‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 253 sur 342 · L'OŒUVRE DE RÉFORME ET LA JURIDICTION · texte numérisé non relu

L'OŒUVRE DE RÉFORME ET LA JURIDICTION

des usages, des « coutumes qui doivent être observées pourvu qu'elles ne contredisent ni à la raison ni aux canons * » : allusion aux privilèges de juridiction d’abbayes, qui comportaient souvent la dispense synodale.

Innocent IT mettait cette question au programme des révisions. D'une façon générale, sa lettre était de celles qui allaient inciter les prélats à récupérer les droits épiscopaux, au risque de conflits avec les abbés, d’où des transactions allaient naître. Nous entrons ici dans une phase nouvelle. Pour saisir l'importance du changement, il convient de jeter un coup d'œil en arrière.

Dès le début du XI° siècle, la politique de récupération avail été tentée par certains évêques ; mais, menée sans plan d'ensemble et sans esprit de suite, privée de toute directive et de tout appui de la papauté, elle avait échoué, malgré de très rares succès isolés. L'’utilité, bientôt découverte, de l'attribution des coutumes épiscopales à des monastères et aussi la faveur témoignée au monachisme, modifièrent les desseins récupérateurs qui reprirent, vers 1090, sur d’autres bases : l’on ne s’attaqua plus qu'aux usurpations des laïques, et ceux-ci furent encouragés à céder à des abbayes les coutumes qu'ils avaient prises à l’évêque. Les églises possédées par les moines avec les coutumes se multiplièrent tellement que l’on entreprit, environ l'an 1060, de limiter la juridicüon qu'ils avaient sur elles. Mais, avec sagesse, on n'’essaya pas de tout réformer d'un coup, et, prévoyant l’avenir, On commença par restreindre leurs droits sur les nouveaux territoires privilégiés qu'ils acquéraient. Ce n'élait point là, sans doute, faire œuvre de récupération puisque les situations antérieures étaient confirmées sans changement. Mais c'était toutefois poser des règles nouvelles qui devaient, tôt ou tard, s'étendre à l’ensemble

139. Micne, CLXXIX, 99-101 (Jarré, 3483). Cf. GÉNESTAL, La patrimonialité de l’archidiaconat, loc. cit., p. 283. 133. Supra, p. 70.

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