LÉGENDES ET PRIVILÈGES
le changement daterait de l’extrême fin du XI° siècle ou du début du XII°, c’est-à-dire de l’époque où les esprits, préoccupés de la croisade, étaient hantés par les souvenirs du Golgotha *.
Nous voici ramenés au temps où l’Anonyme d’York tirait de l’antériorité de l’église de Rouen son argument majeur contre l’exemption de Fécamp. Les moines pouvaient lui répondre, quelques années plus tard, que leur église possédait une relique plus antique et plus vénérable que celles de la cathédrale, et que Fécamp avait été choisi par Dieu comme lieu saint avant Rouen. Une telle réplique fut-elle effectivement présentée? Nous ne savons pas, mais nous sommes en droit de penser qu'elle a pu l'être, tant elle eût correspondu aux idées de l’époque. Aussi bien, entre 1129 et 1135, les moines de Glastonbury liaient, dans une chronique célèbre, les privilèges de leur abbaye à ses légendes, et prétendaient, par la plume de Guillaume de Malmesbury, que ieur église datait des temps apostoliques, qu'elle était la première construite dans la région et avait été, pour ce motif, consacrée par le Christ lui-même, et qu'elle n'était par conséquent pas soumise à l’évêque *. Les rapports entre Fécamp et Glas-