‹ Étude sur les PsélaphidesChapitre 5 sur 6 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — BIOLOGIE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — BIOLOGIE

Les Psélaphides sont abondants et répandus à la surface entière du globe. S'il existe encore des pays tels que la Chine, d’où l’on n’en connaisse pas, c’est parce qu’on ne les y a pas cherchés. Il y a quelques années à peine, on aurait pu supposer qu’il n’en vivait pas an Japon; M. Lewis, à lui seul, y en a découvert 67 espèces, et le nombre des espèces connues aujourd’hui du monde entier, bien qu’ayant quadruplé depuis vingt ans, sera peut-être encore doublé.

Ma propre expérience m’a démontré qu’il n’est pas de pays où l’on ne trouve des Psélaphides, si on les y cherche minutieusement et méthodiquement. Ils sont même relativement abondants.

Leur dispersion géographique, telle qu'on en peut juger d’après nos connaissances actuelles, que des découvertes ultérieures ne viendront pas, suivant toute probabilité, modifier sensiblement, présente des faits assez curieux. Certains genres, tels que Bryaxis, Batrisus, Pselaphus , Ctenisles, Euplectus , sont répandus daus le monde entier, fl y a même une espèce, la Bryaxis hrematica, commune à l’Amérique du Nord et à la faune enropéoméditerranéenne. A côté de ce cosmopolitisme d’exception, la

plupart des genres, et surtout les espèces, sont très localisés, d’autant plus localisés, comme l’a judicieusement fait remarquer M. de Saulcy, qu’ils vivent dans des régions montagneuses. Les espèces des plaines, surtout en Europe, où elles sont mieux connues, ont une aire d’habitat bien plus étendue.

Je ne puis entrer ici dans le détail de la dispersion des genres; je le ferai à propos de chacun, quand son tour d’études viendra.

Les Psélaphides sont des insectes essentiellement crépusculaires et nocturnes, recherchant de préférence les endroits humides et frais.

A part une sous-famille, Ipsfîhvigérides, qui sont myrmécophiles, le nombre des Psélaphides vivant dans les fourmilières est très limité.

C’est parmi les feuilles mortes, sous les détritus végétaux, au pied et à la racine des plantes, sous les écorces d’arbres, dans les mousses, sous les pierres plus ou moins enfoncées dans le sol, surtout quand ce dernier est argileux , qu’on trouve les Psélaphides. Quelques-uns, enlin, vivent dans les cavernes et sont hypogés.

J’ai beaucoup cherché ces petits insectes et j’en ai recueilli un grand nombre d’individus et d’espèces. 11 ne sera doue pas sans intérêt de dire les procédés de chasse que j’emploie.

Dans les pays dénudés, herbeux, dont le sol est argileux, et où il y a beaucoup de pierres, tels que l’Abyssinie, c’est en soulevant celles-ci que je me suis procuré le plus d’individus ; non pas autant peut-être sous les pierres elles-mêmes que sur les bords de l’alvéole que le sol formait autour d’elles, ail pied du gazon qui l'entourait. Dans les pays ou la végétation est très abondante, où, par conséquent, les insectes sont très dispersés, parce qu'ils trouvent partout un habitat convenable, la recherche directe de ces petits insectes est peu fructueuse. 11 faudrait passer des mois, couché sur le sol, à éplucher feuille par feuille, le terrain d’une forêt; on y est dans l’ombre, on y voit mal, et ces animaux minuscules échapperaient à l’œil le plus sagace, aux recherches les plus patientes, tandis qu’en quelques heures, ou tamise des mètres carrés de la couche de feuilles mortes qui forment le sol de la forêt tropicale; on emmagasine dans un sac, un résidu peu volumineux, et représentant le produit de plusieurs charretées de feuilles mortes ; ce résidu, on l’emporte et on l’épluche à l’aise en le jetant par petites poignées sur une feuille de papier blanc. Rien n’échappe ainsi.

Se présente-t-il une prairie, il serait impraticable de chercher des Psélaphides au pied des herbes. Il faut, au coucher du soleil, faucher avec le filet ; on explore ainsi, en quelques instants, toute la prairie; les débris de feuilles, de fleurs qui sont tombés dans le fond du filet, sont jetés vivement dans un sac qu’on emporte et qu’on examine à loisir comme le résidu des feuilles mortes. Rien n’empêche de revenir fréquemment au même endroit. J’ai pris ainsi des centaines de Psélaphides, et les espèces les plus petites, que je

n’aurais certainement jamais aperçues, si elles n’avaient couru sur une feuille de papier blanc.

Cependant, il est des endroits marécageux où l’on peut chercher directement et avec succès, au pied des plantes et sous certains détritus trop enchevêtrés pour être tamisés.

Dans certains pays, comme en Malaisie, il n’y a pas d’insectes sous les pierres ; c’est le tronc d’arbre qui remplace la pierre, et alors c’est sous l’écorce qu’il faut chercher de préférence.

Quand on trouve des mousses, dans quelque pays «pie ce soit, il faut les tamiser soigneusement.

On prend encore des Psélaphides, mais en petit nombre, en chassant au parapluie. Il faut que ce soit le soir, à cette heure indécise, malheureusement trop courte dans les régions intertropicales, qui n’est plus le jour et n’est pas encore la nuit : je n’ose dire le crépuscule ; car nos belles soirées d'été en Europe sont inconnues dans les régions chaudes. J’ai pris aiusi, au parapluie, des espèces remarquables, à Madagascar et à Singapore.

Les Psélaphides myrmécophiles hibiteut surtout dans les fourmilières que recouvrent les pierres. Pour les fourmis qui habitent le sol et les écorces, c’est une chasse difficile et douloureuse; les fourmis, dans les pays chauds, ont une telle vivacité, qu’elles envahissent en un instant celui qui porte le trouble dans leur république, et au bout de quelques minutes, de quelques secondes parfois, il faut fuir et se. déclarer vaincu.

Il est enfin un dernier mode de chasse qui donne, paraît-il, de très bons résultats : c’est la chasse à la lumière. J’avoue qu’il ne m’a jamais très bien réussi. Il faut, pour cela, je crois, des conditions spéciales : une habitation isolée, à la campagne, avec des galeries très blanches et puissamment éclairées. Quant à se transporter avec une lampe qu’on pose à terre sur un linge blanc, même dans les endroits qui semblent les plus favorables, et où, dans le jour, les Psélaphides étaient nombreux, je confesse que je l’ai tenté maintes fois sans un résultat appréciable. Il est probable que je m’y prends mal, car je sais que d’autres ont fait à cette chasse des captures remarquables et nombreuses.

On ne savait rien des premiers états des Psélaphides, lorsque tuut récemment, M. Xambeu a fait connaître la larve du Chennium tuberculatum Latr., trouvée en avril, avec l’insecte parfait, aux environs de Ilia (Pyrénées-Orientales), dans le nid de la Formica cœspitum L. Cette larve, très lente dans ses mouvements, a la forme de celles des Staphylinides (Cf. Rev. d’Ent., 1880, p. 332). Les nymphes sont inconnues. J’ai essayé plusieurs fois, sans aucun uccès, d’emprisonner, dans des vases en verre, des centaines des Psélaphides. Ils mourraient tous, en cinq ou six jours, sans même s’être accouplés.

On ne peut cependant douter, d’après la conformation de leur bouche, que ce ne soient des carnassiers, et je tiens de M. Fauvel, qu’il a observé deux fois des Bryaxis dévorant de microscopiques Acariens (Cf. Fauvel, Bull . Soc. Linn . iVorm., 1865, IX, 352). Il semble toutefois, d’après les observations de Muller et de Lespès, que les Clavigers sont nourris par les fourmis, qui dégorgent directement dans leur bouche des aliments déjà mastiqués; la bouche de ces insectes, composée de longs panaches de soies très fines, n’esl pas faite, du reste, pour lacérer une proie.

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