APPROPRIATION DES ÉGLISES
d'Agobard et d'Hincmar*, valut aussi longtemps que le pouvoir carolingien fut assez fort pour le faire respecter. Mais il portait en soi, par le fait même du partage de droits qu'il reconnaissait sur une église entre le propriétaire et l’évêque, le germe d'abus plus graves qui allèrent se développant durant tout le X° siècle *.
L'évolution, qui tendait à éliminer de plus en plus l’évêque, élait favorisée par la décadence de l’épiscopat, et, pour lâcher de l'arrêter, les canonistes de la fin du X° siècle imaginèrent une nouvelle solution transactionnelle fondée sur une distinction entre l'ecclesia et l’altare. L'ecclesia et les profits qui y sont attachés, c'est la part appropriable, l’altare, celle qui ne l’est pas et qui ne peut pas l'être à cause de son caractère sacréf. En insistant sur ce caractère, que l'expression même d’altare symbolisait, les esprits modérés soucieux de réforme espéraient sauver l'essentiel. Mais les propriétaires, monastères ou laïques, acquéraient des autels; et l’abus, continuant toujours, allait, par la force des choses, s'étendre aux taxes que les évêques percevaient sur les églises et qu'on appelait les coutumes épiscopales.
Une telle situation anarchique devait non moins nécessairement se développer, mieux que partout ailleurs, dans les contrées désorganisées par les invasions nordiques, notamment en Normandie, où la plupart des évêchés n’avaient retrouvé leurs pasteurs qu'à l'extrême fin du X° siècle”; et c'est tout spécialement dans la partie du
k. Voir notamment les textes indiqués par IMBART DE LA Tour, loc. cit. note précédente. Cf. aussi P.Tnomas, Le droit de propriété des laïques sur les églises, pp. 24-25 et 39-45.
5. ImBArRT DE LA Tour, Rev. hist., t. LXVIIT (1898), pp. 1-54 (tir. à part, pp. 143-196).
6. P. Tomas, 0p. cil., pp. 36-8o. Abbon de Fleury définit ainsi la distinction, qu'il combat au nom des purs principes canoniques : « st etiam alius error gravissimus, quo ferlur allare esse episcopi el ecclesiam alterius cujuslibet domini » (H.Fr., X, 330, cité P. THomas, ibid., p.77, n.2). Sur l'attitude d’Abbon de Fleury, cf. FourRNIER et Le Bras, op. cit., t. I, p. 326, n. 2.
7. Supra, p. 29. GÉNESTAL écrivait que « la Normandie est l’un des pays où le système de patrimonialité s’est le plus solidement