LA PAPAUTÉ ET LA JURIDICTION
au Mont-Saint-Michel, vers 1058-1060, ils avaient falsifié une bulle, c'est en prenant grand soin de ne lui faire accorder que la libre élection de l'abbé et de lui adjoindre un pseudo-diplôme du duc Richard IT, beaucoup plus substantiel, qui donnait l’exemption du pouvoir d'ordre el la juridiction sur le bourg °. À Saint-Ouen, au contraire, vers 1130, on estime que l’on peut confier à trois bulles le soin d'étayer les prétentions à la juridiction aussi bien qu'à l’exemption, et qu'il est inutile de créer d'autre texte. N'est-ce pas la preuve que la papauté était de plus en plus considérée comme la seule dispensatrice normale de tous les privilèges *? ?
L'action du pape, désormais sans entrave, allait notamment s'exercer dans le sens d’une réglementation du privilège de juridiction, faite d'accord avec les évêques. Innocent IT écrit à Hugues d'Amiens, le 26 juillet 1131, et il énumère les abus que l'archevêque devra faire cesser dans son diocèse. C’est, en premier lieu, l’usurpation des droits épiscopaux par les laïques qui vont jusqu’à « prendre le titre d’archidiacres » : c’est « archidiables », dit le pape, qu'on devrait les nommer. Il rappelle l’interdiction de l’ordination sans titre, s'élève contre ces prêtres mercenaires qui louent leurs services aux seigneurs, et insiste sur l'obligation synodale à laquelle sont astreints les prêtres pourvus d’une cura animarum. Il reconnaît toutefois qu'ils en sont parfois dispensés et qu'il existe