CLASSIFICATION
Les caractères morphologiques des Psélaphides étant ainsi établis, il y a lieu de rechercher la place qu’ils doivent occuper dans la classification de l'ordre des Coléoptères et de discuter leurs affinités.
On est frappé, à première vue, de la similitude qui existe entre les Psélaphides et les Staphylinides, et cette impression première ne fait que s'accentuer, si on étudie minutieusement les affinités et les dissemblances de ces deux familles, à tel point qu'on n’arrive pas sans difficulté à énoncer, sous une forme concrète, les différences qui les séparent :
Psélaphides.
Abdomen au plus de 7 segments immobiles.
Palpes labiaux au plus bi-articu'és; article terminal muni d’appendices sétiformes.
Article terminal des palpes maxillaires muni d’un appendice à son sommet.
Staphylinides.
Abdomen de 9 segments mobiles.
Palpes labiaux au moins triarticulés; article terminal sans appendices sétiformes.
Article terminal des palpes maxillaires sans appendice à son sommet.
Ce n’est pas à dire que ce soient les seules différences, mais ce sont, je crois, les seules constantes.
Tandis que les Psélaphides présentent une grande homogénéité dans leurs organes, les Slaphjdinides, au contraire, affectent des formes très diverses. Leurs tarses sont pentamères, tétramères, bétéromères ou trimères ; leurs paraglosses souvent petits, parfois très développés; Ips lobes de la mâchoire variables, souvent avec un onglet. Chez les Psélaphides, comme nous l’avons vu, les tarses sont toujours trimères, et les paraglosses grands, prédominants au détriment de la languette ; les mâchoires n’ont jamais d’onglet. Mais on peut dire qu’il n’y a jamais similitude à la fois entre tous ces organes; quand les uns sont semblables, les autres diffèrent.
C’est donc à côté des Staphylinides, les précédant ou les suivant, qu’on devra placer les Psélaphides; et parmi ces derniers, le groupe des Faronides, commençant ou finissant par le genre Sagola , devra venir immédiatement auprès des Staphylinides, (tribu des Physognathides (1), comme offrant à un plus haut degré, par ses hanches intermédiaires subconiques, ses palpes labiaux à premier article plus grand que le suivant, sa forme tout à fait staphylinoïde, ses antennes presque sans massue, un passage d’une famille à l’autre. Suivant l’ordre qu'on suivra, le genre Sagola devra donc se trouver en tête ou en queue des Psélaphides.
Dans ma pensée, les Psélaphides doivent suivre les Staphylinides comme étant une dégénérescence, une transformation de cette grande famille. Ils se termineront ainsi par les Clavigérides et il se produira une certaine lacune entre ces derniers et la famille suivante, laquelle devra être, ce me semble, les Scydmænides. Car c'est à tort qu’on a voulu relier intimement les deux familles des Scydmænides et des Psélaphides. Ces derniers appartiennent en quelque sorte aux Staphylinides et les premiers, au contraire, me semblent se rapprocher davantage des Silphides.
Psélaphides et Scydmænides n’ont de commun qu’un genre de vie analogue, une cohabitation, si je puis m’exprimer ainsi ; car là où on trouve des Psélaphides, on trouve des Scydmænides. C’est ce qui fait qu’on les associe généralement, en liant à leur sort une troisième famille, celle des Paussides, qui ne leur ressemble en rien. J'ai en effet démontré (Nouv. Archives clu Muséum , 1886), que les Paussides se rapprochent des Carahiques.
Dans les Scydmænides, les èlytres sont longues, recouvrant l'abdomen ; le lobe externe des mâchoires est faleiforme, et le dernier article des palpes maxillaires sans appendice; les palpes labiaux
(1) Le genre Physognathus Solier, qui ne renferme encore qu’une espèce (obscurus Sol., du Chili), compose à lui seul cetle tribu aberrante ; le faciès du Ph. obscurus rappelle tout à fait celui des Sagola ; mais M. Fauvel a établi que c’est certainement un Siaphylinide (Cf. Fauvel, Rev, cCEnt ., 1889, 61).
sont de 3 articles, avec leurs supports très distincts ; la languette est corné<\ ciliée au milieu ; les paraglosses sont grands, presque libres, finement ciliés, et non garnis de spiculés ; les mandibules ont une grosse dent molaire et sont fortement concaves ; le menton est transversal ; le prosternum est, comme chez les Psélaphides, avec des cavités cotyloïdes ouvertes ; le mesosternnm est plus court, avec des épisternes très marquées et des cavités cotyloïdes grandes, irrégulières, tandis qu’elles sont bien plus petites et rondes chez les Psélaphides; le metastermim est, à cause de la dimension de ces cavités cotyloïdes, beaucoup plus petit, ses épisternes sont liés développées, un peu triangulaires, tandis qu'elles sont invisibles chez les Psélaphides ; enfin, les tarses des Scydmænides sont tous et toujours pentamères.
Cette courte description suffit pour montrer les nombreuses et profondes différences qui séparent les deux familles.
11 faut donc effacer de nos classifications cette association hétéroclite des Panssides, Psélaphides et Scydmænides. Entre les deux premières familles, il y aura les Staphylinides, et si les Scydmænides suivent immédiatement les Psélaphides, c’est pour se rapprocher davantage des Silphides.