CONCLUSION GÉNÉRALE
un fait dont la très grande importance ne saurait être exagérée !. Il faut redire que l’on est en présence d’une institution féodale, dont l’origine indirecte et lointaine se discerne dans l’immunité ecclésiastique franque, mais qui, telle qu'elle se dessine au X° siècle et se fixe au X[°, est l’une des créations les plus originales de cette époque féconde.
Après 1060, les desseins réformateurs de Guillaume le Conquérant et de Lanfranc modifient le cours de l’évolution des privilèges, mais n’entravent pas l’essor créateur. De nouveaux cas d’exemption et de juridiction apparaissent, où l’esprit de réforme, tempéré par les vues politiques de Guillaume, s’insinue et se révèle à certains signes, dont voici les plus marquants : progrès limité et conditionnel de l'influence romaine en matière d'exemption; octroi du privilège de juridiction, non plus par le duc, mais par les évêques, qui restreignent aux causes mineures la compétence accordée aux abbés.
C’est seulement avec Urbain IT que commence une nouvelle phase où l’on ne relève plus, au titre des créations, que la constitution de très rares territoires de juridiction. Ce n’est plus qu'un fait accessoire. L'intérêt de l'histoire des privilèges réside dès lors dans l’ingérence croissante du pape, qui cherche, et réussit définitivement après 1140, à les réglementer et à les unifier.
1. Voici des chiffres : les textes du XI° siècle font connaître 77 paroisses normandes relevant de juridictions ecclésiastiques d’abbayes; ceux du XII ajoutent 33 noms nouveaux.
Si l’on observe maintenant la carte où figurent ces 110 paroisses, on verra qu'elles sont presque toutes situées dans le pays de Caux, d’une part, dans le diocèse de Bayeux, d'autre part. Les diocèses de Sées, Avranches et Coutances ont donné relativement peu de résultats, celui d'Évreux n'en a donné aucun. Une telle répartition s'explique par la situation géographique du pays de Caux el du Bessin : régions côtières, largement ouvertes par des vallées fertiles, propices à l'accroissement de la population et du commerce pourvu que la sécurité y règne. D'où la politique de Robert le Magnifique et de Guillaume le Conquérant; d'où la créalion de grandes abbayes; d'où la juridiction qui leur fut confiée.