‹ Étude sur les PsélaphidesChapitre 2 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Bien des classifications ont été proposées pour les Psélaphides, depuis le remarquable travail d’Aubé, en 1844.

Les principales sont les suivantes :

1° Celle d’Aubé, basée sur le nombre des articles des antennes et les ongles des tarses, adoptée par Lacordaire dans son Généra et par M. de Saulcy, dans le travail remarquable qu’il a publié sur les insectes de cette famille appartenant à la faune paléarctique ;

2° Celle de Le Conte, basée sur l’insertion des antennes ;

3° Celle de Jacquelin Duval, dans son Généra , établie sur la forme des hanches postérieures ;

4° Celle de M. Schaufuss, dans le Nunquam Otiosas , appuyée sur le nombre des articles des antennes ;

5° Enfin la dernière et la meilleure, celle de M. Reitter, dans les Verh. d . naturf. Ver. Brünn , XX, ayant pour base la dimension du premier segment inférieur de l’abdomen.

La classification d’Aubé, qui suffisait à cette époque, pour ranger systématiquement les 16 genres connus de cet entomologiste et qui peut encore se pliera peu près aux exigences d’une faune restreinte, n’est plus admissible quand il faut distribuer, dans une suite aussi naturelle que possible, les 270 genres actuellement connus. Du reste, elle repose sur un caractère très superficiel ; car j’ai constaté qu'il est variable chez des genres si voisins qu’on se demande s’ils doivent être séparés ou réunis. C’est ainsi que les Machcerites (certains au moins) ont deux ongles très inégaux, tandis que les Bythinus n’ont qu’un seul ongle.

11 faut donc de toute nécessité abandonner comme base primordiale le système des monodactyli et didactyli.

La classification de Le Conte était fort ingénieuse, et certainement le mode d’insertion des antennes a une grande importance, chez les Psélaphides. Cependant, il présente un inconvénient majeur, c’est de subir des modifications insensibles Parfois dans des genres très

voisins, et même parmi les espèces d’un même genre. Son instabililé doit le faire abandonner.

Je ne citerai que pour mémoire la méthode de Jacquelin Duval, basée sur la forme et l’écartement des hanches postérieures.

La forme des hanches postérieures aune giaude valeur et je l’utilise pour distinguer des groupes bien tranchés ; mais leur éloignement ou leur rapprochement n’est bon que pour distinguer des genres. Elle a le défaut de toutes celles que je viens de citer, c’est de ne s’appliquer qu’à une faune restreinte. Elle est absolument insuffisante pour une étude générale.

Celle de M. Schaufuss est basée exclusivement sur le nombre des articles des antennes, et, quand on réfléchit que le nombre de ces articles varie d’un sexe à l’antre, dans une même espèce, on comprend tout de suite la fragilité de ce système.

Bien autre est la méthode adoptée tout récemment par M. Reitter et basée sur la dimension du premier segment ventral de l’abdomen. Ce travail a été un progrès considérable sur celui de ses devanciers, et l’entomologiste viennois a réussi ainsi à grouper 121 genres. Malheureusement, je suis obligé de faire à ce système le reproche de rompre bien des affinités naturelles. C’est ainsi qu’il éloigne les Pselaphus des Ctenistes pour les réunir au groupe des Bythinus , auxquels il ajoute les Hybocephalus et genres voisins qui ne ressemblent ni aux Bythinus ni aux Pselaphus ; il éloigne au contraire les Bythinus des Bryaxis.

Je crois donc qu’il faut abandonner cette méthode, comme ne permettant pas d’arriver à un groupement systématique naturel.

J'ai été ainsi amené à chercher s’il n’y aurait pas un autre organe qui présentât, dans ses variations de forme, des caractères constants, an moyen desquels on put arriver à une série naturelle. Ce caractère, je pense l’avoir trouvé dans les trochanters des pattes intermédiaires, qui sont tantôt grands, tantôt petits, ce qui entraîne, pour la cuisse, deux modes d’insertion : l’insertion terminale et l’insertion latérale.

J’établis ainsi deux grandes divisions :

Les Psélaphides macroscélides , avec les trochanters grands et l’insertion des cuisses terminale.

Les Psélaphides braehyscélides, avec les trochanters courts et l’insertion des cuisses latérale.

Dans le premier cas, la cuisse est insérée fort loin de la hanche, et dans le second cas, elle est au contraire contiguë ou tout au moins très rapprochée de la hanche.

Cette conformation n’est d’ailleurs constante que pour les pieds intermédiaires, c’est-à-dire qu’il peut arriver que les trochanters intermédiaires étant longs (macroscélides), ceux des pieds antérieurs

ou postérieurs pourront être courts ou longs, suivant les genres ; mais il D’arrive jamais que les trochanters intermédiaires étant courts, les antérieurs ou les postérieurs soient longs. En d’autres termes, quand les trochanters intermédiaires sont longs, les autres pieds peuvent être ou ne pas être semblables.

Quand les trochanters intermédiaires sont courts, les autres pieds sont toujours semblables.

Fort peu d’entomologistes ont songé à signaler la forme des trochanters dans leurs descriptions. M. de Saulcy l’a fait scrupuleusement pour tous les genres dans son remarquable Species , malheureusement inachevé. Le professeur Westwoo l et le D r D. Sharp, surtout dans ses récents travaux, ont mentionné cet organe ; mais, à part cela, il est presque toujours resté inaperçu, et on comprend tout de suite à quelles difficultés je me suis heurté, ce caractère primaire de classification étant presque toujours passé sons sdence.

J’ai vu heureusement presque tous les genres; pour presque tous les autres, les affinités indiquées par les auteurs ne laissaient pas de doute. Enfin, pour quelques lins exceptionnellement, j’ai dû les supposer.

Ces deux grandes divisions se subdivisent en tribus, pour la caractéristique desquelles j’emploie tour à tour les articles des tarses, leurs ongles, la forme des hanches intermédiaires et postérieures, le premier segment ventral de l’abdomen, la forme de l’épistome, et enfin la vestiture du corps, qui est une pubescence simple, ou écailleuse.

Le mode d’insertion des antennes est si variable qu’il ne peut-être utilisé que d’un genre à l’autre.

La forme, du corps, quoique plus importante, ne peut non plus être considérée comme un caractère de premier ordre.

La pubescence est un caractère en apparence d’ordre bien secondaire, mais chez les Psélaphides, son invariabilité dans certains groupes lui donne une valeur spéciale.

M. Reitter avait déjà, du reste, signalé cette particularité, facile à apprécier avec une simple loupe, bien que la forme et le dessin des écailles ne puissent être distingués qu’au microscope et même avec un fort grossissement.

Quant à l’opinion émise par notre savant collègue, M. de Saulcy, que les Clavigérides forment une famille distincte des Psélaphides, je ne saurais la partager. Il a groupé du reste les Paussides, Clavigérides, Psélaphides et Scydmænides, en ne les isolant, les uns des autres, que par des caractères peu importants.

J’ai déjà démontré, dans un travail sur les Paussides [Matériaux pour servir à Vêtude des Paussides, in Archives du Mu-

sêum) ) que cette famille se rapprochait, par des liens assez étroits, des Carabiques. Dans les pages qui vont suivre, je chercherai à prouver les affinités des Psélaphides avec les Staphylinides,et enfin j’estime que les Scydrnænides sont plus voisins des Silphides que des Psélaphides.

Quant aux Clavigérides, je ne les considère que comme une sousfamille ; j’aurai ainsi la sous-famille des Clavigeridœ et celle des Pselaphidœ genuinœ.

Quant aux Pselaphini spurii de M. le D r Schaufuss, ce sont de purs Siaphylinides, dont quelques-uns même appartiennent à des genres de cette famille antérieurement connus et décrits : tels que les Tetratarsus Schfs., qui ne sont autres que les Edaphus.

Malgré une grande variété de forme et des types très tranchés, qui obligent à la création de nombreuses tribus et de 270 genres pour 2,000 espèces environ, les Psélaphides présentent une grande homogénéité dans leur structure générale et leur faciès.

Leur taille est toujours bien au-dessous de la moyenne, variant généralement de 2 à 3 t/2 mill., elle tombe souvent à 1 mill., mais dépasse rarement 3 mill. Le Metopias curculionoides, de Cayenne, qui atteint un peu plus de 4 mill., était autrefois considéré comme le géant de la famille ; depuis, d’autres espèces ont été découvertes en Abyssinie, à Zanzibar, au Tonkin, à Singapore, qui l’égalent et même le surpassent en dimension, sans cependant excéder jamais 5 millimètres.

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