où il s’agit de se les réserver, l’archevêque ne craint pas de parler des coutumes). Sur ce texte, cf. Porée, Histoire de l’abbaye du Bec, t. 1, pp. 319-322; sur sa date, p. 319, n. 1. — Entre 1107 et 1111, l’évêque de Lisieux reconnaît aux moines un privilège analogue sur les servientes du monastère habitant son diocèse (Mine, CL, 651, cf. PoRfE, ibid., 1l hog).
L 7h JURIDICTIONS ARCHIDIACONALES
une correspondance dans la hiérarchie des juridictions séculières : c’est à celle des archidiacres qu’on peut les comparer, et le meilleur argument en faveur d'un tel rapprochement est tiré du texte du Mont-Saint-Michel où l’évêque déclare expressément qu'il fait de l’abbé son archidiacre sur le Mont ”’. Il est évident qu'on peut user du même qualificatif pour les cas analogues de Saint- Étienne et du Bec. D’autres textes montrent l’archidiaconat accompagnant les coutumes épiscopales que des laïques abandonnent à des monastères : entre 1066 et 1089, un seigneur du Vexin, Fouquier, donne aux moines de Saint-Evroult l’église de Parnes « et toutes les coutumes appartenant à cette église, ainsi que l’archidiaconat qu'il tenait en fief, par ses ancêtres, de l'archevêque de Rouen ‘% »; quelques années plus tard, en 1104, « quand Eustache de Boury donna son église de Boury à l’abbaye de Pontoise, il déclara que c'était non seulement avec exemption complète des droits de synode et de visite épiscopale, mais encore avec l’archidiaconé, dont il était propriétaire * ». Aux XII° et XITI° siècles, les exemples sont encore plus nombreux, et il devient de règle à peu près constante que les juridictions monastiques soient assimilées aux juridictions d’archidiacres "”.