‹ Étude sur les races indigènes de l'AustralieChapitre 1 sur 2 · LES RAGES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

LES RAGES INDIGÈNES

L'Australie n'est plus aujourd'hui la terre mystérieuse découverte au quinzième siècle par les Portugais et sur laquelle AbelTasman constatait en 1644 l'existence de sauvages nus^ noirs et aux cheveux frises. L'introduction des mérinos en ^803 et la découverte des placers en 1851 Tout transformée. On y a construit des chemins de fer, des télégraphes, l'un prochainement de 2900 kilomètres, et des villes de 150 à 200000 Ames^. Cette malheureuse population indigène, qu'on a reléguée au dernier échelon de l'espèce humaine, comme une transition de l'homme au singe, se voit en certains endroits refoulée jusqif'à 1 000 kilomètres des côtes, et diminue rapidement. Il faut donc se hâter et, tandis qu'il en est temps encore, l'étudier et lui assigner sa place dans la succession des êtres.

Au premier abord, les éléments do problème semblent tout préparés. La quantité de documents publiés sur l'Australie depuis Tasman jusqu'au numéro du 2 décembre 1871 de VAmtralasian de Melbourne, le dernier que j'aie lu^ est vraiment prodigieuse. La philologie, l'ethnographie y tiennent une large part; mais l'anthropologie, l'étude des caractères physiques y sont à peine ébauchées. Les

A Ces instructions ont éié rédigées sur tu demande de M. Its doc* leur Jules Goyard et de M. Eugène Simon, consul de France à Sydney.

s La population de Melbourne, au recensemcnl du % avril 1871, était de 103696 âmes, les faubourgs immédiats compris ; celle de Sydney, de 1847»»,

meilleurs travaux sont en gdnëral ccnx des navigateurs et des missionnaires ; car, pour les rapports officiels des agents britanniques, s'ils sont prodigues en renseignements sur la gëogrnpliie, les produclions utiles du pays, les circonstances favorables à l'élevage des moulons, ils sont avares d'indications scientifiques sur les naturels : leurs dispositions hostiles ou bicnvcillnnlcs, le parti qu'on en tirerait pour la colonisation, leur taille, leur force ou leur faiblesse au physique, quelques statistiques sur les naissances et les décès, voilà ce qui les préoccupe en général. Certains journaux de voyageurs sont désespérants et il faut parcourir bien des pages pour y glaner çfi et là quelques mots. Certes, la fièvre commerciale a été le mobile de nobles entreprises et le positivisme anglo-saxon mérite toute notre attention ; mais l'homme a aussi des besoins intellectuels à satisfaire, et la science veut être cultivée pour elle-même.

Ainsi le docteur Newmayer, directeur de Tobservatoirc de Melbourne, frappé du caractère trop réaliste des explorations entreprises jusqu'à ce jour au centre du continent, trace en 1868 le programme d'une expédition réellement scientifique de l'est à l'ouest, à travers la portion inconnue. La géographie, la mensuration du sol, l'hydrographie, la météorologie, la géologie, la flore et la faune sont recommandées au premier rang. L'ethnologie et la philologie y sont indiquées. Mais de l'étude physique de rhomme il n'est pas dit un mot, et cela au moment où la race s'éteint et pourrait donner la clef des formations anthropologiques qui ont précédé la nôtre.

Combler cette lacune, tel est le sens le plus général des Instructions que la Société d'anthropologie de Paris doit donner aux voyageurs français qui se rendent en Australie, et en particulier aux squatters. Sous ce nom bien connu, on désigne des éleveurs auxquels le gouvernement concède au

milieu des forêts (bush) occupées par les aborigènes une étendue plus ou moins considérable de pâturages (sheep-run) naturels pour y nourrir des bœufs et des moutons par mil* liers. Non-seulement Jes squatters vivent en contact quotidien avec les indigènes, mais ils les emploient à leur service. Il leur est donc facile de s'entretenir avec eux, de les observer mieux que les voyageurs ordinaires, et d'arriver à prendre tous les renseignements et mesures demandésL dans les feuilles d'observations de la Société d'après les méthodes exposées par notre savant secrétaire général.

Le premier qui ait dépeint avec précision les indigènes de la Nouvelle-Hollande estDampier, en 1688, sur la même côte nord-ouest queTasman. «Les Indiens de cette contrée, dit-il, sont les gens du monde les plus misérables. A la figure humaine près, ils ne diffèrent guère des brutes. Ils sont grands, droits et menus et ont les membres longs et déliés, la tête grosse, le front rond, les sourcils gros, les paupières demi-fermées à cause des mouches, le visage long et d'aspect désagréable, le nez gros, les lèvres grosses et la bouche grande. Ils n'ont pas de barbe. Leurs cheveux sont noirs, courts et crêpés ou bouclés (cwrferf), comme ceux des nègres, et non longs et lisses comme ceux du commun des Indiens ^ » L'année suivante, à quelques degrés de là, il revoit les mêmes hommes « au regard de travers, à la peau noire, aux cheveux crêpés et à la taille haute et déliée » . Ces deux relations sout précises et saris équivoque.

La plus importante ensuite est celle de Gook, qui,

1 Dampier, Voyages, vol. 1, p. 46i. London, 1G99. Les indications l)ibliographiques que j'aurais à reproduire sont si nombreuses, que je me bornerai aux plus nécessaires cl aux moins connues en France.

n 1770, longe toute la côte occidentale et échoue à la baie d'Ëndeavour, où il entre en relations ayec les indigènes. Le portrait qa'ii en fait s'applique particalièrement an Nord-Est.

« Ils sont, dit-il, de taille moyenne^ sveltes, en général bien faits, d'une vigueur, d'une activité et d'une agilité remarquables. Leur visage ne manque pas d'exprès* sien, et leur voix est douce et efféminée. Ils n'ont ni le nez plat ni les lèvres grosses, et leurs traits sont loin d^étre désa» gréables. Leur peau est couleur de suie on de chocolat, leurs cheveux en général lisses et bouclant légèrement, leur barbe épaisse et touffue. Ces cbeveux sont en général longs et noirs, mais ils les portent courts. »

Il n*y a pas à en douter, les indigènes de Cook ne sont pas les mêmes que ceux de Dampier. Ceux-ci ont des cheveux généralement; lisses, une barbe touffue, une conleur chocolat et une physionomie agréable. Ceux de Dampier avaient des cheveux crêpés comme ceux des nègres, point de barbe, une conleur noire foncée et des traits hideux. King, il est vrai, a prétendu que ce navigateur avait dûôtre induit en erreur par la coupe des cheveux. Mais les autres différences subsistent, et le sdin que Dampier apporte à la relation de ses autres voyages le prémunit contre le reproche d'inattention. Il serait possible cependant, que le mot de crêpé que j*ai employé rendit mieux sa pensée que celui de erépu^ préféré par la plupart des traducteurs français.

Prenons une troisième description, celle des navigateurs de P Astrolabe en 1827, portant sur les fameux indigènes du Port-du-Roi^eorges, cèle sud'Ouest. Elle a été le point de départ de ces peintures grotesques qui assimilent les Australiens presque à des singes.

«Rien de plus hideux au monde, disent*ils; qu'on se figure des arcades sourcilières d'autant plus saillantes que leurs

yeux obliques sonttrès^enfoncés, une sclérotique Jaunâtre^ une faee large et aplatie, des pommettes proéminenteâ^ des narines écartées et écrasées, une bouche grande et très'fendue, des lèvres grosses s'allongeant chez quelquesuns en un mufle^ des eheveux friséi sans être laineux^ une barbe et des moustaches rares et noires et une couleur de peau variant du noir peu intense au noir rougeâtre« Ajoutes à delà une taille au-^dessous de la tnoyennei une tête asses grosse^ un buste très^déVéloppé et trapu relativement à des jambes exiguës^ et un teutre proéminent, tn fémur et un tibia recouverts de peau semblent constituer toute Yet-^ trémité inférieure. De loin^ on croirait voir de ces dlseâtiï à jambes longues et grêles qu'on appelle étàaêiiet*i. fi

Ce tableau diffère encore des précédent». IPar cértaiilâ traits, il se rapproche de celai de Dampier, par d'àdtrest, de eelui de Godk. Mais ce qu'il a de particulier, c'est respect misérable sous lequel ces melhêoreUï sotat dé« peintSi c'est l'émaciation de leurs muscles et cette disproportion grotesque entre le tronc et les membres dont OU a fait la caractéristique du type australien.

Pour réduire cette appréciation à sa jtistê valeur, détli citations suffiront. « Parmi les Australiens que j'ai dbser^ vés^ dit Pickering) les uns étaient d'une lâidêUr ittdiciblé, mais d'autres^ contre toutes prévisions^ avaient uHë figuré réellement belle^ et nulle part je ne rencontrai TanîâigriS' sèment extrême dont on gratifie habituellement les Austfa* lienSd Qoelque étrange que cela paraisse, je considère dtt contraire rAosiralien comme le plus beau modèle des ptà^ portions humaines : ses muscles symétriquement dévëlôp» pés cstprinlent la force et Tagilitè^ sa tête peut être comparée au masque du philosophe antique. » L'infortuné Leichhardt^ que TAnglelerre cherche encore après vingtcinq années d'insuccès, s'exprime de même. Les indigènes deia baie dcMoreton, dit-il, fourniraient aux artistes une

source inépuisable d'études. Leurs proportions dans le$ deux sexes sont aussi pures que celles de la race caucasique '.

£n sorte que la première impression que l'on recueille de la lecture des voyageurs est contraire à Topinion généralement admise : les Australiens ne se ressembleraient pas entre eux.

D'autres descriptions, et en nombre infini, ont été tracées par Philipp, Tuckey, Collins, Barrington, Péron, Flinders^ Freycinet, K^îng, Lesson, Hombron^ Cunningham, Sturt^ Scott-Nind, Dawson,Wilkes, Haie, Bennett, MitcbeH, Grey, Stokes, Eyre, Howitt, Meredilh, Hodgkinson, Mackenzie, Rudesindo, Ëarl , Stanbridge , Blandowski, Beve-

ridge, Marcet, Wilhemi, Dunmore Lang, Martin, G. Lang, Jardine, Oldfield, Kennedy, Kroffl, etc., etc. Les uns n'ont vu les indigènes que dans une ou deux localités, et en ont généralisé la description ; les autres, avec plus d'expérience et dans une bonne. intention^ ont négligé leurs différences pour arriver à une moyenne ; d'autres ont regardé un peu en gens du monde.

£n somme , le doute persiste , et votre commission a pensé que la question suivante s'imposait tout d'abord à l'attention de son rapporteur : La race indigène est-elle une sur toute l'étendue du territoire australien, ainsi que le prétendent la plupart des navigateurs français et la presque universalité des auteurs anglais, ou bien est-elle multiple, comme le professe notre collègue M. de Rochas, lorsqu'il écrit que les Australiens ne se ressemblent pas plus entre eux que le Normand ne ressemble au Basque^ le Flamand au Provençal 7

Pour y répondre^ en l'absence des documents spéciaux que ces instructions ont pour objet précisément de susci-

^ Ludwig Leicbbardt, From Morelon io Porl-Essingtont in lSi4-45. Loiidon^ 1847^ ia-80.

ter, j'ai dû chercher dans le texte même des voyageurs les faits épars se rapportant à des tribus isolées, et je vous prierai de vouloir bien me suivre à travers ce continent d'une superficie de 7 750000 kilomètres carrés. Commençons notre périple par les côtes nord et nord-ouest, les moins entamées par la civilisation anglaise.

En jetant les yeux sur cette portion de la carte, nous y voyons : i* au centre, la terre d'Arnheim, qui regarde l'extrémité orientale des îles de la Sonde ; 2" à droite, le promontoire d'York, vis-à-vis de la Nouvelle-Guinée, et séparé de la terre d'Ârnheim parle vaste golfe de Garpenlerie; 3® à gauche et en bas les terres de Yan-Diémen et de Wltt, où abordèrent Tasman et Dampier.

La meilleure étude sur la péninsule d'York est celle du commissioner Jardine, qui concerne les quatre tribus des environs de Somerset, sur le détroit de Torrès, formant un total de deux cent cinquante à trois cents individus ^ (( Ces aborigènes, dit-il, sont très-noirs, ont une tête laineuse et sont au dernier degré de la dégradation physique et morale, o Puis il ajoute en avoir rencontré quelques-uns avec des cheveux droits, des traits proéminents et un type juif très-accusé (nez aquilin); d'autres d'une teinte claire approchant du rouge cuivré, et d'autres enfin ressemblant aux Papous par l'aspect en vadrouille de leurs cheveux de nuance rougeâtre. Ce mémoire est essentiellement ethnographique; néanmoins l'expression de laineuse {tmolly), rapprochée de l'indication des cheveux droits à titre d'exception, est très-explicite. Qu'elle soit ou non exagérée, elle établit que les tribus de Somerset sont négroïdes comme celles de Dampier, sinon nègres. Cette relation nous montre déjà le contact d'éléments ethniques très-divers.

^ John Jardine, Description of thê Neighbourhood of Somenetf Caps York {Journ, Roy, Gtogr, Soc, of Lwidon, vol. XXXVI).

Ayant de quitter cet endroit, notons ^ non pan Avec M. Jardine, mais avec son texte, que les lies de Mulgrave, de Banks et de Darnley à cette hauteur sont occupées par des tribus qu*il dît sauvages et belliqueuses^ mais chez les* quelles existe un léger degré de civilisation (emploi de Tare et des flèches, certaine culture de la terre) qa*on doit rapporter à une influence papoue.

Les documents sur hi terre d'Arnheitn en disent uâ peu plus sur les caractërcît physiques. Vers son angle nord-» ouest figurent les îles de Bathurrtt et de Melville, séparées du. continent et de la presqu'île de Cobourg par le golfe de Van-Diémen et le détroit de Clarerice. Au nord de ce golfe existait, il y a quelques années, la colonie de Port^Kssing» ton. Au sud s'élète aujourd'hui le Ptirt-Oarwiii, oft aboutit le grand télégraphe transcontinental, relié aux Indes par un câble sous^tnarln.

Les tribus des lies présentent avec la plupart des Ans-' traliens des différences assez sensibles poUf que EaH ait cru pouvoit* tes ott séparer et les rattacher atix Papous. King et le major Campbell les ont décHtes. n Ces indigènes sont bien faits de corps et de cuisses, dit ce dernier, mais ont de petites jambes en proportion et des pieds trèslarges* Ils ont le front bas, le derrière de la tête proéminent, les chôteux rudes eomme deê erins dé éheval^ épaii^, frisé» ou bouclés (curled) et noirs de jais, les sourcils et les os malahes extrêmement saillants, les yeux petits et enfoncés, le nez plat et court, la lèvre supérieure épaisse et saillante, la bouche très-grande, le menton petit et le bas de la face contracté '. Leur couleur est d'un noir de rouille (3) if et leur taille de i°*,OI à i",B3. Evidemment; il s'agit d'une race bien faite^ mais plus ou moins négroïde* Les pécheurs

> Major GsfflpbdU, TrunëaeiUM ofihé Roy&i Qeoffrap, Sot. of Londôn, année 1834.

malais affirment même avoir vu au milieu d'eux des têtes laineuses.

Passons sur le continent. Nous y trouvons deux ordres de tribus : les unes, plus intelligentes et mieux organisées, occupent les hauts plateaux de Tintérieur ; les au* treSy assez dissemblables^ mais ayant un fond négroïde qui les rapproche tantôt des insulaires de Mclville, tantôt des naturels du Port-du- Roi-Georges, sont très-inférieures par leur genre de vie, et se trouvent disséminées le long du littoral, n Un cercle de 500 milles, tracé autour du Port- Essington, ditËarl, comprendrait un nombre presque égal de tribus distinctes variant pour le teint du noir de suie du nègre au jaune rougeûtre du Polynésien et aussi différents par Taspect général que par leur condition sociale ** ))

Parmi les tribus de la côte, celles de la péninsule de Gobourg formeraient un premier groupe, qui semble, dit Ëarl, y avoir été refoulé par une pression venue du continent.

La plus disgracieuse est celle de File Croker et de la baie de RafÛe. Petits, mal bâtis, ayant des membres fort gréleS) un gros ventre, le buste peu développé et un ensemble repoussant, leurs yeux sont petits et leur scléiotique de ce blanc jaunâtre terne que nous avons déjà rencoutré au Port-du-Roi-Georges. Leurs cheveux, partagés eu tlocona sales, jaunes et emmêlés, sont généralement gro:$ et touffus, leur barbe et leurs favoris épais et bouclés « ol leur corps entièrement couvert de poils courts et crépus, au point de cacher absolument la peau des épaules et de la poitriue. Ils ont le visage large, de fortes arcades sourcilières, des pommelles saillantes et des lèvres proéminentes. C'est le type hideux déjà décrit par Dumont d'Urville. Un endroit de ce portrait se recommande à Taltention des voyageurs.

^ G.-W. Earl, Indian Àrchipelago, Papuant* L^ndoDi IS59«

Ces flocons ne désigneraient-ils pas des touffes séparées, s'enroulant à part comme chez les Papous?

Les tribus de Yarlo et d'Iyi^ non loin de celle-ci, Ini ressemblent, mais se composent d'individus mieux faits et plus grands. Une autre, celle d*Oîtbi , à quelque distance, s'en distingue par des caractères importants : des yeux très-obliques, un teint de peau très-clair et des cheveux droits et soveux.

Sauf cette exception, leur trait de rencontre est dans la nature des cheveux. Evidemment le mot propre pour l'exprimer a manqué aux auteurs anglais, à Earl comme à Campbell, comme à Dampier. Ceux de curled et de frizzled n'en disent pas acsez, celui de crisp en dit trop. Ainsi Stokes décrit aux indigènes du détroit de Clarence « des cheveux ni droits ni bouclés, mais crépus » , et plus loin, à propos d'une famille de la baie d'Adam, il s'exprime comme suit : « Leurs cheveux ne sont ni droits ni bouclés, mais ce que j'ai appelé crépus, c'està-dire de cette nature ondulée que Ton rencontre quelquefois en Europe ^ » II me semble que le mot crêpé rendrait mieux sa pensée, c'est-à-dire le degré d'entortillement immédiatement au-dessous de celui des cheveux des nègres africains. Ce serait la caractéristique de cette race des côtes par opposition à la race principale à cheveux lisses des Australiens.

Un autre trait commun aux indigènes de ces tribus est d'être grimaciers, bruyants^ toujours étonnés et turbulents comme des singes, nous dit M. Earl (monkey like).

Les tribus de l'intérieur sont tout autres. Plus nombreuses, mieux organisées, ayant des chefs et même des délégués a la côte pour y recueillir les objets qu'apportent

' ^Comin, Slokes, Discaveries in Ausiralia. Expédition du Beagle^ de 1637 à 1844. London, ISiS, S vol. in-S».

les Malais et les Européens, les individus dont elles se composent sont grands^ ont des formes puissantes el arrondies, un extérieur robuste, une attitude froide el digne, un maintien décent et réservé. Leurs cheveux sont fins et peu enclins à friser. Tandis que les indigènes delà côte vont totalement nus, eux portent une sorte de jupon de peau de kangouroo dont les dimensions^ plus grandes chez la femme, révèlent un certain sentiment de pudeur. Ils recueillent une graine qu'ils écrasent entre deux pierres et s'en confectionnent des pains qu'on fait cuire sous la cendre. Les tribus de la côte les ont en haute considération et en toutes circonstances leur témoignent une grande déférence. Nous signalons aux voyageurs l'étude anthropologique des caractères physiques de celte race, qui nous rappelle les indigènes graves et dénués de toute curiosité que Flinders et Stokes ont aperçus au fond du golfe de Garpenterie.

Si des hauts plateaux du centre de la presqu'île d'Arnheim nous voulions descendre vers la côte nord, nous y retrouverions dans les Iles Goulburn une race misérable analogue à celle de la baie de Raffle ^ puis^ à l'esté une tribu intelligente, celle de Jakalavara, estimée pour ses bons guides ; puis des tribus semblables à celles des hauts plateaux, qui se rapprochent périodiquement de la côte à la rencontre des pêcheurs de tripang ; et enfin, vers la corne occidentale du golfe de Garpenterie, des tribus intermédiaires, offrant des traits grossier^, un nez large et trèsépaléy associés à des formes massives, à de larges poitrines et à une physionomie agréable.

Maisilnous importe davantage de descendre à gauche vers la côte nord-ouest véritable, étendue de Tlle fiathurst à Tarchipel Garapier.

A en croire Stokes, toute la portion comprise entre le Porl-du-Roi-Georges IV et la baie de Roebuck serait habitée par des indigènes absolument semblables et qu'il dé^

peint sous des couleurs favorables ; mais cela ne fait que 270 kilomètres (200 milles) sur 2 000 environ^ et au-dessus comme au-dessous de cette portion on voit les équipages en* ropëens ôtre reçus tantôt par des naturels penands et craintifs qui s'ëtonnent de tout, tantôt par des tribus fières et hostiles qui attaquent et s'eflfrayent médiocrement de nos armes à feu. Stokes lui-même nous fait savoir que de toutes les côtes d'Australie, c*est celle où se rencontrent d'une façon constante les procédés de navigation les plus rudimentaires, le radeau ou le simple tronc d'arbre> tandis que les deux on trois fois où il a pénétré à quelque distance de la mer, en rameutant le cours d^une rivière, il a rencontré des pirogues bien faites et même des villages d'nne trentaine de huttes en écorce auxquels il s'attendait peu. N'est-ce pas sur cette côte d'ailleurs que Dampier et d'autres ont décrit des sauvages à cbeveux crêpés ou frisés, sans le moindre abri et n'ayant pas même la natation pour traverser de petits bras de mer 7 N'est-ce pas ici enfin , sur le cours de la rivière Glenelg, que sir G. Grey a rencontré des caims et autres indices d'un degré de civilisation relative dont seraient incapables les peuplades du littoral ^ ? Tout donc porte à croire que là, comme dans la section étudiée par Earl, existent deux ordres de tribus : les unes inférieures, plus ou moins négroïdes, éparpillées le long de la zone sablonneuse de l'Océan et dans les lies; les autres supérieures occupant les plateaux boisés en arrière»

M. J. Martin a bien décrit ces dernières. « Les indigènes de l'intérieur, à la baie de Roebuck, dit-il, sont supérieurs à ceux de la côte comme conformation pbysiqoe. Us sont mieux musclés, plus grands, plus intelligents et assurément d'une physionomie expressive et agréable. Ils ont les

t Sir 6. Grey, Kjtpfora^ofM tu NorM-TY^ft/^ni and We^twm Au9^ trtm^ de tSS7 à tSSS. Loodoo, s vol. in-S«.

yeux noirs et enfoncés» le nez aplati, les narines plus larges en tiavers que d'avant en arrière , la bouche plutôt grande et assez bien dessinée ; les lèvres ne sont pas épaisses^ le menton est moyen, le bas de la face proéminent. Les cheveux, livrés à eux-mêmes, se présentent en tire-bouchon ou boucles spirales de 3 à 4 pouces de longueur, dispersées par toute la tête. Leur nature est ondée, €rôpée ou frisée modérément, et leur couleur d'un noir de jais. L'usage dans les deux sexes est de les rassembler en arrière en une sorte de chignon. Ils s'occupent beaucoup de leur barbe et de leurs moustaches, d'ailleurs très-fournieç , et portent celles-ci relevées à la Victor-Emmanuel, on ramenées et attachées sous le menton. Leur peau est noire avec deux variétés de nuance : Tune bleuâtre^ l'autre rougeâtre *, »

Mais çà et là, au milieu d'eux^ M. J. Martin signale des divergences assez remarquables, « des profils de Polynésiens et d'autres de Kelœnonésiens de la première division » de Latham, la deuxième division répondant, pour M. Martin, au portrait qu'il vient de donner. (( Quant aux naturels de la côte (leur description est bien connue, sousentend-il), « il me suffira de dire qu'ils sont inférieurs, moins soigneux de leur personne et moins ingénieux à la chasse. »

Sans entrer dans les appréciations particulières à M. Martin, constatons que, témoin oculaire, il admet deux types de tribus aux environs de la baie de Roebuck, et dans celles-ci des types différents.

De ce premier aperçu il résulte que dans la région nord et nord-ouest du contiaent australien l'unité de la race indigène est loin d'être un fait établi. On y entrevoit, au coa«

1 James Mariin, EooploraHons in North'Wnt$m ÀutiraHa (Jimm, Aoyi Gfùgr, Soc. ofUmû^^ vol. XXXY, aonée tses),

traire, des modifications dues à l'immixtion d'éléments étrangers, comme le Papou ou le Malais, et à coup sûr une division en tribus inférieures et tribus supérieures. Celte distinction se retrouve dans le golfe de Carpenterie, où les tribus de la baie de Caledon, des lies deGroote, de Pelew, de Wellesley et du continent mériteraient d*élre étudiées à ce point de vue.

Le long de la côte ouest proprement dite, il serait non moins nécessaire de savoir à quoi s'en tenir. Les descriptions de Péron et de Freycinet de la baie des Chiens- Marins ou des Requins ', celle d'Oldfield de la rivière Murchison ^ celle de Rudesindo Salvado de la Nouvelle- Nursie ', celles de MM. Grey et Stokes de la rivière des Cygnes, celles de Scott-Nind * et de Quoy et G^ymard de King-- Georges 'Sound trahissent de notables différences entre les indigènes, au physique comme au moral. Les récits des pionniers de l'intérieur, Stirling, Roe, Gregory, Austin,

^ Freycinet a écrit que les indigènes cJe la baie des Chiens-Marins ne buvaient que de l'eau de mer. L^asserlion me parut d'abord hasardée. M. Stoki'S^ en efTei, insiste sur l'habileté des Australiens du littoral à se procortT de l'eau en épongeant la rosée du matin sur les feuilles et en recueillant la sève des arbres, et sur le peu qu'il leur suffit. Robert Dawàon raconte aussi comment ils font des trous dans le sable avec lenrs ongles et aspirent avec un chalumeau les quelques gouttes qui se présentent. Je me rappelai ensuite que les i^aysans de Pulna et de Sediitz, en Bohême, creusent des puits dont ils font usage quelque temps^ mais qu'ils sont obligés de les abandonner au fur et à mesure que Teau devient salée. Depuis, cependant, j'ai retrouvé un passage où M. Stokes vit un petit puits sale dont les indigènes, pressés par la soif, faisaient qnelquerois usage en petite quantité, tout près du littoral.

* A. OIdGeld, On (lie Ahorigines of Awtrcdia (Trans, Ethn, Soc» ofLon^ don, vol. lU, nouv. sér., année 1865).

s Rudesindo Sai vado, Mémoires sur V Australie occidentale en f 84S. Traduit de l'italien. Paris, 1S54.

* D» S.oli-Nind , Relation of his Voyage io King-George-Sound, d<j tSST-lsao (Joum. Roy. Geogr.Soc, ofLondon, yoU 1, ann. 1831).

Dempster, Robinson, Hnnt et Forrest^ qaoiqae insoiffisants^ les laissent aussi entrevoir ^

Enfin, dans qnelqaes-nnes des descriptions spéciales, on ne tarde pas à découvrir des discordances qui donnent à penser que Tauteur, souvent à son insu, a réuni et con- * fondu des tribus tout à fait dissemblables.

Ainsi Scott-Nindy qui en J829 a décrit les naturels de King-Georges-Sound, ou Port-du-Roi-Georges , et que tous ont plus ou moins copié, raconte qu'ils n'ont aucun procédé de locomotion sur l'eau et ne savent pas nager; qu'ils n'ont ni filet, ni hameçon, ni ligne et ne savent prendre que le poisson proche du rivage^ notamment les poissons plats abandonnés dans les fiaques d'eau^ qu'ils n'ont aucun lien social J pas même de division en tribus, et se quittent ou se rassemblent comme les pousse la saison on leur caprice. Et plus loin, au contraire, il parle de tri* bus de la côte et de tribus de Tintérieur se rendant mutuellement visite, de classes distinctes parmi elles, et donne des renseignements fort précieux sur l'existence de la propriété collective et de la propriété individuelle, passage qui, par parenthèse, a été absolument omis dans la traduction presque textuelle de Montemont et dans la reproduction qu'en a donnée Rienzi. Ainsi se fait la science ! ' Évidemment , les deux passages ne s'appliquent pas aux mêmes indigènes, et Ton s'aperçoit en effet que Scott- Nind étend sa description de Ring-Georges-Sound aux tribus environnantes jusqu'à la rivière des Cygnes, éloignée de 360 kilomètres (270 milles), tribus que le commissionner Stokes regarde comme différentes de celles de King-Georges-Sound.

1 La dernière expédition de Forrest en 1870 de.la rivière des Cygnes à Adélaïde^ el celle de Broinrn en 1871 sont les plus rccenles dans cette région. La première par le peu des indigènes. Je n'ai pu me procurer la seconde.

La iiiém« observation s'adresse attt relations de MMi Old^ field et Grey. Elles ne paraissent pas se eiroonscrire aux tribus qu'elles ont en vuei Ainsi M« Oldfield affirme que cdes indigènes répandus dans l'espace compris entre la rivière 'Murcbison et la baie des Requins possèdent plus de caractères de la famille nègre que dans toute autre partie de TAustralie. » Il les représente ne sachant ni nager ni distinguer sur un dessin un navire ou un arbre d'une figure humaine^ et les gratifie en même temps de caractères ethniques assez avancés.

Quoi qu'il en soit) la résultante générale^ admise par tous les auteurs, des indigènes de la côte occidentale, de son angle nord-ouest à son angle sud-ouest, est un degré d'infériorité très-prononcé par rapport à ceux du reste de l'Australie et en particulier de la côte nord-est«

Dans cette dernière région, en effet, aux abords des stations d'Ëndeavour, de Rockingham, de Keppel et de Moreton, s^pparalt une race noble, fîère, belle et bien constituée au physique, qui, à mon avis^ se continue avec celle du centre et s'identifie avec celle des hauts plateaux de Ëarh C'est là qu'on rencontre les pirogues les plus perfectionnées, le moins de rudesse pour la femme, l'esprit le plus hostile aux empiétements des Européens^ le plus d'intelligence et sans doute le plus d'aptitude à notre civilisation, si on savait les prendre. C'est là que Leichhardt s'extasiait sur la beauté du sauvage australien. Les descriptions du capitaine Cookf de M. Dalrymple, du docteur J.-D. Lang, de MM. Kennedy» Ë» Hodgkinson et Ë4 Maroet concernent cette race ^

1 Dalrymple, Report ofhis Journey lo Rockingham-Bay {Journt Roy, Geogr.Soc, ofLondon, vol. XXXV.— D' J.-Dunmore Laog, Onthe Origin, Mannersand Cuitomsofth$AboriginesofQueensland. London, iS63, pet. in-80.— Ed. Marcel, Notice sur le nord-est de V Australie. Genève, 18Si.

— C. HodgkiasoD, From Port-Macquarie to Moreton-Bay, London, ISift,

— E.-B. Kennedy^ Four Years in Queenskmd* London, S« édit<, 1870

Uo peu au-dessous de la baie de Moretoa commence la oAte sud-est, qu'il nous faut examiner, et où les Anglais prirent pied en 4788. La race originelle de Porl-Jackson» représentée par quinze cents individus lorsqu'à cette époque le premier gouverneur, Philipp, en fit le recense-* ment) se réduit aujourd'hui à un seul^ du nom de Moany, et pour la connaître, il faut remonter aux relations d'à* lors, résumées dans les deux volumes publiés en 1802 par CoUins, et à celles de Freycinet en 1819, de Dumont d'Urville et Lesson en 1826, et de Wilkes^ Pickering et Haie en 1839 '.

GoUins, après avoir donné la description physique des indigènes^ à laquelle a puisé Dumont dTrville et qui est conforme à celle des naturels du Port-du-Roi-Georges, remarque déjà que l'une des tribus de la baie est supérieure aux autres et que les indigènes qu'on rencontre dans le bois n'ont pas la même physionomie que ceux au milieu desquels il vit. Dès 1788,1e capitaine Hunter avait noté la présence à Port-Jackson de femmes aussi claires que dea mulâtresses, au milieu d'individus très-noirs ; Tune même était de couleur cuivre claire. Freycinet, à son tour, dépeint les tribus du voisinage de Sydney comme «les échantillons les plus disgracieux de Tespèce humaine », mais s'étonne de découvrir à côté « des figures très-jolies où se retrouve tout l'agrément de nos formes européennes». Il note aussi que les montagnards des environs ont les membres mieux développés et plus longs. Dumont d'Urville est également surpris d'apercevoir à la Corroborie des tribus tout entières

^ Gov. Philipp, Voyage à Botany-Day en 1788* Traduction française. Paris, 1791. — G. Barringion, Voyage to Sort-South Wales, London, 1810.— Collins. Account of ihe Colony of North- South VVaîes. London, 1S02. S vol. -- Wllkes, expédition of IKe Uniied^States in t838<-18t9. Philadi1|ihie, iSiA* 10 vol. Le volume VI est Ue H. Haie et le vottttne IX deCb Pickering.

formées d'hommes vigoureux, agiles, aux membres charnus et bien proportionnés, contrastant avec les formes grêles et émaciées du littoral. Lesson s'exprime ainsi sur la tribu de Cowpasture : «Les hommes, dit-il, y sont petits, de 4 pieds 7 ou 8 ponces, mais sont bien musclés et ont de solides mollets. » C'est une tribu croisée ou intermédiaire. Il est peu de voyageurs dans cette région qui, à leur insu et sans en tirer de déduction, n'aient constaté de ces contrastes entre des individus laids et des individus beaux, entre ceux qui vivent à la côte et ceux qui viennent de l'intérieur, ce que fait comprendre le passage suivant de Haie : « Nous avons rencontré auprès de Sydney, dit-il, des naturels des parties les plus éloignées de la colonie, de la baie de Moreton à la rivière Muraya, et de la cdle jusqu'à 300 milles dans l'intérieur. » Un colon écrit au Journal de Sydney, en 1826, «que les indigènes des sept tribus de Bathurst logées sur le revers occidental des montagnes Bleues sont grands et bien conformés. Leur chef, de belle figure, servirait de modèle pour une statue d' Apollon. » Rappelons enfin que Pickering observait à Sydney lorsqu'il signalait une si grande différence entre ses deux types australiens.

Les essais de civilisation sur les populations de ces localités nous apportent aussi qaelque lumière. Les unes, comme celles de Port-Jackson et de Gumberland, se sont montrées absolument réfractaires. C'est à la première qu'appartenait le chef Boungari, ainsi que le fameux Benilong, qui, après avoir goûté de la civilisation en Angleterre et y avoir reçu quelque instruction, se hâta à son retour de jeter ses vêlements et de reprendre la vie sauvage. C'est pour la seconde que le gouverneur Macquarie fit construire un village qu'ils laissèrent tomber en ruines, préférant coucher nus et en plein air. Et cependant il existe des tribus dans la Nouvelle- Galles du Sud qui ont des villages assez confortables, et si les indigènes de la côte n'ont aucun abri, remarque Barrington,

ceux de l'intérieur possèdent des demeures fixes en ëcorce.

D'autres tribus, au contraire, donnent d'excellents résultats aux philanthropes^ par exemple celle de Port-Stcphens, dont je recommande hautement de lire la description si étendue de Robert Dawson% et que Cunningham aussi regarde comme très-civilisée, comparativement à la tribu de Newcastle, qui^ de son côté, Test plus que celle de Cumberland *.

N'oublions pas enfin qu'on signale dans le voisinage de Sydney bon nombre de tribus cuivrées, entre autres celles dePort-Macquarie,que Cunningham dit « très- belliqueuses et très-redoutées des tribus foncées environnantes » .

De cet ensemble de faits il résulte que les tribus de cette portion de la côte australienne et des environs de Sydney sont très-variées au physique comme au moral ; qu'il y en a à plusieurs degrés intellectuels ; que celles immédiatement voisines de la côte (je souligne ces mots comme R. Dawson) sont inférieures à celles de l'intérieur; et qu'en somme, aujourd'hui comme en 1788, Timmense majorité des indigènes de cette région appartient à la race supérieure. La mauvaise réputation faite à celte localité par le voyage de r Astrolabe et par Rienzi^ et le nombre de mendiants ivres et abrutis qu'on voyait récemment encore dans les faubourgs de Sydney n'y changent rien. L'étroite zone du littoral où étaient cantonnées ces tribus inférieures ne semble d'ailleurs pas se continuer plus bas.

Au sud de Port-Jackson se rencontre en efifet la baie de Jervis. Les sauvages qu'y vit Grant, vers 1800, étaient grands et vigoureux avec des cheveux longs et bouclés'. La

' Robert Dawson, ihe Présent State ofÀustralia and ofits Aborigiinei.

LondoD, 1S31. 1 vol. L*uDe des relations au jour le jour les plus in«

struciives que j'aie lues sur les indigènes de la c6ie orientale.

* Cunningham, Two Years In Norih-South WaUs. London, 1817. a vol*

s Graut, Narrative ofa Voyage to North-Soulh Wales, Loadon^ 1804*

race parnt à Dumont d'Urville loi* même supérieure à celle du Port-du-Roi-6eorges. Moine laids et mieux proportionnés, ils avaient des huttes, des pirogues et quelques vagues notions de dessin.

Plus au sud, là où trône aujourd'hui Melbourne, la métropole de TAustralie, les indigènes, quoique en face de la Tasraanie, et peut-être pour cela si certaine doctrine anglaise sur l'invasion du continent est vraie , étaient, au dire de Tuckey, en i802, supérieurs à tous ceux qu'il avait rencontrés jusque-là. C'est parmi eux que résida )e convict Buckley pendant trente-trois ans sans rien tenter, de crainte de compromettre sa sécurité^ pour les rallier à nos usages. Dumont d'Urville leur vit un campement de quarante à cinquante huttes. Les naturels de Port-Philipp, dit M. J.-T. Gellibrands,'sont robustes, athlétiques, très-intelligents et rapides de perception ; quelques-uns sont beaux {handsome) de leur personne. M. Btokes^ en 1840, ajoute que la tribu de Geelong est de plus belle race que celles des côtes occidentales. M. Ch. Meredith, en i844, confirme ces aperçus. «Je n'ai jamais vu, dît-il, de figures plus gracieuses, et en grand nombre, que parmi les noirs des tribus de Port-Philipp, ou Port-Western, et de Yarra. Il y a des hommes dont Tair est très-vénérable et la tournure toute patricienne {Roman like nobiiity of contour). On leur voit des armes et quelques menus objets curieusement sculptés. Certaines créatures cependant sont affi'euses : un corps gros, des jambes comme des fuseaux et des tètes plates et arrondies. » Ce seraient donc des tribus mixtes ^

1 J.-H. Tuckey, Voyag9 to Port-Philipp, London, 1805. — J.-T. Gellibrands, A Trip to Port-PhUipp in 1836 {Trantact. PhUof. huiitul of Vicloriaj t. Ifl, annéd t859). — Ch. Merediib, Nof$9 on fforih^South Wàles in 1830-U. London, 18U, in-tS.— Wedge, On thê Country around Port-Philipp, Bitiokê d$ Buckky {Joum. Hoy, Geogr, 8oe. of London, année 1888).

Mais, entre ceax de la côte et ceux de IMntériear^ il existe des différences. M. 0. Rrefft^ en 1854, s'éloigne de Melbourne dans la direction du nord. Les 7 ou 8 premières lieues, il ne rencontre que des indigènes des deux sexes petits et décrépis et des enfants comme maladifs. A rétape suivante^ l'amélioration dans le type commence à se manifester. Aux suivantes^ c'étaient de solides gaillards, grands et bien construits, plusieurs dépassant 6 pieds et Tun même atteignant presque 7 pieds. Les femmes étaient taillées sur le même patron et avaient aussi une physionomie intelligente ^

Les renseignements nous font défaut sur la côte qui remonte ensuite à l'ouest jusqu'à Tile des Rangourous. Là^ sur la portion du continent qui est en face^ Dumont dlTrville fit la rencontre «de deux individus passablement bien proportionnés, ayant un teint foncé, des traits réguliers, d'assez beaux yeux et des cheveux noirs très-unis. Loin d'être repoussants, comme la plupart des Australiens, ils semblent, dit-il, appartenir à une autre race moins disgraciée, n Témoignage important dans sa bouche.

De l'autre cftté du golfe de Spencer cependant, dans la presqu'île de Lincoln, la race inférieure réparait : des indi* vidus petits, chétifs^ n'ayant jadis aucune notion de navigation (Piinders), et aujourd'hui ne sachant pas encore se fabriquer des hameçons (Cti. Wilhemi). Ceux de l'embouchure du Ifurray, à cftté, sont du même type, mais déjà modifié. Les hommes y ont des bras el des jambes misérables^ mais avec de larges épaules ; les femmes, des membres plus grêles encore, avec de gros ventres et des seins tombant fort bas (Peter Beveridge). Quelques beaux hom-

^ Gérard Krefft, On the Manners and Customs ofthe Aborigines of the' lower Murray and Darîhig {Transactof PhU. Soc.of North-SouthWalet^ ▼0). de lS6i-65}.

doivent exister deux ordres de tribus, les unes à cheveux négroïdes^ les autres à cheveux lisses, et pour le moins des tribus mixtes formées des deux éléments? Bturt, deux jours après, rencontre ensemble deux beaux garçons avec deux femmes laides. N'en serait-ce point la confirmation^ et ne B*agit-il pas là d'une union prise sur le fait de tribqs belles avec des trjbus laides dont le produit serait pitécisément le type moyen dépeint plus tard par Mackenzie?

Les indigènes que vit sir Mitchell sur le Bogan et le Df^r* ling étaient généralement beaux et intelligents. Mais, au milieu d'un grand rassemblement df tribus dont l'aspect ordinaire lui était familier, il s'étonne d'en voir apparaîtra une d'un tout autre cachet; les pommettes élevées et le nez comprimé en étaient les caractères marquants. Un peu plus loin, il voit un indigène au nez mince et aquilin K Bl souvent, comme Cunningham, il parle de tribus au teint de cuivre clair.

De ce premier aperçu des tribus du e#ntre de la Nouvelle» Galles du lànd, il résulte que dans eettp région, comme sud les cdtes nord^ouest, ouest et sud-est, se manifestept des différences notables.

Remontons plus haut^ dans la province de Queensland. Huber y parle des indigènes de la rivière Paroo et du mont Murchison, la limite à atteindre en 1^64 pour trouver la belle race australienne dans sa pureté native, commQ ayant une taille plus élevée que dans les autres parties du continent, un corps svelte, une peau luisante d'une chaude couleur brune, de l'activité et de l'adresse ^ Ce sont eux qui, pendant dix-huit ans, recueillirent le naufragé Morill et,

1 tMajorT.-L. Mitchell, r/tr«e Expéditions in Eastern Australia in \9Zi-n9, London, 1839, 2" édtl.; ei Expédition into the Interior of TYopical Awfralia in I8i7. London. 1848, 1 vol.

* Huber, A travers V Australie en 1963-64 {BuU, Soc. Géogr,, Paris, 1865).

en 1861/âoQBèrent de si touchants témoignages d'intérêt à King, le seul survivant de l'expédition Burke.

Au delà, en plein centre, vers le nord et le nordouest (l'ouest n'est pas encore connu), les voyageurs sont unanimes. Dans les forêts, les prairies ou les déserts, sur les montagnes comme dans les plaines, partout ils dépeignent rAustralien comme l'image de ce que l'état sauvage peut ofifrir de plus splendide au point de vue physique. Stuart, dans ses fournées préparatoires au nord du lac Torrens, rencontre déjà des indigènes plus grands et plus forts que leurs congénères du Sud. Plus tard, dans ses trois expéditions d'Adélaïde vers le nord, à toutes les pages de son journal il répète la même phrase : « Ce sont de beaux hommes, grands, bien musclés, de bonne mine, hardis et courageux. » Dans le canton de Bishop-Creek, non loin des sources de l'Adélaïde, il est obligé de reculer devant une attaque régulière en deux colonnes d'une foule d'indigènes qu'il décrit ainsi : « Ils sont grands, musclés^ bien faits et d'un type tout différent de ceux du Sud. Ils n'ont ni le nez large et aplati, ni la bouche grande, ni les sourcils proéminents. L'un d'eQ]( a plus de 6 pieds et une longue chevelure flottant sur les épaules. Leur attitude est superfoe, et certes, ajoute-t^il, ce n'est pas chez cette race forte et vigoureuse qu'il faut chercher le ventre proéminent et les membres grêles dont nos faiseurs de caricatures ont gratiflé les tribus indigènes. » Mae' Kinlay, le premier qui ait conduit pu troupeau de bœufs, de moutons et de oha«* meau^ de la mer du Sud au golfe de Carpenterie, s^extasie de même sur le développement admirable de ces populations douces et réservées. «C'est la plus belle race quej^aie vue dans lescolonies, dit-il^ par 27 degrés de latitude sud.»

lVi}U, Lan4sbppo^g}^, teicl^haffdt s'jB3f;priment d^ mèm^. *•

> J.-M.*D. Siaart, Bxphrmlhn in AustraUa in ISSS.tSSS. Lon-

Et cependant, à la fontaine de Kekwick, à une faible distance de Bishop-Greek, dans un pays riche» Stuart rencontre une autre race^ la plus petite et la plus misérable qu'il ait jamais vue : des hommes grêles de 5 pieds à peine, des femmes affreuses, puis dans les plaines de Sturt une race intermédiaire dont un des individus de couleur jaune claire.

Par conséquent^ ici comme dans la Nouvelle-Galles^ comme à la côte, nous nous trouvons en présence de tribus très-dissemblables : les unes belles, robustes et grandes, les autres petites et chëlives; les unes se rapprochant du type moyen des Australiens, les autres s'en écartant par la conformation du nez, des yeux, des arcades sourcilières, de la bouche ou du teint.

Avant de me résumer sur l'ensemble de cette première partie, il me parait nécessaire de prévenir une objection.

Les attributs de la race disgraciée, c'est-à-dire sa petite taille, Tétroitesse de la poitrine, la saillie du ventre, Témaciation des muscles et la disproportion entre le tronc et les membres, tiendraient exclusivement au genre de vie et à l'alimentation. Tous les auteurs anglais le répètent. Les navigateurs de l'Astrolabe citent à Tappui le cas non de deux Australiennes, mais de deux Tasmaniennes qui, enlevées par des pécheurs européens, auraient repris des formes arrondies et même de Tobésité.

Evidemment ralimentation insuffisante a une influence sur rémaciation du corps. L'habitude de ces malheureux de manger outre mesure, quand l'occasion s'en présente, entre pour une forte part dans la saillie du ventre, bien qu'on ait cité des ventres plats ou creux parmi ces mêmes tribus. Mais cette explication ne suffît pas à tout. La taille,

don, 1864, ÎD-So. — Mac Kinlay, His Explorations accross AustraUa, London, 1843. — J. Wills, Exploration of Awtralia from M9lbourn9 to GtUfofCarpmtme by Burkê and WHl$. London, 1863.

la petitesse da thorax, rallongement des seins jusqu'an pabis dans quelques cas, la forme des pieds, plats on en massue, l'absence des mollets alors que les antres mnscles sont comparativement assez développés, Patrophie des jambes plus grande que celle des bras, ne sont pas absolument justifiés par les mauvaises conditions hygiéniques. Un amaigrissement accidentel poussé à ce point que les extrémités inférieures soient réduites à un fémur et à un tibia recouverts de peau, comme le disent Quoy et Gaymard des naturels du Port-du*Roi-Georges, devrait s'accompagner de désordres intérieurs graves. La première conséquence d'une pareille hygiène ne devrait-elle pas être le rachitisme? Or les voyageurs n'en parlent pas, et Dnmont d'Urville assure qu'à Port-Jackson on ne voyait a ni bossus ni tortus ».

En second lieu^ tous les médecins savent que la faculté d'être sec ou obèse est inhérente à l'organisation de Tindividu et résiste souvent à tous les efforts tentés dans un sens ou dans un autre. Ce qui est vrai d'un individu dans une race aussi discordante que la nôtre peut aussi se présenter sur taus les individus d'une race plus homogène. Si l'émaciation du système musculaire est aussi prononcée dans la race australienne en question, si elle a été constatée sur tant de points différents à la fois , c'est donc sans doute que son organisation s'y prête.

Les tribus les plus misérables ne sont pas toujours indiquées sur les points les plus arides du littoral. On rencontre dans rOuest et le Nord*Ouest des tribus d'un degré plus élevé en des endroits semblables à ceux du Port-du- Roi-Georges ou de Broken-Bay^ à côté de Port-Jackson. La race hideuse vue par Sturt sur les bords du Murrumbidge, et comparable à celle des côtes, occupait des lieux fa-* vorisés pour la chasse, la pèche et la récolte des productions naturelles du sol. La race misérable rencontrée par

Sldaii aux Kekwiék^Sprin§$ habitait une contrée bien ar*roséei splendidement herbeuse, dit la carte (f/»/tfndi«f/yf**af-> itd), et formée .'d'un soi d'alluvion noir et profond. 8i les différenoes entre la race disgraciée et la belle race n'é* taient dues qu'à la pauvreté du pays, celle-ci dans la con« trée désolée signalée par Sturt près du plateau d'Oxley^ non loin du Maequarie^ aurait dû être amaigrie et aToir des membres disproportionnés^ ce qui n'éiail pas. Bnfin, sur plusieurs pointa du continent» on Yoildes tribus ché^ tives et des tribus robustes virre côte à côte des mêmes ressources* De méme^ Ton rencontre dans une tribu des individus des deux typesj attestant à la fois et le caractère miate de cette tribu, et le peu d'influence des conditions extérieures. Freycinet a constaté des cas de ce genre à Port-Jackson même, et Quoy et Gaymard au Port-du-Roi Oeorges.

Le bord de la mer^ que bon noolbre de ces tribus occu-^ penti n'est déjà pas si stérile* Il suffît de s'y baisser pour y ramasser des varechs nutritifs et des coquillages dont Tu^^ sage est d'ailleurs établi par la découverte de nombreux kjdkkenmôddings. La presqu'île de Péron, si aride et si sablonneuse, abondait en kangourous. Si petite qu'elle paraisse, l'intelligence ne fait pas défaut à cette race infé«> rieure pour subvenir ou parer à ses premiers besoins. Là où l'indigène de Tintérieur met à nu les racines d'un encw* lyptui pour étancher sa soif, l'indigène des côtes se couvre Testomac de terre pour se rafraîchir et patienter*

Ënûni si la race australienne principale est presque (ixei la race chétive est presque nomade { toujours - elle est en mouvement'i et TAustralie n'est pas si peuplée que le moindre déplacement ne puisse amener des malheureux souffrant de la faim et de l'intempérie des saisons à trott« ver un endroit disponible plus favorisé. Les animaux le font bien*

Je n€ saurais donc admettre qae les caracières profonds qui, de l'avea des Yoyageurs, distiogoent les deux ordres de Iribas soient inhérents à rînsnfllsance et à rirrégolaritë de leors rep&s ^.

En rësaméi il existerait en Australiei non compris un petit nomlH*û de tHbns à part rappelant par lenra caractères physiques les races aryenne, janna proprement dite, malaise ou paponci trois ordres de tribus d'une manière générale t les premières inférieures^ plus ou moins disgraciées et négroïdes, disséminées çà et là dans le centre du continent, mais davantage le long de certaines côtes comme la baie Galédon, la .baie de Raffle^ le PortHlu«Roi Georges, le Port-Lincoln^ le Port-Jackson et dans les lies du nord, du nord-ouest et de l'ouest; les secondes supérieures, à cheveux franchement longs et lisses, répandues partout, mais en majorité dans Tiotérieur; les troisièmes résultant du croisement ou du mélange des précédentes et reproduisant tous les degrés intermédiaires.

Un fait mérite d'être remarqué. Contrairement à ce qui a lieu d'ordinaire, la race supérieure, c*est-à-dire, selpn la règle» la race conquérante, occuperait, d^une façon générale, le centre de Tlle; et la race inférieure ou soumise, sa périphérie. La disposition des lieux l'explique. Presque tout autour de TAustralie s'étend une zone aride et sablonneuse au delà de laquelle le sol s'élève pour donner lieu à une contrée luxuriante. La race intelligente s'est donc emparée

) n Left tribus tés inteus notiri'lôs ei les plus robustes ont les coulsors les ptas citires, • a dU eliiuitele révérend Shurmann. C'esi uae simple eoificidence. Car traverse serait plus ralioonel. Une nourriiure succulente produit plus de fer, plus de pigment; l'anémie amôue la décoloration des téguments. « La peau des tribus du Nord, qui bablicnl un pays pauvre, est plus foncée, dit aussi Wilbemi ; celle des tribus du Sud et de ru(?st est d*une coloration cuivrée, a La même réponse peut lat «trs llite.

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des cantons favorisés, laissant à la race paria le littoral ingrat.

Dès qne le rivage redevient favorable, la race supérieure y apparaît, comme sur la côte nord-est, au fond du golfe de Carpenterie, au voisinage de Melbourne et en cent autres en droils. Il résulte de cette alternance le long des côtes de tribus différentes, que les premiers navigateurs^ selon le point où ils abordaient, se trouvaient en contact tantôt avec des êtres malingres^ petits et plus ou moins négroïdes, tantôt avec de beaux gaillards grands et bien faits. Mais la zone envahie par la civilisation européenne est précisément celle qu'occupaient ces races inférieures. Ce sont elles qui les premières ont attiré Tattenlion. C'est sur elles^ ne sachant ni reculer^ ni subvenir à leurs besoins dans le milieu nouveau qu'on leur imposait, ni résister à leurs appétits pour l'alcool, qu'a frappé la moi*talilé. Aussi, la race supérieure se maintient-elle un peu, comme celle des Indiens aux Etats-Unis, tandis que l'inférieure disparaît à vue d'œii.

Ainsi s'explique la diversité des portraits qu'on a tracés des Australiens, pourquoi les navigateurs les ont dépeints sous des aspects différents, pourquoi les voyageurs du centre les ont trouvés mieux faits, plus beaux que ceux du littoral, pourquoi pendant longtemps on les a considérés comme les êtres les plus hideux de la création, tandis qu'aujourd'hui^ par une réaction exagérée^ on en ferait des modèle spour la statuaire.

Cette première partie aboutit par conséquent à deux propositions fondamentales, que la seconde mettra encore en relief : 1* les tribus australiennes présentent de nombreuses variétés, moins accentuées que ne Ta avancé M. Rochas, mais très^réelles ; 2^ il est une race inférieure, négroïde, qu'il faut séparer de la race principale plus éle* vée. La première est au-dessus de toute contestation. Quant

à la seconde^ elle résulte de l'analyse sans parti pris de travaux nombreux.

Les caractères physiques de cette race, je ne me le dissimule pas, ne sont pas arrêtés comme je Teusse voulu. Le type primitif pur en est sans doute éteint. Ce qu'on en retrouve aujourd'hui est déjà modifié, comme à Port-Lincoln et à l'embouchure du M urray. Mais très- certainement il était mieux caractérisé il y a deux cents ans, lorsque Dampier a dit que ses cheveux ressemblaient à ceux des nègres d'Afrique et non à ceux des Hindous. Le croisement avec la race principale, qui déjà s'opérait depuis des siècles, s'est encore continué depuis. Un fait surtout a dû le favoriser et ressort de nombreuses observations. Les femmes australiennes ne sont pas en proportion du nombre des hommes. Est-ce une chose récente, résultant de coutumes que nous dirons, ou en a-t-il toujours été ainsi? Peu importe. Mais il s'ensuit, avec l'habitude qu'ont les jeunes Australiens d'enlever par violence leurs épouses aux tribus voisines, que les tribus de race supérieure ont dû lever de forts impôts en femmes sur les tribus inférieures. D'où la création de ces multitudes de tribus croisées qui compliquent singulièrement la question anthropologique. Ainsi s'explique pourquoi les voyageurs signalent fréquemment des femmes très-laides à côté d'hommes fort beaux. On ne saurait en arguer que toutes les femmes d'Australie sont laides, car on en voit de jolies de figure et de belles et grandes de stature. La seule déduction à en tirer, c'est que la présence de femmes laides dans des tribus belles témoigne de leur origine, le sexe féminin conservant mieux le type originel de la race.

Les instructions générales à donner aux voyageurs français en Australie découlent de ce qui précède : choisir les tribus les plus pures, les mieux caractérisées ; s'attacher aux plus intelligentes comme aux plus abruties, aux plus

belleg commo aux plus l^idefi, et l«i élq^i^r ioqs tous les rapports pouvant conduire à déterminer le^ir iodividu^iUté ethnique, L'ëcu^il 4 éviter résuUe de oe fait, que noua espéroqa «ivoir otis en lumière, & a^yoir : que dea tribus diffé^ rentea, pures ou eroiaées, vivent cftte à côte dona toute rétendue du contiqenl. La carte ethqogniphique de TAua* tralie ainsi pompriae figurerait une mosaïque. Telle section renfermerait une aeule de nos diviaious, telle autre lea renfermerait toutes aans aucun ordre. Les groupea d'ohaer«> vationa ne devront dope porter que sur une seule tribu à In foisj et dans certains cas sur une aeule famille. C'est le contraire qu'on a fait jusqu'ici, et c'est pour avoir trop généralisé qu'on a méconnu notre distinction.

A défaut de tribus ou même de familles entièrea aaaes pures, les travailleurs s'atlacberont aux individua qui a^é«* cartcut du type moyen de cette tribu ou de cette famille, o'cat^à'dira à ces cas d'atavisme qui, fort heureusement pour l'anlbropologie, reproduisent le type d'ancôtres dls«parus et permettent de retracer les éléments conatituanta d'une race mixte ou métisse. Gerdy prétendait qu'il n'y a plus de races purea.

Les caractères physiques ou anatomiquea : telle aérait, pour la plupart dea autbropologiatea français, la meilleure hase de toute çlasaificalion dea races humainea et ce qn'ilt sollicitent en première ligne. Passons donc en revae oeux qu'on attribue aux Australiens d'une manière générale, et insistons sur leurs différences.

Les diveraea couleurs de la peau indiquées sont le noir de jais, le noir bleuâtre ou oliv&tre, la couleur de rouille ou de sai^, la couleur chocolat, les diverses nuances du jaune brun, du biatre et do rouge cuivré plus ou moins foncé, el même

des teintes claires. Hanter ^ et Barrington ont vu^ dans les premières années de l'occupation de Sydney^ des filles indigènes aussi claires que des mulâtresses. L'auteur dé A Pieture of Australia (London, i8S9) rapporte que les nouveau-nés sont d'un brun rougeâtre. R. Dawson les dil de couleur cuivrée claire à la naissance et brune foncée ou noire un an après. Le docteur Lang assure que les indigènes de Queensland et de toute la côte est et sud sont plutôt enivrés que noirs.

Pour ma part, il m'a paru, diaprés toutes les relations qqe j*ai suivies, qu'on pourrait partager TAustralie en deux portions par une ligne oblique étendue de Textrème nord* est à Textréme sud* ouest, la portion située à Test tirant sur le cuivré^ ]a portion à Touest sur le noir foncé. 11 m'a semblé aussi que là qù se montrent les tribus sopérieures la teinte est cuivrée ou y tend plus ou moins, tandis que^ dans les endroits où sont refoulées les tribus inférieures, la teinte noire franche prédomine. C'est parmi ces âer« nières exclusivement que se rencontre la teinte jaune temô de la sclérotique.

Le système pileux des Australiens eslextraordinairement développé au cuir chevelu>^ comme à la figure et snr lacorps. Les poils recouvrent notamment la poitrine et les épaules au point de les cacher tout à fait. Cependant on a signalé, dans Touest et dans le centre du continent, queU ques individus cbauves, sinon une tribu entière. Mac Kinlay, en 1862, raiàenait à Sydney un jeune homme de dix-sepi ans ayant le crâne aussi poli qu'une bille de billard, aveo des traits et un teint asiatique. Entre las Australiens qu'il a vus au Nord et ceux du Midi, Hombron indique une diffé« rence : les premiers auraient les moustaches et la barbo

1 Jobn Hanter, Bistorical Journal ofthe Transactions at Pori^Jcckson «ific« ihefiMeatkm ofPhilipp^s Voyagé de 1797 à 179t. London^ t79f,

crépues et abondantes ; les seconds, peu fournies. Dampier est le seul qui ait dépeint des Australiens sans barbe. R. Dawson se borne à parler de barbe rare (thin).

La longueur des cheveux, le second de leurs caractères, est en général aussi remarquable dans la race supérieure, qui d'elle-même s'intitule sur quelques points la race noire aux longs cheveux^ que dans la race inférieure, plus ou moins négroïde. Hombron a fait le premier cette remarque, et je fus moi-même très-étonné de voir des figures authentiques de TasmanienS} qui passent pour avoir des cheveux laineux, représentées dans l'ouvrage dé M. Bonwick avec de grosses et longues boucles tombant en tirebouchon. Mais il semble qu'en Australie, où déjà se rencontrent tant de singularités, il faille [encore admettre celle-ci : des cheveux à la fois longs et laineux, circonstance qui a pu induire en erreur plus d'un voyageur. Hombron, malgré sa confusion probable de mots, mérite d'être médité à cet égard, a La chevelure des Australiens septentrionaux, dit-il, est laineuse, sans être crépue, et retombe en longues mèches contournées en tire-bouchon, ce qui leur donne l'aspect de ces têtes de fleuves couvertes de conferves qui ornent les bassins de nos parcs. )>

Dumont d'Urville, qui a décrit les cheveux des naturels du Port-du-Roi-Georges comme frisés sans être laineux, aurait avoué plus tard qu'il les avait en réalité trouvés laineux, quoique longs, mais ne s'était pas imaginé que ces deux qualités pussent être réunies. C'est un point à élucider.

Les véritables cheveux laineux, comme ceux d'Afrique, c'est-à-dire tout à la fois courts et crépus, se rencontrent cependant. Le nègre de l'intérieur représenté par Pickering en est peut-être un exemple. Les noirs de Dampier en seraient un autre. Il y en aurait dans les lies de Bathurst et de Melville comme au cap York. M. Stanbridge en signale

quelques cas, isolés il est vrai, parmi les indigènes de la province de Victoria. Des auteurs dont cela contrarie les idées d'unité, comme M. G.-S. Lang, TadmeUent. Enfin il existe au Muséum un tableau d'échantillons de cheveux recueillis sur le continent australien ; l'un d'eux est court et laineux et ressemble à de petits amas de crins mêlés et entortillés.

Il est une autre variété qui demande à être regardée de prèsy c'est celle qui a pour caractéristique l'insertion des cheveux sur le cuir chevelu en touffes séparées, disposition qui en Papouasie donne lieu à tant de variétés d'aspect selon que les indigènes les portent coupés, peignés ou hérissés, et dont la principale, dite en vadrouille, a donné son nom à la race papoue. Jardine a signalé cette dernière a Somerset. Il est probable que l'insertion en touffes est commune dans les lies de Bathurst et de Melvilie, et très-vraisemblablement elle est plus fréquente qu'on ne croit dans toute rétendue du continent.

On sait que le caractère des cheveux des Papous disparaît lorsqu'ils se croisent avec les Malais ou les Battaks. Peutêtre persiste-t-il davantage avec les Australiens. Il en résulterait un précieux moyen de diagnostic pour reconnaître la présence de sang papou en Australie. A coup sûr, la disposition en mèches est une des plus constantes sur les figures données par les voyageurs, que les cheveux soient longs ou courts, droits, ondulés, frisés, bouclés ou crépus.

Quoi qu'il en soit de ces variétés, les cheveux droits^ longs et lisses, plus ou moins ondulés, sont de règle. Ceux du Muséum, sauf Téchantillon unique dont j'ai parlé, sont longs, parallèles, ondulés et de moyenne grosseur et consistance. Les voyageurs les disent en outre tantôt durs et roides, tantôt fins et souples, et, tandis que Campbell com« pare ceux des lies de Melville et de Bathurst à des crins de

ehevali Wilkes dépeint ceux du voisinage de Sydney eomme bouclés et plus soyeux môme que ceux des Européens.

Sturt et d'autres parlent notamment d'une femme, au Aord'Ouest du lac Torrens^ qui les portait en longues boucles lustrées. Stuart insiste sur la belle chevelure flottante de quelques individus du centre.

Pour ces diverses variétés, j'engage à comparer la figure de l'indigène de Queensland qui est dans l'ouvrage de M. Bonwick, celle de l'indigène du lac Macquarie donnée par M. Wilkes, les quatre ou cinq représentées dans le livre de Mitchell, celle de Pickering et les huit figures de l'atlas de MM. Lesueur et Petit. Elles font comprendre les difiicultés qu'ont éprouvées Freycinet, Stokes, Earl et tant d'autres à rendre exactement les différences entre les di-« verses chevelures qu'ils rencontraient.

Ainsi il existerait en Australie: 1^ des cheveux longs, lisses et rudes ; 2^ des cheveux longs^ lisses ei soyeux ] 3» des cheveux longs^ ondés^ ondulés ou plus ou moins boudés; 4« des cheveux longs^ plus ou moins frisés^ crêpés ou crépus^ sinon laineux; 5^ des cheveux courts et crépus, ou laineux proprement dits^ c'est-à-dire toutes les variétés intermédiaires que produirait le croisement de cheveux longs et droits avec des chevaux courts et crépus *; et 6° enfin des cheveux en touffes comme ceux des Papous. Les caractères de la chevelure suffiraient donc à prouver^ à

1 « La chevelure, dit M. G.-S. Lang. partisan de l'unilé de la race atistralieniie est, eti général, noire, rude, plaie et ondulée, mais ou en trouve exceptionnelletnent de brunes et de biondes, de soyeuses, de crépues et de laineuses. > [Aborigènes dé Victoria, Melbourne, 1SI9> in-8«.)

Plusieurs Australiens ayant visité Londres en 1854, M.-R. G. Lalham rendit ainsi compte de leurs cheveux à la Société d'ethnologie : a lis sOht plus crépus et frisés en boucles (more; critp and curly) qu*on ne s*y attendrait par les deseriptibas courantes. i»

défkut anjoardlmi de tjpes extrêmes pars, qae la race aastralienne est sinon double, da moins formée de deux éléments superposés*.

Les voyageurs s'attacheront donc à distinguer ces diverses variétés et à recliercher spécialement les trois dernières. La Société leur recommande d*en recueillir de nombreux échantillons qu^ étiqueteront sur place. Us n'oublieroùt pas non plus la barbe ni les poils du corps^ dont le caractère crépu m'a paru résister le plus longtemps an métissage.

Quant à leur couleur^ elle varie du noir de jais brillant, comme ceux des Malais, au brun Fodcé. Les nuances rougeâtres ou jaunâtres signalées tiendraient aux préparations diverses dont ils font usage. La nuance blonde rencontrée par Mm. Uniacke^ Rudesîndo, etc., aurait là mêine origine. L'emploi de ces préparations m'a semblé plus commun dans le Nord^ et se retrouve dans la Nouvelle-Guinée et jusque chez lés négritos des Philippines.

Les observateurs auront à se prémunir contre une cause d^erreur : Thabitude des indigènes de s'enduire la cheve* lure de corps gras^ de la saupoudrer d'ocre et de la partager en mèches arrondies avec de la gomme pour y suspen()re toute sorte d'objets, lis n'oublieront pas de la faire nettoyer avant de porter un jugement.

Une télé énorme contrastant aussi bien avec les formes sveltes et élancées de la grande race qu'avec la poitHne resserrée el les membres courts et émaciés de la petite,

< Les deux écbaniUtons de chevcui auslraliens examinés aa tttlcroscope> pat* M. Pruneh-Bey (MM. Soc. ûnlhrop., t. II, (). 10) se réparlî^enl ainsi : un premier proyenant du PorI «du -Roi -Georges, qii*iL regarda comme suspect, parce qu'ilut tris-énrouié, ce qui prouve cornbi(3n ii Taut se délier des idées préconçues; un second composé de cheveux plus fins, mais bouclés el à sections très-aptaties. Les deux passages mis en italique sont des caractères ilégroMes.

tel est un des caractères ensuite indiqués par les auteurs. Et cependant ce n'est pas exact : les arcades sourcilières et l'abondance des cheveux causent toute Tillusion. Le crâne australien, tout au contraire, est le plus petit de l'échelle humaine. Sa circonférence horizontale maxima sur les 18 que j'ai mesurés est en moyenne de 496 millimètres, 31 de moins que sur 13 bas bretons pris pour terme de comparaison; et sa circonférence transverse passant pur les trous auditifs, de 400 millimètres, 38 de moins que sur les mêmes bas bretons : ce que démontre mieux encore la comparaison des capacités de la cavité crânienne. Sur les 8 Australiens que j'ai pu mesurer, cette capacité est de i 332 centimètres cubes en moyenne^ 200 de moins que sur les 354 Parisiens de M. Broca. Sur la longue liste publiée par M. Vogt, de cette même capacité chez les différents peuples, le crâne australien occupe le premier rang pour la petitesse.

Les écarts toutefois sont sensibles. Les chiffres maximum et minimum dans ma série sont de 1164 centimètres sur une femme^ et de 1 350 sur un homme. Sur les 24 crânes de M. Barnard Davis il y en a 1 de 1 094, 1 de 1 173^ 3 de 1472, et même 1 de 1 710 centimètres cubes *.

La généralité des crânes australiens sont franchement dolichocéphales, mais quelques exceptions se présentent. Ainsi rindice céphalique de mes 18 varie de 70,65 à 78,40, et la moyenne en est de 73,58, mais deux dépassent 78. Celui des 15 choisis par M. B. Davis oscille entre 68 et 75, mais un de ceux qu'il laisse de côté a 80. Gh. Grad, dans son résumé sur les aborigènes de l'Australie^ s'exprime ainsi : (( D'autres ont une couleur bistre, des cheveux crépus et floconneux et la boite osseuse du crâne passablement ronde. » A mon grand regret, je n'ai pu retrouver le pas-

i Barnard Davis, Thésaurus craniorum, London, 1867, in-8«.

sage qu'il reproduit. Rappelons aussi que la télé de nègre sculptée dont nous reparlerons et que Grey a découverte sur la rivière Glenelg est régulièrement arrondie. D'autre part, Dalrymple donne aux indigènes de la baie de Rockingham une tête bullet shaped, que je traduis par le mot^/obuleuse. Stokes et d'autres parlent sur la côte nord-ouest de deux ou trois individus à la tête assez arrondie. Ces quelques faits suffîsent-ils à donner à penser qu'un élément bracbycéphale, nègre ou malais, a passé par rAustralie et y a laissé des traces 7 Ce qui est indéniable, c'est que les crânes australiens de nos collections ne sont pas construits sur un même type.

Ainsi MM. Carter Blake et Busk ont parlé de crânes à la baie de Moreton d'un type spécial^ ayant le sommet déprimé et les sinus frontaux peu proéminents^ tandis que la disposition du vertex en toit ou en pain de sucre et la saillie des arcades sourcilières ont longtemps été regardées, et le sont encore par quelques-uns, comme la caractéristique du crâne australien. Le premier de ces savants va plus loin, et dans la séance du 15 novembre 1870 de la Société anthropologique de Londres s'exprime comme il suit : « Il y a quatre variétés connues de crânes australiens : le crâne tectocéphale, décrit par Ecker, et qui serait le type fondamental ; le crâne de Queensland et de Moreton-Bay , étudié par Huxley, les deux crânes offerts à la Société de Londres par M. H. Akinson ; et le crâne brachycéphale trouvé par le docteur Peel. » L'un de ceux d'Adélaïde qui figurent dans le Thésaurus crantorum de M. Davis porte cette mention : a Ce crâne présente une conformation presque absolument eu* ropéenne. » Moi-même, dans mon travail sur les Tasmaniens S je disais incidemment que l'unité du type austra*

1 Paul Topinard,. Etude sur les Tasmaniens, 4« fasc. du tome III des Mémoires de la Société d'anthropologie, Paris, 1871.

lieQ ne ressoTialt pas de la série de erftiies que j'avais sous les yeux, et qu'à première vue on j distiuf^uait au moins deux types différents.

Aujourd'hui^ grâbe à la bienveillance du Muséum , ma série s^élève à dix-huit, et je suis arrivé à la partager sans grand effort de la manière suivante :

i" Un premier groupe^ caractérisé par la régularité et la simplicité des formes, qui partout s'arrondisseiit, notamment dans les régions frontale et occipitale ; par la petitesse du crâtlé dans son ensemble ) par un aspect plus bestial, un progrlâlhiàme double ëotisidérable^ des fosses canines profondes; par Teffacemetlt de la glabelle et des arcades SDui^cilières, la profondeur des orbites, qui sont arrondies^ laissant néanttioins à cette régioii son air sinistre et renfoncé \ pai* liti front bombé et assez élevé; et ehtln pdl^ uhe fotme en rëetangfle de l'ovale crânien vu d*&n b£iut> les bosses pHHétales élat'gissant et i'eportant thèé'ebat'riôrë lit partie la plus large de éet ovale. Ce gt-oupese ôompoêe de sept erâhes ou moules, dont deux sont repirésentés danâ tuon étude sur les TasmanienS) et se subdivise en deiilc variétés t l'une daàs laquelle les diamètres veHicalix. tous raccourcis^ donnent à l'ensemble de la tête une forme arrondie ou éorasëe» l'atitre dans laquelle ils sont allongés et comme étirés de haut en bas ;

9» Un scebnd gt'outio^ Caractérisé par des fbrmes rudes^ hetirtées, dos arcades sdurcilièrés volumineuses^ une glabelle en crête transversale qili augmente encore la profondeur de l'échancrure de Is^ radnô du neZ) un vertex souvent en toit) en pain de sucre ou en dos d'âne^ des orbites carrées et profondes^ un prognathisme moindre, et entln un front fuyant dont la courbe rappelle celle de NéandertbaU remarque que je tiens de notre collègue le docteur Haray. La figure n^ 1 de rÂustralieo, de Lùcae dans les leçons de M. Vogt^ en donne bien le profil. Le crÂne de Port-Wes^

tern, décrit et figaré par Haxlej dans son livre De la place de Vhomme dan» la nature, rentre dans ce gronpe^ qni est réprésenté dans ma série par huit crftnes*;

3' Un troisième groupe , oh je n*ai qu'une pièce, un moule offert par Retzîas. Il est remarquable par la disposition du sommet de la télé en carène comme cbes les Tasmaniens, Tétroitesse du front, l'aplatissement des fosses temporales, l'absence de glabelle et d'arcades sourcilières et l'effacement des fosses canines. Face, crâne et orbites y sont allongés Terticalement ;

4<* Dans un quatrième groupe je relègue deui crânes mal tranchés, l'un â rapprocher de mon premier ou de mon troisième type, l'autre tout à fait à part.

Dans la première de ces divisions je verrais volontiers la race inférieure des côtes, et précisément il se trouve que le seul de ces crânes dont la provenance soit indiquée vienne de Port-Jackson. Dans la seconde je verrais au contraire, le type australien aujourd'hui prédominant^ celui de la race virile et vigoureuse que l'on découvre atr centre, dans Queenslaud^ dans les montagnes Bleues, sur les bords de la rivière Macquarie^ etc. ; Tuti d'eux vient de Port- Essington, où, à côté de tribus hideuses, on a signalé des tribus mieux conditionnées.

Une objection toutefois se présente : c'est que mon preinier type offre tous les attributs que l'on est dans l'habitude de rapporter au sexe féminin ; et mon second, ceux au ct^ntraire qui font reconnaître le sexe masculin. Hais l'opposition entre les deux est si grande, les différences dépassent tellement ce qu'on voit habituellement, qu'on ne peut s'empêcher d'y admettre autre ctiose que des différences sexuelles. Ainsi que je l'ai dit, les tribus pures

* Il esl i remarquer que, dans b série de crtoes Usmanieos qne i*ai étudiée précéjcmmeol, la Csce se rapporte par un grand nombre de points I ce second lype.

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n'existent plus guère en Australie ; les croisements entre les deux races principales s*y poursuivent depuis nombre de siècles. C'est le sexe féminin qui conserve le plus longtemps les traits les plus accusés du type primitif, et c'est eu lui que nous devons retrouver les traces les plus pures. D'ailleurs, un des crânes les mieux caractérisés du premier groupe appartient à coup sûr au sexe masculin.

Je pose donc en fait que les dix-huit crânes australiens du Muséum de Paris sont très-dissemblables et se composent de trois ou quatre types distincts, qui, conformément aux observations de M. Carter Blake à Londres et aux conclusions de la première partie de ce rapport^ basée sur les récits seuls des voyageurs, démontrent que les races australiennes sont multiples.

Les caractères révélés ensuite par les voyageurs sont la proéminence des arcades sourcilières, qui, chargées de sourcils épais, surplombent au-dessus des yeux, enchâssés dans les orbites ; un front étroit et fuyant^ un grand développement de toute la partie de la tête située en arrière des oreilles, et des os épais.

Le premier n'est pas constant. Ou a vu que près de la moitié de nos crânes du Muséum ont la^ glabelle et les arcades sourcilières effacées. Le docteur Carter. Blake dit que les sinus frontaux des crânes de la baie de Moreton sont moins développés que sur les crânes australiens ordinaires. Sluart dit expressément des naturels de Hayivard- CreeA qu'ils n'ont pas les sourcils proéminents. MM. King, Grey et Stokes parlent dans le même sens d'individus dans le Nord-Ouest.

Le front, toujours plus ou moins étroit et fuyant, Test cependant à des degrés divers. Sur plusieurs de nos crânes, il est assez élevé et arrondi, comme sur bon nombre de nègres africains.. Les indigènes de Port-Jackson ont le front haut et étroit, dit Wilkes. Un individu de Tile de

Bathurst avait le front remarqnableiuent élevé, quoiqu'il eût, dit Stokes, des arcades sourcilières très-fortes. Souvent, en effet, le caractère fuyant tient en partie au relief que font ces arcades en avant et à la base du front. On les enlèverait, que le front sur quelques-uns de nos crânes s'élèverait verticalement. Haie, Tun des partisans de l'unité ^ australienne, s'esprime ainsi : «Leur front est étroit, quelquefois fuyant, mais souvent haut et proéminent. »

Quant au développement de la moitié postérieure de la lèle, je n'en connais aucune exception, ni dans les récits des voyageurs ni dans nos collections. Souvent même la région épactale présente comme un gonflement ovoïde trèscurieux. Aussi, dans mon mémoire cité, ai-je qualifié la dolichocéphalie des Australiens de dolicliocéplialie occipitale, parce que c'est la portion postérieure qui, toutes choses égales^ contribue le plus à rallongement du crâne et au volume du cerveau .

L*épaississement et le poids des os de la tète^ médiocres sur quelques-uns de nos sujets, sont considérables chez la plupart. Le premier est souvent indiqué dans les relations et M. Mackenzie assure que les coups de tomahawk qu'ils se distribuent sur le crâne n'y produisent guère d'efifet. *

Le nez est une des caractéristiques de la face australienne^ et peut-être la plus importante. Il est gros dans tonte son étendue, épais et vulgaire. Son cachet tient au développement de sa portion cartilagineuse et au déjettement en dehors de ses narines dilatées et comme tendues aux effluves, caractère qui a pu être exagéré par l'habitude, aujourd'hui moins répandue, de se passer un bâton à travers la cloison des narines.

Ni à la racine ni sur le dos il ne mérite en général Tépithète à'épaie. La dépression de sa racine est très-profonde, mais quelquefois efifacée, ainsi que l'a re^iàrqué Robert Dawson sur le vivant. Sa largeur à la racine est médiocre.

et au*de880QS de sa peau se dessine toujours Tapète en toit que forment les deux os propres. De là, le dos se dirige obliquement en bas et en avant, et ne s'élargit bnis-i queroent qu*à une courte distance de la pointe. La largeur de cette base est presque égale à la hauteur totale et^ sur les deux Australiens du docteur Scherzer de /a Novara^ me-» sure 52 millicnètres, tandis qu'elle n'en a que 3S sur vingt* six Chinois et 39 sur neuf Javanais ^, Quant aux ouvertures des narines, ovales, à grosse extrémité en dehors, à grand diamètre transversal, leur plan regarde en bas, en avant et un peu en dehors. Toutes ces dispositions ont été retrou* vées par le docteur Hamy sur des noirs de Tlnde.

Le4 variantes à ce type ne portent guère que aur la ligne du dos, sur son obliquité ou son degré de saillie on d'écrasement* Sur une série de onze bustes du Muséum re« présentant toute une famille de Melbourne, le dos du nex est droit ou légèrement convexe, la pointe aplatie ou recourbée en bas. Je recommande sous ce rapport l'atlas de Péron et les planches de sir Mitcheii. Les voyageurs, eux, manquent de précision ; ils parlant de nea épatés ou éora-* ses, de nés droits, de nez retroussés et de nei convexes ou aquilins^ « Leurs traits sont moins épatés que ceux des né* grès du Mozambique, » dit Freycinet des indigènes de la l)aie des Chiens -Marins, « Le nez est presque toujours plal à Port^ackson, » ajoute*t*il. « 11 est très-déprimé entre les yeux et élargi à sa base, » écrii; Wilkes dans lu même ]o<« calité, « 11 est court, épaté et renforcé à la naissance, » dit Péron. Jardine à Somerset, Freycinet et Haie à Port«Jack*" souj R. Oawson à Port^Stepbens, Mitcheii sur les bords do Darling ont cité des nez aquilins. Ce point demande à être éclairci. La voussure du nez due au recourbement de la

\ D' KarlSoberser ot D^ Ed. Schwsrs, KxpééHkm iê la ff99ûra. parcl« sulhropologiqoa, WieB, t8i7.

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