CONCLUSION GENERALE
Dans l’histoire des privilèges monastiques normands, le XI° siècle se détache comme la période capitale, celle des créations. Avant lui, il n'était apparu, dans la province de Rouen, qu'un cas accidentel et étranger, dû à l'établissement fortuit d’une colonie de moines bretons. Après lui, les privilèges vont évoluer : parfois se fondre, tantôt s'accroître et tantôt se restreindre, mais c’est lui qui a fourni la trame.
Trame d’une richesse et d’une diversité très grandes. Il s’agit tout d’abord, au début du siècle, de créer un centre monastique indépendant, où l'esprit clunisien de réforme puisse se développer librement, des élites se former pour aller ensuite le répandre : et voilà l’exemption de Fécamp qui surgit par la volonté ducale.
Voici, quelques années plus tard, un privilège tout différent, territorial et féodal. Monastères, chapitres et laïques ont pris l'habitude d'usurper sur leurs possessions les coutumes épiscopales : ils en tirent, outre des profits pécuniaires, l’exercice d’une juridiction ecclésiastique, surtout répressive, qui complète, sur des territoires-parfois très étendus, leur puissance seigneuriale. Vers 1030, le duc de Normandie (aussi bien que le roi d’Angleterre) transforme l’usurpation en privilège, en faveur de monastères qui se voient ainsi attribuer un contrôle de police et collaborent au maintien de la paix publique. Cette apparition de juridictions ecclésiastiques d’abbayes, que l’on observe, à la même époque qu’en Normandie, dans les régions voisines de France et en Angleterre, est