‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 40 sur 342 · CLUNY · texte numérisé non relu

CLUNY

Même à Cluny où cependant, dès le début, l'emprise pontificale se révéla singulièrement forte, l’appartenance au Saint-Siège ne libérait point de la juridiction spirituelle de l’évêque et ne donnait pas l’exemption *. Mais elle était le chemin qui devait y conduire. La décadence morale du clergé séculier, au X° siècle, précipita l’évolution.

Il n’est pas de notre propos de décrire les maux dont souffrait alors l’Église **. Nous n’en retiendrons qu'un seul : par l'effet de l'investiture laïque, les évêchés étaient vendus au plus offrant; et leurs titulaires, une fois nanlis, considéraient leur juridiction sur les monastères comme un moyen de les pressurer **. Ceux-ci, par une tendance naturelle, devaient vouloir s’en affranchir.

À cette première raison des progrès de l’exemption s’en ajoute une autre. Contre les désordres de l’Église, plusieurs mouvements de réforme, dès le X° siècle, ont essayé de réagir. Des évêques, des princes s’en méêlèrent”. Mais le plus efficace, quoique limité au clergé régulier, fut le mouvement monastique parti de Cluny *. Il luttait contre les évêques non plus seulement pour éviter l'oppression passagère de tel ou tel d’entre eux, mais pour faire triompher l'idée plus élevée d’une réforme durable. La condition première de son succès était l’exemption.

Un nom, plus que d’autres, doit être cité : celui d’Abbon de Fleury. Moine, puis abbé (988) de Saint-Benoîtsur-Loire, canoniste célèbre *’ el animé de l'esprit cluni-

52. Pauz Fasre, à le démontrer, consacre sa longue et remarquable dissertation (op. cil., pp. 32-115).

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