FAUSSES BULLES FABRIQUÉES A SAINT-OUEN DE ROUEN
falsa) : ce sont, en effet, quatre évidents apocryphes attribués aux papes Vigile (537-555), Grégoire le Grand (59o- 604) Martin 1° (649-653) et Léon II (682-683) ‘**; ils sont l'œuvre d’un faussaire maladroit qui a imité gauchement des bulles du XII° siècle, et qui, aux clauses d’exemption du pouvoir d'ordre et du pouvoir coercitif de l’archevêque (sic) !*7, a ajouté celle de franchise des coutumes et de juridiction sur les malfaiteurs de l’église”. Hugues d'Amiens refusa de reconnaître l’exemption et admit seulement la juridiction des moines sur la paroisse dépendant du monastère, qu'il confirma telle qu’elle existait au temps de son prédécesseur **.
Malgré le peu de crédit que ces apocryphes ont trouvé dès l’origine, ils doivent retenir notre attention. Pour la première fois, des moines normands fabriquent des faus-. ses bulles comme seuls titres de privilège. Jusqu’alors, ils avaient forgé ou interpolé des diplômes ducaux (Fécamp) ou des chartes de seigneurs (Bellème), et quand,
126. Ces fausses bulles nous sont connues par des copies tardives : 1° Vigile, copie de 1610, Arch. S. I., 14 H 15r; copie de 162», 14 H 152 (copies incomplètes); 2° Grégoire le Grand, copie XV° siècle, Bibl. Nat., ms. lat. 12777, pp.-109-112 ; 3° Martin I°', ibid., pp. 112-114 (XVe s.); vidimus de 1525, Arch. S.I., 14 H 140; 4° Léon IT, ibid., pp. 106-109 (XV® s.), JAFFÉ, 2124. La fausseté de ces pièces, décelée par les auteurs de catalogues (STE, Bibl. des cartul., n° 3242, et Le CAcHEUXx, Inv. somm., cotes citées supra), n’a même pas besoin d'être démontrée. — Peut-être faut-il adjoindre à ces textes la bulle, également fausse, d'Eugène II (824- R27, JAFFÉ, 2562).
197. Le terme archiepiscopus, fréquemment rencontré dans ces textes, est l’un des nombreux critères d’inauthenticité ; on sait que, avant le milieu du VII siècle, c'est un anachronisme (supra, D20 Ent O)E
128. Bulle de Martin I : « Omnes eciam consueludines scilicet secularium judiciorum, ferri ignili vel aque frigide, malefactorum ecclesie excommunicacionem vel absolucionem penitentium ab ecclesia vel celera, sicut ab antecessore nostro bone memorie papa Gregorio eidem loco sub anathematis vinculo concesse sunt, ila privilegio nostre auctoritalis confirmantur » (référ. supra).
129. « Hac vero composilione ego, Hugo archiepiscopus, concessi ecclesie sancti Audoeni omnes consuetudines quas in pace, tempore Gauffridi archiepiscopi (1111-1130), tenuit, videlicet omnem justiliam tocius offensionis virorum et mulierum in omni parrochia sancti Audoeni, elericorum vero ejusdem parrochie obedienliam abbati » (Arch. S.TI., 14 H 551).