Liber de Revelatione, 3-4 (Miexe, CLI
jet, dans la chronique, que d’une allusion insignifiante, C’est dans la partie de son récit où elle parle de l’ancienne église qui était tombée en ruines au temps de Guillaume Longue-Épée et de l’autel que les gens du pays avaient trouvé recouvert par la forêt, que la chronique ajoute ce simple membre de phrase : «au sujet de l’origine de cet autel, ainsi que nous l’avons entendu raconter par les anciens, c’est Dieu lui-même * qui, ayant prescience du service qui se ferait pour lui en ce lieu, a daigné y faire apparaître un grand miracle, sous la forme d'un cerf magnifique * ». On le voit, l’allusion est brève. Il n'est pas question d’Anségise. Et il faut noter que cet épisode n’est pas mis au début, mais au milieu du récit; qu'il est jeté pêle-mêle parmi les événements du X° siècle, en incidente, à la fin d’une phrase; que l’auteur n’y attache pas grande importance et se contente de le rapporter « comme les anciens le lui ont raconté ».
La légende — qui devait tenir une place de choix dans les traditions poétiques de l’abbaye — n’est qu’à son début. Dans le Libér, au contraire, son développement s’achève. Elle s’est formée dans l'intervalle. Voilà la preuve que la chronique est antérieure au Liber, par conséquent à 1090-1094.
Elle est, d'autre part, postérieure à Dudon, puisqu'elle le cite, c’est-à-dire à 1015 environ *.
Elle a donc été composée entre 1015 et 1090.
5) Valeur de la chronique. Ainsi, c’est la plus ancienne chronique de l’abbaye. Merveilleux mis à part, elle est digne de foi. L'auteur paraît avoir pour seul dessein d'écrire l'histoire de l’abbaye telle qu'on la connaît et qu'on la raconte de son temps; on ne saurait relever contre lui de ces erreurs intéressées telles que nous en rencontrerons dans le Liber de Revelatione. La chronologie est généralement exacte, et un assez grand nombre de relations sont corroborées par d’autres sources pour que nous puissions avoir confiance dans la valeur de l’ensemble.
13. Nous traduisons ainsi librement : « ipse auctor ac redemp- Lor humani generis ».
14. Chronique du ms. 528, 5, in fine, f° 186 v° (MaBizLow, AASS. O.S.B., saec. II, 975): « … de cujus inilio, sicut ab antiquis audivimus, ipse auctor ac redemptor humani generis praescius sibi in ipso loco futuri servitit, grande miraculum ostendere est dignalus in forma cujusdam spetiosissimi cervi ».
15. Of. Poème français de Madrid (XIE s.), V, 217-364 (éd. Lanc- FORS)