‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 54 sur 342 · SAINT OUEN ET LE MONACHISME CELTIQUE · texte numérisé non relu

SAINT OUEN ET LE MONACHISME CELTIQUE

avait provoqué « des conflits constants entre les deux obédiences » et leur emprise, particulièrement grande de 635 à 664, fut anéantie cette année-là par le concile de Whitby, qui se prononça pour les usages romains. Théodore de Tarse, envoyé peu après par le pape (668), écarta définitivement l'Église anglaise des voies celtiques où elle avait failli s'engager “*. Il n'est pas impossible, vu les rapports fréquents qui reliaient le continent aux îles “, que ces luttes insulaires aient eu leur répercussion dans le diocèse de Rouen, qui n'en est pas très éloigné, et qu'elles aient inspiré saint Ouen dans sa réaction contre les tendances bretonnes et contre les privilèges monastiques. Ceux-ci ne devaient être favorisés par ses successeurs que beaucoup plus tard *.

44. Dom Casror, L'Anglelerre chrétienne avant les Normands, pp. 71-138; Humsert, art. Angleterre, Il, Dict. d'histoire et de géographie ecclésiastiques ; DucHESNE, op. cil., pp. 611-623 ; Har- PHEN, Les Barbares, pp. 105-197; LOT, PFISTER et GANSHOF, op. cil., pp. 694-698.

45. Rouen était l’un des deux principaux ports par où se fit le trafic commercial avec la Grande-Bretagne (Lor, PriSTER et Gan- SHOF, OP. Cil., p. 355).

46. Les successeurs immédiats de saint Ouen, jusqu'au milieu du VIIIe siècle, sont assez peu connus (Ducnesnr, Fastes, II, pp. 207-208). Suivant l'exemple de saint Ouen, il n'ont accordé aucun privilège aux abbayes à une époque où, cependant, l’exemption s'était beaucoup développée (supra, pp. 5-7). La seule exception serait un acte du synode de Rouen accordant, au temps de l’évêque Ansbert (684-692 ou 693), la libre élection de l’abbé au monastère de Fontenelle dont Ansbert avait été abbé (678 ?-684). Le texte est rapporté par la Vie d'’Ansbert (Vita Ansberti, 18, M.G.H., script. rer. mer., V, pp. 630-632; Lor, Études critiques sur l’abbaye de Saint-Wandrille, Analyse des actes..…., n° 16, p. 7). Mais l’authenticité de cet acte est loin d’être certaine; on peut faire valoir contre elle : 1° le titre d'archiepiscopus donné à Ansbert dans la souscription; ce terme n'apparaît qu'au milieu du VIII siècle (CHÉNoN, De l'apparilion du mot « archiepiscopus » dans les textes franks, Bull. des Antiq. de France, 1916, pp. 150-159); 2° la date : l’année 682 correspond bien à l’indiction ro, mais pas à la seizième année du règne de Thierry IT (aussi l'éditeur, M. Levison, a-t-il proposé de dater 688-689) ; d’autre part, en 682 saint Ouen vil toujours et Ansbert n'est pas encore évêque de Rouen; 3° l’acte fait allusion à quatre diplômes royaux de Clovis IT, Clotaire I, Childéric IT et Thierry HI; or, « aucun de ces diplômes, à supposer qu'ils aient existé, n’a été conservé » (Lor, op. cit., p. 7, n. 5), et, ce qui est encore plus grave, un diplôme de Chilpéric IT (316; publ. Lot, op. cit., pp. 26-28), qui a un tout autre objet que la

Quoi qu'il en soit, l’enclave rouennaise de Dol remonte très vraisemblablement à une époque antérieure à 640 et par conséquent voisine, à quatre-vingts ans près‘, du temps de saint Samson. Pourquoi, dès lors, ne pas admettre qu'elle date de saint Samson lui-même? Il n'y a pas, semble-t-il, de bonnes raisons pour croire le contraire, encore que l'incertitude des sources contraigne, malgré tout, à garder une réserve.

L'exemption monastique, apparue au VI* siècle dans la province de Rouen sous la forme très spéciale d’une colonie de moines bretons conservant leur statut propre, allait cesser, pendant plusieurs siècles et pour des raisons déjà dites, de s’y étendre. Il n’y en a plus trace jusqu'à l'époque des invasions normandes qui, dans la seconde moitié du IX° siècle, détruisirent les monastères de la province. Ceux-ci, dans la première phase de leur histoire, ont toujours été soumis, sauf l'exception d’un seul d’entre eux, à la juridiction de l’évêque diocésain “.

libre élection de l'abbé, prétend, lui aussi, confirmer des diplômes des mêmes quatre rois; la coïncidence est au moins troublante. On peut également faire observer que la Vie d’Ansbert a été écrite à la fin du VIII ou au début du IX® siècle (LEvisow, introd. à l’édit., ibid., p. 615), et que l'acte correspond beaucoup plus aux privilèges de cette époque qu'à ceux de la fin du VIT siècle (cf. supra, pp. 5-8). D'autre part, M. Levison remarque que certaines mentions des souscriptions « ne conviennent pas aux actes synodaux du royaume mérovingien » (p.631, n.2). Il y a lieu, malgré Mgr Duchesne (Fastes, Il, p. 207) et Vacandard (op. cit., p. 353), d’être sceptique sur l'authenticité de ce texte.

47. I est d’ailleurs impossible de fixer une date précise à la mort de saint Samson. La Borderie (Histoire de Bret., I, 561) et Duine (Histoire. de Dol, p. 239) la plaçaient vers 565; la souscrip- Lion probable du saint au concile de Paris, tenu entre 556 et 573, fait pencher pour une date en effet voisine de celle-là.

48. Il ne saurait être question, bien entendu, d'utiliser ici les quatre bulles des papes Vigile (535-555), Grégoire le Grand (59o- 604), Martin 1° (649-653), et Léon II (682-683), relatives à l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. Ce sont des faux grossiers et maladroits fabriqués au XIT siècle par les moines de Saint-Ouen pour s'en faire des titres aux privilèges de leur abbaye (infra, p. 214).

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