‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 224 sur 342 · INTERPRÉTATION TENDANCIEUSE DES PRIVILÈGES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION TENDANCIEUSE DES PRIVILÈGES

même favorable à l'archevêque puisqu'il intercéda en sa faveur, était tout à fait incapable de poursuivre la politique paternelle et d’être d’un secours quelconque aux moines. Ceux-ci avaient donc cherché et trouvé appui auprès du pape *.

Un tel changement d'attitude les incitait à interpréter quelque peu différemment leur privilège d'exemption, et c'est la tendance qu'on observe dans les arguments qu'ils invoquèrent el plus encore dans le Liber de Revelatione, rédigé à cette époque. Voyons d'abord leurs arguments du procès, résumés dans la notice. Lorsque l’archevêque leur enjoint d'observer l'interdit, ils refusent, « car ils se souviennent, dit le texte, qu'ils ne sauraient être soumis qu'au seul vicaire apostolique de saint Pierre, sans excepter personne *. Ils s’en souviennent (meminissent); l’avaient-ils done oublié? Le Liber de Revelatione est encore plus éloquent, et voici comment il analyse la bulle de Benoît VIII. Le pape, dit-il, « libéra et ravit l’église de Fécamp du joug, de la sujétion et de la coutume de tous les évêques, il l’établit et la prit sous le gouvernement et sous le patronage de la seule église romaine ». Et le chroniqueur d'insister : « Il établit, dis-je, que l’église de Fécamp fût soumise à la seule église romaine et qu’elle demeurât déliée et complètement libre du pouvoir des autres églises, à la façon de Cluny *. »

En réalité, Benoît VIII n’en avait pas tant accordé à Guillaume de Volpiano ; il avait bien pris « le comte Richard et son église » sous la protection de saint Pierre,

62. C’est d'ailleurs d’une façon générale que le courant proromain se développe, sous le règne de Robert, dans le clergé normand (BÔHMER, 0p. cit., p. 144), aussi bien que dans le clergé anglais au même moment (BROOKE, 0p. cil., pp. 162-163). Les légats du pape viennent plus fréquemment (TILLMANN, op. cit., pp. 19 63. G. Ch., XI, instr., 18 : « .… prior et monachi. respondere se cessare non posse, quia meminissent soli apostolico subditos jore, nemine exceplo, vicario Beati Petri, et post ipsum suo abbati. »

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