‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 223 sur 342 · URBAIN IL ET LE PROCÈS · texte numérisé non relu

URBAIN IL ET LE PROCÈS

ner à Philippe I‘, avait jeté l’interdit sur la Normandie el prétendait y englober l’église de Fécamp (1090). Les moines refusèrent de s'y soumettre, invoquant l’exemption, mais l'archevêque les frappa d'anathème. Sur ces entrefaites, l'abbé revint, accourant d'Angleterre; il alla trouver Guillaume Bonne-âme, se prévalut lui aussi du privilège de son abbaye, mais ne put fléchir le prélat. Il lui fallait un appui, c'est au pape qu'il s’adressa. Urbain II envoya deux légats dont l’un, Herbert Losinga, était ancien prieur de Fécamp **, avec mission de les priver du pallium. Le duc intercéda en faveur de l’archevêque et obtint des légats qu'ils lui rendissent le pallium à condition qu'il fit sa soumission au pape. La notice qui relate ces événements ajoute qu'Urbain IT expédia une bulle, aujourd’hui disparue, confirmant les privilèges de Fécamp *. Nous ignorons la date exacte des différentes péripéties du conflit; nous savons seulement qu'il a commencé en 1090, fut à son point le plus critique en 1095 el s’est terminé en 1094 *.

Ainsi, c'est le pape qui avait fait triompher les moines; c’est vers lui qu'ils s’étaient spontanément tournés. Le conflit eût-il éclaté trois ans plus tôt, nul doute qu'ils ne se fussent adressés au duc. En 1090, ils ne le pouvaient plus : Robert Courteheuse, affaibli par sa guerre contre son frère, indifférent, d’ailleurs, à l'égard de l’abbaye de Fécamp dont il allait, en plein milieu du procès (1091), abandonner la garde à Guillaume le Roux *', et peut-être

57. Philippe I® avait aidé Robert dans sa lutte contre Guillaume le Roux : telle était la raison de l'abandon de Gisors.

58. Supra, p. 42, n. 53. Sur cette légation, cf. HELENE TILLMANN, Die päpstlichen Legaten in England, p. 19.

LOT GAICRE EXT ER S IT MST ETS XIV, 68-69). L'on ne connaît plus aujourd'hui le manuscrit d'où cette notice est tirée, mais Dom RuixarT (Vita B. Urbani IT, 46, Micne, CLI, 53) est garant de son ancienneté; par contre, la bulle avait déjà disparu de son temps et il n'a pas pu en retrouver le texte (ibid.).

6o. Sur ces dates, cf. Bônumer, Kirche und Slaat : 1090, p. 143, D. 2; 1093, p. 146; 1094, p. 146, n. 1. Voir aussi Davin, Robert Curthose, p. 82.

61. Gui. pe MaLm., Gest. reg., IV, 307, éd. Srusss, t. Il, p. 363. Cf. BÔHMER, Op. cit., p. 142, n. 3.

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