‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 254 sur 342 · PAPAUTÉ ET JURIDICTION · texte numérisé non relu

PAPAUTÉ ET JURIDICTION

des cas. Cette extension fut l’œuvre des évêques soutenus par la papauté. Elle s’observe, en Normandie, à partir de

Quelques années avant cette date, elle se laissait déjà pressentir. La lettre d'Innocent Il à Hugues d'Amiens élait un jalon posé sur la route, et il était facile de prévoir dans quelle direction l’on allait s'engager pour peu qu'on fût au courant du litige qui, depuis 1128, opposait l'évêque de Meaux aux abbayes de Rebais, Jouarre et Faremoutiers.

L'évêque s'en était pris tout d'abord aux juridictions de Rebais et de Jouarre, et , en 1128, il avait reçu l'appui du pape Honorius IT voulant que les clercs et les laïques des paroisses de Rebais et de Jouarre fussent soumis à l’église de Meaux **. Notons qu'Honorius IT applique le même régime aux deux paroisses ; l’uniforme malveillance du pape tient au fait que, ni les moines de Rebais, ni les religieuses de Jouarre n'avaient produit, dans cette première phase du conflit, de privilège apostolique. Mais les moines de Rebais comprirent que, pour être mieux traités, il leur fallait des titres émanés du Saint-Siège ou réputés tels : ils fabriquèrent leurs fausses bulles de Jean IV et de Martin [°° ;: et, en 1134, Innocent II, croyant apprendre que leur abbaye avait été prise jadis « par ses prédécesseurs Jean et Martin sous la puissance, la domination et la défense du siège apostolique », dé-

134. JarrÉé, 79339 : « … Statuimus ut omnes tam clerici quam laiei in villa Resbacensi el Jotrensi commorantes, Meldensi ecclesiae jure parochiali subjaceant el ea quae de eis ad jus parochiale pertinent, tibi (l’évêque) fuisque successoribus libera et illibala serventur. »

135. JArrÉé, 2048 et 2075. C'est très certainement à cette époque- 1à, comme l’ont noté LeBronp et LEecoMTE (Les privilèges de l’abbaye de Rebais-en-Brie, 1910), et non pas au XI° siècle, comme l'insinuait Dom Toussamrs-Dupressis (Hist. de l'égl. de Meaux, t. I, p. 196), que furent forgés ces deux apocryphes, puisqu'ils ne sont pas cités dans la bulle d'Honorius IT de 1128 (note précédente), et qu'ils le sont dans celle d’Innocent IT, de 1134 (note suivante). D'ailleurs, le style et les préoccupations que le texte révèle chez les faussaires ramènent à la même époque.

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