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poiote en baa n'arrive*M) pus k produire l'aspect aquilm T Toujours est-il que plusieurs auteurs ont peusé que le nés australien était primitîveiueut aquiliu, et Wi)kes attril>ue sa forme actuelle à des manœuvres exercées par la mère sur l'enfant, manoeuvres dont R« Dawsou parle aussi. Cependant, lorsque Milehellj au milieu d'un rassemblement â offrant le type dont il a donné les portraits et que nous avons déerit^ remarque « un uea milieu et aquîlin » , le doute n'est pas possible ^
Des yeux profondément enehâsséa dans les orbiles for» ment un autre caractère. Ces yeux sont noirs^ roux, gris ou bruns, et petits, disent les uns,*** grands, assurent d'autres.
La paupière présenterait une particularité mal définie : Dampier, Ring et Stokes ont remarqué que les indigènea des eôles du nord-ouest la tiennent toujours demi-abaissée et l'attribuent à l'ennui que causent les moucbes dans ces parages. Roherl DawsoQi au voisinage de Porl^Stepbens, parle de leurs paupières tombantes.
Les orifices des orbites, sur notre série de crânes, présentent de notables différences ; arrondis sur un type, nette* ment quadrilatèrea aur un auire^ plus hauts que larges sur deux sujetSi leur ai(e est oblique sur deux et sensible^ ment borisqntal sur lea autres,
La boucbe, parfois bien dessinée et de moyenne gran«
1 M. le professeur Broca, (Jaas un récent travail sur l'indice nasal inséré dans le premier fascicule des BuUetins de la Société d'anthropologie de \S72, c'est-à-dire sur le rapport de la largeur à la longueur du squc* leUe du neZ| a trouvé que cet tndfce variait en moyenne de 40 à iS dans Isa raees blascbes, el de SO à ftS dani les races noires, les races isuses tenant le milieu. Eb bien, sur les quatorse Âuàiraliena qu'il a o^surôSi les deux indices minimum étaient de 42 à 50 et les deus maximum de 56 à 62. Si la loi qui résulte de ses recherches se confirme, ces écarts considérables prouveraient donc que les quatorze crftnes qn'il avait à sa disposition appartenaient à deui races différentes, l'aue blaa« cba, rsatie »oire«
denr, est ordinairement fort grande. Le docteur Scherzer, dans le conrs de l'expédition de la Novara^ a mesuré sa largeur sur 2 hommes et 2 femmes; sur les premiers elle était de 66 millimètres et sur les seconds de 63^ tandis que 26 Chinois l'avaient de 47 et 3 Chinoises de 43. Son intérieur, au dire de Péron, a la môme coloration noire que la peau.
Les lèvres sont épaisses, fortes : la supérieure tantôt modérément retroussée^ tantôt verticale et appliquée ; Tinférieure volumineuse, saillante et parfois même pendante, mais jamais autant que chez les nègres d'Afrique.
Le prognathisme, c'est-à-dire Tobliquité en avant des mâchoires, de leurs bords alvéolaires et des dents, est très-variable. Quoy et Gaymard Tout indiqué «iu Port-du-Roi- Georges par le mot de mufle; mais ailleurs les voyageurs en font à peine mention. Pourtant sur Tune des figures de Péron il est considérable^ sur la généralité des crânes dessinés par les auteurs il est très-apparent, et sur la série de nos crânes du Muséum il présente toutes les variétés possibles, depuis le prognathisme alvéolo-dentaire double comprenant le maxillaire supérieur à partir du sommet des apophyses ou à partir du plancher des fosses nasales et le corps du maxillaire inférieur, jusqu'au prognathisme limité aux dents supérieures. Une fois même, le sujet, une jeune femme^ pouvait passer pour orthognatbe. D'une manière générale, mon premier type est infiniment plus prognathe que le second. On se rappelle que sur la tête offerte à la Société par M. le professeur Martins l'exagération dn prognathisme fît l'étonnement de tous ; eh bien, certains crânes de ce premier type sont plus prognathes encore, sans atteindre cependant les proportions de quelques faces de nègres africains au Muséum.
La beauté des dents cause^ l'admiration de tous lescolens. Elles sont blanches, unies, bien plantées et supportées, la rangée supérieure par une arcade alvéolaire à bords la té-
radx parallèles oa légèrement infléchis en dedans. M. A. M'Lead assure qae, parmi les tribus de Gipp's-land (Victoria), les incisives ressemblent aux petites molaires, et M. Eyre déclare de son côté avoir vu de nombreux cas, dans ses voyages, où les incisives et les canines ne présentaient aucune différence : faits importants qu'il faudra re- ^ chercher avec soin. Lesson a rencontré une fois 34 dents sur un naturel de Port-Jackson,
Le maxillaire supérieur est développé tantôt en largeur avec des fosses canines profondes ou effacées, tantôt au contraire en hauteur. L'inférieur, presque toujours petit, se montre par exception large et carré du bas. Le menton est souvent indiqué comme rétréci. Sur les onze membres de la famille de Melbourne, il est presque absent^ tant il est fuyant et sans pointe. Le cou, qui lui fait suite^ serait gros et court selon les uns, petit et court selon d'autres.
Est-il besoin, après tous ces détails, d'insister sur la physionomie générale de la tête? Nous l'avons dit^ à côté d'une tête visiblement allongée par en bas et aplatie en travers, on en voit qui semblent s'arrondir de toutes parts et s'écraser de bas en haut. Ce qui saule davantage aux yeux d'autres fois, c'est le prognathisme ; ou le nez que nous avons décrit ; ou la saiUie énorme des arcades orbitaires ; ou la disposition en toit ou en pain de sucre^ ordinairement masquée sur le vivant par des cheveux en broussaille^ trèsapparente sur la figure 16 de l'ouvrage de Vogt^ sur le crâne de Port-Ëssington dans l'atlas de Dumontier, sur plusieurs de notre second type, et bien décrite par MM. Bœcker, Martin, Lucse^ Pruner-Bey, etc. ; ou Tétroitesse du bas du front, les deux plans verticaux qui lui font suite sur les côtés aboutissant à un occiput globuleux ; ou encore l'aspect tout asiatique de la face : pommettes élevées (Mitchell, Bennett, Stanbridge, Stephens^ Stnart, etc.), écartées et saillantes
sous les téguments^ ouvertures palpébrales obliques ou
même bridées (Mitcbell, Mac Kinlay)^ configuratioa da bas de la face en triangle à sommet au menton et à base nuii pommettes, comme sur le naturel de Tintérieur do Picke^ ring. L'association de plusieurs de ces caractères: ]e crâne en pain de sucre, le resserrement des tempes, Tclargissement des pommettes et la contraction du menton, arrive à donner, remarquons-le, le véritable cr&ne mongoloïde de M. Pruner-Bey.
En somme, la face comme le crâne présente de trèsnotables différences , qui accusent Texistence de race^ diverses en Australie, ou tout au moins Tintervention d'éléments multiples dans la formation de la race aujourd'hui prédominante^ et Ton ne saurait trop insister sur la nécessité de recueillir des crânes sur lesquels le voyageur devra immédiatement inscrire un numéro d'ordre, le nom de la tribu et celui de la localité, en reproduisant de suite le inéme numéro sur le maxillaire inférieur.
Les renseignements sur la taille sont nombreux, mais précisent mal Torigine des indigènes observés. Les plus grands écarts constatés sont de 144 millimètres sur un Australien de la baie des Requins qui se trouvait mêlé à douze autres de 177 millimètres (Oldfîeld), et de 213 milli* mètres sur un vieillard de Ghambers-River, dans un pays de rintérieur où se touchaient des types fort dissemblables, les uns de 152 millimètres environ, les autres de 182 millimètres (Stuarl),
Les gens du Nord, d'une manière générale, m'ont paru plus grands que ceux du Midi. Sur les trois qu'a mesurés Flinders, les deux du Nord, à Bentick-Island, avaient i 90 millimètres; celui de Ring-George-Sound, au Midi, 171 millimètres. Au voisinage de Roebuck-Bay, la taille varierait, d'après M, Stokes, de 167 à 177. A Tile Bathurst, elle serait de 173; à l'Ile Melville, de 161 à 182 (Campbell).
Les indigènes de la côte sont plus petits en général quo
ceax à quelques lieues en arrière. Wilkes, à Port-Jackson^ a trouvé 157 sur deux individus, et Gaymard^ au Port-du- Roi-Georges, 160, tandis que M. Gregory, sur les hauts plateaux en arrière, dans TOnest, accuse de 187 à 190. Dans un même groupe de tribus il y a des différences : Lesson a trouvé 162 à 167 dans celle do Broken-Bay et 148 à 151 dans celle de Cow-Pasture, toutes deux maritimes et près de Port- Jackson. Ces mesures ont toutes été prises sur des hommes. Le docteur Scherzer, sur quatre sujets, a trouvé 155 pojur les deux femmes et 162 pour les deux hommes; -M. Stanbridge, dans les tribus centrales de Victoria, 152 à 182 pour les hommes et 147 à 170 pour les femmes.
La moyenne générale à adopter serait donc de 150 à 180, comme Ta pensé M. Ëyre, ou mieux de 150 à 190. . Les impressions des voyageurs feraient croire à de plus grands écarts, et je suppose qu'une attitude gênée ou ramassée de la petite race cbétive a dû quelquefois les tromper. La stature, au contraire, sur les belles races est si parfaite, qu'un fil à plomb, dit H. Gb. Mereditb, tomberait du som* met de la tête à plusieurs pouces en arrière des talons, sta* ture que le costume européen avantage plus que leur état 4e nudité, ajoute-t-îL
Le corps des Australiens diffère singulièrement, comme nous l'avons vu. Dans la race de haute taille, les muscles sont vigoureux et bien développés, quoique plutôt grêles, quelques-uns les ayant cependant gros et charnus. Dans celle de petite taille, ils sont réduits à leur plus simple expression, au point de rappeler aux membres inférieurs la maladif appelée atrophie muieulaire progressive. Dans tontes deux on a observé des gens obèses. Sur les uns la poitrine est large, sur les autres étroite. Les épaules sont fortes, massives et athlétiques chez les premiers, rondes et comme difformes chez les seconds. La clavicule de ceux qu'a exa« minés M. Eyre était petite. Les oi da troue et des meoi-
— sabres, à l'inverse de ceux du crâne, sont frêles et légers, disent MM. Ecker et B. Davif^, chez les femmes surtout. Pour les proporlions des squelettes, je renvoie à la mensuration spécialement des sept qui se trouvent dans le Thésaurus craniorum de ce dernier *.
Le ventre varie aussi ; il est proéminent^ plat ou creux. Les seins sont hémisphériques et bien faits chez quelques jeunes femmes, coniques et trop longs chez d'autres, flasques et pendants sur le plus grand nombre, même avant rallaitement, et dans ce cas descendant même jusqu'audessous de l'ombilic. La mensuration régulière de leurs bassins serait fort utile à prendre.
Les attaches des poignets et des mains sont petites, les mains aussi. Je m'abstiens de donner les mesures prises sur le vivant par l'expédition de la Novara , elles ne portent que sur deux hommes et deux femmes, sans indication de leur origine.
Les pieds sont tantôt petits et bien faits, tantôt gros et en massue (club shapé) selon la tribu. M. Stuart reconnaissait les traces des indigènes du centre à Fefifacement du creux plantaire et au volume du pied. Une fois il rencontra des empreintes fines et tout européennes. « Le calcanéum fait une forte saillie en arrière, dit Hombron des Australiens méridionaux. Les orteils, dans les deux sexes, sont gros et tournés en dedans, dit le révérend Mackenzie. Richard Howitt assure que leurs pieds, non retenus dans des chaussures, pourraient leur servir de mains accès soires. a Une lance ou un boomerang tombe-t-il à terre, dit-il, qu'ils le saisissent avec les orteils, le lancent en
1 Le docieur Hamy, qui en ce inonicnl s'occupe des proporlious du squelette daus les races humaines, me disait que dans le irès- petit nombre de squeleiles australiens que Pon possède en Europe (huit), il 8*ea trouve qui affectent des proportions nigritiques et d'autres, au coutraire, des proportions voisines de celles des Européens.
Tair et le reçoivent dans la main en se baissant à peine.»
Sous le rapport des mollets^ les Australiens se partagent en deux catégories. Ceux de l'Ouest (Rudesindo) et de TAustralie méridionale (Eyre) n'en ont pas, tandis que ceux de la baie de Moreton (D"" Lang) et du haut Murray (Eyre) les ont bien développés : ce qui concorde avec la distribution des races que nous y avons reconnues. Lesson^ remarquant que « les indigènes en arrière de Sydney ont les muscles jumeaux et saillants très-prononcés », sous-entend que ceux de la côte les ont fort peu.
Un dernier caractère est Todeur forte et repoussante, étrangère à la malpropreté, que dégagent les Australiens. « Elle est telle, dit M. Mackenzie, que les bestiaux la reconnaissent à distance, et se trouvent ainsi avertis de leur approche.» On sait que les nègres d'Afrique et les Chinois (D' Martin) jouissent du même privilège, et j'ai constaté par moi-même, aux Etats-Unis, ce qui y est de notoriété, que certaine race aryenne se trouve dans le même cas.
MM. Quoy et Gaimardont entrepris certaines recherches sur les pulsations des Australiens et Péron sur leur force musculaire. Il serait bon de les reprendre.
Sans vouloir m'arrêter à la femme en particulier, je rappellerai que les voyageurs en décrivent deux types trèsdistincts : l'un, tout ce qu'il y a de plus hideux, de plus bestial et de plus repoussant au monde ; l'autre, formé de femmes bien faîtes, aux reins larges, à la taille svelte, à la poitrine ample et développée, aux traits et à Tensemble fort agréables. Les premières, ordinairement maigres et de petite taille, appartiennent évidemment à la race inférieure -, les secondes, de hante taille, à Tantre race, a Les femmes, dit Uniacke, pendant son voyage an nord-est de Sydney, étaient supérieures en beauté aux hommes et à tout sauvage que j'aie jamais vu. ^ «Certaines jeunes filles, dit M. Eyre^ feraient un modèle parfait pour le seul-
ptear. t Que Ton consulte à cet égard quelques-unes des figures de Pôron et de Mitcliell, et qu'on les compare à d'aulres de M. Bonwick I
Si parmi les Anglais quelques anatomistes seuls ont signalé certaines des différences physiques que présentent les Australiens, en revanche leurs voyageurs ont noté avec soin les différences d'aptitudes, de coutumes et de dialectes. Le travail même de M. Staniland Wake en fait foi. A cet égard, le commandant Stokcs, i'*un des hommes qui aient vu les indigènes sur les points les plus opposés» s'exprime ainsi :
« Dans le cours de mon voyage de circumnavigation autour de l'Australie, j*ai constaté une grande diversité de caractères chez les natifs, les uns me témoignant une extrême bienveillance, les autres ne manifestant que des sentiments très -hostiles. Mon expérience propre me fait croire que ce ne sont point des cas accidentels, mais un contraste profond entre tribus que je laisse aux ethnologistes d'expliquer à leur gré, par des variations de climat ou par des circonstances soit physiques, soit historiques. » Un overlander non moins éclairé et qui a dirigé trois expé* ditions dans Tintërieur, dans trois directions différentes^ sir Mitchell, conclut de même à une grande diversité dans les coutumes et les caractères moraux^.
Ces caractères moraux ou intellectuels nous occuperont
les premiers. Caractères physiques ou .physiologiques d'un
ordre particulier, ils montrent l'organisation du cerveau et
englobent tout ce qui concerne l'individu ou même la tribu.
Les caractères ethniques viendront après, comprenant
> Slaniland Wake, On Tribal Affinilies among the Aborigin$s of Jtutralia {Anihrop, Soc, of London, séance du 15 iiov. 1870).
tout C6 qui se rattache & l'idée de peuple et peut jeter qtlelqtie jour sur ses origines ou ses relations antérieures. La division est un peu arbitraire sur quelques points^ mais mérite d'être conservée.
La majorité des Australiens, au milieu du bush, sont entièrement nus et, comme Adam et Eve, ne paraissent pas s*en douter. Leur aversion pour tout vêlement, en particulier sur les membres supérieurs, est une de leurs caractéristiques. Leur costume^ quand ils en ont un, se compose d'un bandeau en travers du front et d'une ceinture dont la largeur varie de la simple bandelette à une sorte de jupon allant rarement à mi-cuisse. Celle-ci, faite de natte d'écorce, d'herbes ou de peau d'animal, semble plutôt destinée à suspendre les armes ou le morceau de viande du lendemain qu'à se protéger contre le froid ou à répondre à un sentiment de pudeur. Cependant elle est parfois plus large chez ia femme et leur usage est de se vêtir lorsqu'ils vont rendre visite à des blancs. M. £yre, une fois même, dans une corroborie où les deux sexes ont l'habitude de se déshabiller avant de commencer à danser, les a vus s'interrompre tout cotirt ft rapproche d'une Anglaise et aller se rhabiller. tJne autre pièce moins commune du vêtement est le manteau ou la pellsëë allant jusqu'au-dessus des reins. Tout le monde connaît la petite peau de kangourou râpée que les naturels du Port-du-tloi-Georges se jetaient sur une épaule. Rob. Dawson remarque à Port-Stephens que les indigènes de l'intérieur se fabriquent des manteaux avec plusieurs peaux de kangourou soigneusement cousues ensemble, tandis que les indigènes immédiatement voisins de la côte n'en ont pas. Le commandant Stokes, à Port-Essingtun, a vu une sorte de pelisse qui prenait circulaire ment les épaules et était faite d'une foule de brins d'herbes qui pendillaient. En somme, le costume n'a rien de bien particulier d'une tribu à l'autre.
Les habitations sont plus variables. Quelques tribus de rOuest et du Nord-Ouest n'auraient aucune espèce d'abri et couchent en plein air sur un lit de feuilles ou de cendres chaudes (Dampier, Cunningham). Le commandant Slokes en a vu auprès de Port-Ëssington s'enterrer entièrement dans le sable pendant les nuits froides; d'autres KO nichent dans des sortes de terriers, comme à la baie des Gbîens-Marins (Freycinet)^ ou dans les trous naturels des rochers, comme à Botany-Bay (Barrington), ou bien se contentent de branchages adossés à un arbre debout ou renversé, ou à un rocher.
A un premier degré d'avancement^ on voit deux pieux fourchus soutenir une perche horizontale contre laquelle s'appuient d^un seul côté (Wilkes) ou des deux côtés (Mackenzie) quelques branches ou des écorces arrachées à Tarbre le plus voisin, l'air frappant de face ou circulant à un bout. Tout se borne à une faible protection contre le vent et la pluie ; lorsque ceux-ci viennent à changer, pieux et branchages sont vite enlevés et remis dans une autre position. Ou bien encore, c'est un hangar ouvert de quatre côtés et formé de quatre pieux et d'une couche horizontale de feuilles, d'écorces (Stokes).
A un degré décidément plus avancé, la hutte commence à se dessiner, de forme conique [et ouverte par un seul côté devant lequel on allume du feu ; on ne peut s'y tenir ni debout ni allongé, mais seulement replié sur soi-même. Les autres perfectionnements sont l'accroissement de hauteur, une forme plus régulière pareille à celle d une ruche, Tapparition d'une charpente en grosses branches reliées par de plus petites, l'application d'un revêtement en terre glaise, et la construction d'un orifice bas et arrondi par lequel l'indigène se glisse à quatre pattes. Les dimensions grandissent encore et la hutte arrive à contenir toute une famille passablement à l'aise. Il y aussi de petites grottes à
deux compartimeDtSf des cayemes assez spacieases^ des hangars à deux étages (Leichhardt) et jusqu'à des constructions où entre la pierre (King^ Thomas Baines).
En somme, la forme semi-circulaire ou oblongue que M. Staniland Wake s'attache à donner comme caractéristique des habitations australiennes est loin d'être générale. Tout au contraire, les tribus inférieures emploieraient la forme carrée qui^ à ce degré, est plus élémentaire. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est qu'entre tribus voisines on observe des différences sensibles, o Les sauvages de Botany-Bay^ dit Barrington , n'ont d'abri d'aucune espèce^ quelques trous de rochers, tandis que ceux de l'intérieur se construisent des demeures fixes en écorce. »
Les armes diffèrent également du nord au midi, de la tribu maritime en général à la tribu de l'intérieur, mais .médiocrement, sans doute parce que la nécessité de se nourrir par la chasse a davantage poussé les tribus contiguês à se prendre ce qu'elles avaient de bon. Certaines cependant manquent d'armes de jet. Ces armes sont par ordre de fréquence :
La lance ;
Le dowak ou tvaddy^ sorte de tomahawk court qui se lance à la main -,
La zagaie^ dont l'extrémité postérieure est généralement liarbelée et la pointe, en silex crénelé ou non sur les côtés, en arête de poisson, en schiste ou en bois durci au feu ; elle se lance avec une merveilleuse précision à cinquante pas avec la main et jusqu'à cent cinquante avec le woomer a;
Le kiley ou boomerang^ dont l'efficacité a tout d'abord éveillé la plus grande incrédulité en Angleterre. C'est une lame en bois de myall (genre d'acacia) plate, recourbée sur son tranchant, et qui, lancée vigoureusement avec un mouvement spécial, s'élève en sifflant et tournant sur elle-même,
décrit dans l^air une parabole de 40 à 50 mètres de Iongueur sur 50 à 60 de largeur, et revient à la façon du cerceau^ mais sans avoir rencontré de point d^appui ou de renvoi, vers le but indiqué, qu'il soit devant ou derrière, et cela avec une justesse vraiment extraordinaire. Je recommande les deux gravures de Wilkes à ceux qui voudraient se rendre compte de son singulier mécanisme. Il n'y a qu'un individu qui sache s'en servir en Angleterre ; personne n'y a réussi au musée de Saint-Germain. On a parlé d'un instrument analogue dans les montagnes de rinde et de l'Egypte, mais il n'agirait pas en faisant retour sur lui-même.
Le boomerang ne fait défaut sur le continent australien que le long des côtes nord et nord-ouest, t^artout ailleurs il est très en usage, notamment dans le Midi, tandis que le woomera, ou bâlon â lancer la zagaîe, est répandu dans le Nord et fort rare dans le Sud et le Sud-Ëst.
Le sabré de bois dont il a été questidn n'est peul-êlre que le boomerang méconnu et déjà désigné, par Lesueur, du nom de sabre à ricochets. Quant à l'arc et aux flèclies^ nulle part ils ne sont en usage ; les deux ou trois fois où ils ont été vus, c'était au voisinage du cap York, où Ils avalent dû être apportés de la Nouvelle-Guinée. La seule arme défensive est le bouclier, fort répandu.
Les procédés de navigaliori montrent mieux l*écart qu^îl y a entre les facultés. L'Australie manquant de fleuves importants, sauf le Darling, les occasions d'apprécier la sciotice tiaulique des indigènes de l*intérîeur sont rares ; mais comme ils apparaissent, çà et là, à la côte et particulièrement aU nord-eêt, notis nous trouvons renseignés par eux. La gradallon passe par trois ou quatre degrés.
Au premier, se volent un certain nombre de tHbus négroïdes t?t tnaritlmes qui île connaissent d'autre moyen de transport par eau que la natation^ à l'archipel Gampier,
pat exemple et à Tembouchure de la rivière Murchison. Encore leur manière de nager, comme les chiens, dit Oldfield/ él leur inhabileté à plonger les laissent-ils dans des conditions hors ligne d'infëriorilé.
Les premiers essais se montrent sous la forme d'un tronc d'arbre mort tel que Tindigène Ta ramassé et sur lequel il se tient à genoux, les pieds faisant Tofiice de gouvernail et les mains armées d'une écorce servant de rame ; ou d'un arbre encore muni de ses branches et de ses racines, dégrossies de façon à figurer une poupe et une proue.
Viennent ensuite des radeaux plus ou moins rudimentaires, quelques fagots réunis sans méthode (small bundles of woodf dit Slokes) ou quelques gaules reliées par des branches. Parfois l'indigène y enfonce dans Teau jusqu'aux genoux. A Toccasion^ un plancher plus ou moins solide et môme un endroit disposé pour faire du feu y trahissent une intention de confort. Ce mode et le précédent sont répandus d'une façon continue le long de la côte occidentale au-dessous du détroit de Clarence et ça et là dans le golfe de Carpenterie. M. Slokes rencontra une fois uu radeau sur lequel étaient deux femmes et leurs enfants que remorquaient péniblement trois ou quatre hommes à la liage, qui eux-mêmes s'appuyaient sur une pièce de bois.
Le degré suivant s'observe dans le Nord à l'est du détroit de Clarence, dans ie Sud, le Sud-Est, en remontant le cours de quelques rivières de la côte nord-ouest et sur le Darling et le Murray. Ce sont des canots faits avec une seule écorce rapprochée aux deux bouts et tenue écartée par un bâton au milieu ou avec deux écorces cousues et engluées. Il y en a de grossiers et de plus soignés ayant jusqu'à âO pieds de longueur et pouvant tenir sept ou huit personnes.
Ënfin^ le long de la côte nord-est apparaissent des pi-
rogues creusées habiluellement dans un tronc do bombax et marchant à la rame ou à la perche. Assez fréquemment même elles sont munies de balanciers {outriggers)^ portant un flotteur à chaque extrémité ou accouplées par deux avec une plate-forme intermédiaire : Jardine, à Somerset, en décrit de 50 pieds de longueur et allant à la voile quand il fait beau.
Mais ce qu*il faut remarquer, c'est qu'à côté de tribus à procédés avancés, on en voit comme celles jadis de Port- Lincoln, qui n'en ont aucun. Inversement auprès de tribus qui n'emploient que le tronc d'arbre ou le radeau^ comme celles de Tembouchure de la Victoria, découvret-on à rimproviste des pirogues de 15 pieds de longueur sur 2 de profondeur, faites de plusieurs morceaux cousus et constituant « la pièce la plus artistique que j'aie rencontrée parmi les aborigènes », dit le commandant Stokes, à 30 milles plus haut sur le cours de la même rivière. De méme^ voit- on dans le golfe de Carpenterie des insulaires sur des radeaux et les gens du continent sur des canots (Flinders, etc.), faits qui viennent à Tappui de la distinction à établir entre les tribus maritimes en général et celles de l'intérieur.
On a dit que les Australiens n'avaient pas d'ustensiles de ménage, c'est une erreur. Quelques tribus inférieures semblent dénuées de tout^ et iraient jusqu'à manquer d'hameçons; elles ramassent le poisson dans les petites mares laissées par la marée basse, ou bien se mettent en demicercle dans une eau peu profonde, se rapprochant peu à peu jusqu'à ce que le poisson puisse être repoussé sur le sable à coup de branches. Mais parmi les tribus supérieures, ces ustensiles sont assez nombreux. Ce sont, outre les armes, des filets, des hameçons, des couteaux en silex, des coquilles tranchantes pour scarifier et couper les cheveux, des pierres arrondies pour écraser les graines ou
extraire la moelle des os (7), des calebasses, des vases en écorce, des sacs en peau on en natle, des pommades et matières colorantes pour la toilette^ des bracelets, des pierres colorées servant de talisman, etc. La poterie leur manquant^ on a présumé qu'ils ne connaissaient pas l'eau chaude. Mais quelques mots du révérend Mackenzie donnent à croire qu'ils savent en obtenir par le procédé des pierres rougies , leur cuisine ordinaire se bornant au grillage sur des charbons^ au rôtissage et à la cuisson sous des cendres, ou à Tétoufifé dans des fosses garnies de pierres cbaudes et de certaines plantes.
Le genre de vie mené aux divers étages de la série australienne est très- variable.
 une extrémité se voient, ou mieux se voyaient au commencementdu siècle les naturels deKing-George-Sound, de la presqu'île du Pérou, de la baie de Raffle ou des plages rocailleuses de Sydney-Cove traînant leur misérable existence sans but, criant la faim et presque incapables par inertie^ plus encore que par imbécillité^ de subvenir à leurs premiers besoins. La distinction en tribus leur était inconnue, ils se quittaient ou se rassemblaient au gré de leurs caprices, selon que la nonrritnre donnait, ou pour le seul plaisir de ebanger de place. C'est à eux que s'appliquent ces histoires de baleines jetées à la côte et dévorées sur place, on de poissons ingurgités presque crus de la tète à la queue, sans rejeter les entrailles. Sans abri, sans procédé de na-> vigation, sans hameçon quelquefois, souvent sans feu par indolence, certains ne sachant pas même chasser le kangourou, leurs seules passions étaient la danse et la parure ; et Ton s'étonne vraiment de retrouver parmi eux la persistance de quelques coutumes.
Au milieu se rencontrent cette masse d'indigènes plus intelligents, mais isolés et dépaysés^ qui servent dans les villes et les fermes en qualité de domestiques, de portefaix
oa de bergers \ puis les tribus roixles p« fortement modifiées par notre civilisation que nous avons appelées iatermédiaires. Les indigènes de la province de Victoria ^ dît M. Krefft, dépendent aujourd'hui des Européens qui occupent leur sol ; ils ont renoncé au gibier qui leur fait défaut pour le pain, le bœuf et le mouton, et les plus jeunes en sont arrivés à oublier les fruits sauvages et les kangourous dont se nourrissaient leurs pères. Sur le Murray, on se décide à leur faire des distributions régulières de vivres (Eyre),
Au faite se trouvent les Australiens principaux, ceux qu'on peut encore étudier à loisir et qui forment l'immense majorité. Us habitent ces vastes forêts dont l'eucalyptus de iOO mètres de hauteur est roi, ces prairies recherchées des iquaUen pour leur fine herbe à kangourou, ces steppes à fourrés épineux qui ont arrêté tant d'explorateurs, et à la rigueur ces déserts pierreux ou sablonneux, inondés ^n certaines saisons et desséchés en d'autres, dont le plus important porte le nom de Siuri.
La vie qu'ils y mènent est active, mouvementée et ne manque pas d'une certaine grandeur. La chasse, la fabrication des armes et dans certaines régions la pêche regardent les hommes ; la récolte des fruits et des racines, les soins culi* naires, Tenlretien du feu et le rabatage du gibier concer* nentles femmes et les enfants, La patience, la ruse, l'adresse des premiers pour approcher le kangourou, le traquer ou l'attirer dans une fosse, pour dépister l'opossum dans son arbre, pour suivre le vol d'une abeille vers sa ruche, ou guetter à l'affût le cygne noir et le casoar, sont aussi extraordinaires que celles dont j'ai vu faire preuve par des pe^ tits-fils d'Indiens dans les montagnes de la Pensylvanie. De part et d'autre le coup d'œil et la sûretéde main sont admirables, et tout ce que j'ai lu de l'esprit d'observation de rAustralien sur une piste vaut oe que Fenimore Cooper a
r^Goatë de Taotre hémisphère. Le développement des sens de Tome, de la yae et de Todorat paraissent aussi remarquables dans les deux races.
C'est avec passion que l'Australien se livre à ces exercices. Toutefois après les repas il aime la sieste et le soir s'adonne à la danse ; dans les grandes chaleurs et aux époqqes de grandes pluies, il devient même très-indolent, dit sir G. Grey.
Les femmes^ de lenr côté, mettent la même ardeur à arracher les racines de nénuphar oa de pteris esculenta (Marawait) , à cueillir les graines de panicum letinode ou les capsules de marsiiea (Nardou), qu'elles réduisent en farine entre deux pierres et dont elles font parfois une sorte de pain (Earl), à fondre en gâteaux pour plus tard la gomme dite kwon-nat de certain tragucenthum (Sturt, Grey), à déterrer de grosses fourmies blanches dont les femelles chargées d'œufs sont particulièrement estimées, à préparer la pulpe d'une noix de palmier qui est vénéneuse avant cette préparation et devient un excellent aliment, etc.
Les enfants eux-mêmes ne restent pas inactifs. Sous la conduite du plus grand, ils sont exercés de bonne heure à venir en aide à leurs parents.
L'Australien chez lui n'est jamais embarrassé pour sa nourriture. Cependant sir G, Grey parle de six noirs qui^ égarés hors de leur territoire et quoique animés d'un grand zèle, ne savaient plus se procurer leurs aliments quoti* diens. Mais à quel ordre de tribus appartenaient-ils, voilà la question.
Sa nourriture varie avec la latitude, la nature du sol et le voisinage des eaux. Il ne se montre pas difficile et puise largement dans les trois règnes ^ « Les Australiens, écrit
t Sir Georges Grey donne U liste suivanle de leurs alimenis dans une étendue de SOO milles dans le Sud-Ouesl : Ssartes de kangourous, t9 de poissons, t de iKitoine, % de phoques, cbieos aauviges, 9 torlet de lov»
encore sirOrey, se nourrissent bien. en général {Itve well)t et je ne suis jamais entré dans une de leurs huttes sans y rencontrer la plus grande abondance, o *
L'indigène au milieu du itisA, dans un pays exempt d^animaux carnassiers, sous un climat favorable qui se rapproche en moyenne de celui de Tltalie, a peu de souci du lendemain. C'est tout naturel : ses besoins sont limités^ il a tout le gibier nécessaire et se sent les moyens de se le procarer. Son imprévoyance a donc été fort exagérée et la réfutation de cette assertion est facile. Ces gâteaux de gomme mis en réserve par les femmes, ce fruit vénéneux dont la préparation exige un temps assez long, en sont une preuve. L'attention de fermer avec de l'argile l'entaille qu'ils pratiquent à la racine de certain eucalyptus pour étancher leur soif, en est une autre. Comment qualifier cette précaution de n'arracher aucune plante alimentaire à l'époque de la graine (Grey), de respecter les nids d'oiseaux renfermant des œufs (Oldfîeld et Wilhemi), de couvrir les sources de pierres et de branchages pour empêcher l'évaporation? Que dire de leurs puits creusés dans les régions sans eau où ils voyagent, de leurs quelques travaux de drainage, de leurs marques sur les arbres pour s'orienter^ etc.? Ne sont-ce pas là des indices d'une certaine prévoyance ? Il ne faut pas l'oublier, l'Australien du bush et TÂustralien des villes, où sont noyés actuellement les restes de la race négroïde, font deux.
tues, émuSi dindons sauvages, oiseaux de toute nature, S sortes d'opossums, 11 de grenouilles, 4 de crustacés d'eau douce, tous les crustacés d*eau salée excepté les huîtres^ 4 espèces de vers, des œurs de toutes sortes d'oiseaux et de lézards, 5 sortes de rongeurs, 8 de serpents, 7 d'jgiianas, 2 de mannes, S de by-yu ou noix du xamia pa/m, S de mesembr;antheinum, 8 de noix, i de fruits, la Qeur de plusieurs espèces de baulisia, une espèce de terre qu'ils écrasent et mêlent avec de ta racine de tMne, les graines de ptusieufs espèces de légumineuses, etc.
Encore une errear à détraire I L'Australien n'est pas nomade. Il a uu centre, celai de sa triba, une demeure principale, plus ou moins fixe, vers laquelle il revient sans cesse. Ses expéditions de chasse» nous disent Wilkes et Haie, ne rayonnent guère au delà de i5 à 20 lieues; elles durent un ou plusieurs jours ; sa femme et ses enfants raccompagnent^ et tous ensemble coucbent sur le sol ou se construisent un abri temporaire là où la nuit les surprend. Périodiquement il va voir ses plantations naturelles, ou part en groupe rendre visite à quelque tribu amie médiocrement éloignée. Dans ce cas, il fait sa toilette des grands jours, se badigeonne le corps de peintures réjouissantes^ et jouit largement de Thospitalité et des fêtes qu'on lui offre : chasses au rabatage et luttes d'adresse le jour, chants et danses la nuit.
Ses demeures fixes sont plus ou moins rassemblées en groupes et même en villages {kraos^ dans TOuest), disposition propre aux tribus éloignées de la mer et qui me paraît correspondre assez bien à leur degré de sociabilité. Il y a souvent une famille entière par hutte, et Ton a vu jusqu'à ' soixante et dix huttes réunies sur un même point.
Ces détails nous montrent déjà que TAustralien doit être retenu au sol par quelque attache. En effet, la propriété existe chez lui, parfaitement reconnue par les indigènes, mais autrement comprise qae dans nos sociétés aryennes : c'est la jouissance de tous les biens naturels^ animaux ou végétaux qui vivent et croissent spontanément sur le sol. Elle est de deux sortes : individuelle et collective. L'individu sait exactement les limites de son terrain inclus dan3 le territoire de sa tribu. A sa mort, il le partage entre ses enfants mâles, et, à leur défaut, le lègue à qui bon lui semble. Grey parle de peines très-graves infligées à ceux qui violent cette propriété. Le territoire général de la tribu est non moins sacré. Une tribu voisine qui, sans autorisa-
tion m saps conyeptipa réciproque^ yîendr^it en (détruire le gibier ou en opeillir les produitsi, soulèverait ua ca8^$ belli. li'nne de9 9épAratiop8 dq droit collectif et da droit îpdividuel est indiquée pi^r Scott Nind ; « Tout iudividUi dit-il, peut coopériez erbres, abattre le gibier qp arr^ober des racii^es daqa la circonscriptioa de sa tribu , mais la présence du propriétaire est ejiigée pour qu'on puisse mettre le feu aux herbesj ji procédé de rabatpge qu'ilu einploient beaucoup.
Sir Grey parle de champs produisant le kum^natf possédés en commun par plusieurs tribus ou faucilles qui s'y donnent rendez-vous }e jour de la moiMon, M. Blando^ski a vu <lans la province de Victoria de«| carrières pu kinQàahn de phonoUte^ espèce de tracbyte dont ils font des tomahawks, couvrant une superficie de 100 arpents et apparte^ naut aux tribus paisibles de Goulburn et de Afount-JI/a'* eedon, propriété incontestée même par les tribus les plus belliqueuses du haut Vurray K
Cette façon large d'eqtendre la propriété expliqua pourquoi les Australiens n'ont p4S de troupeaui; et pourquoi ils n'ensemencent pas. Ni le buffle, ni le cheval, ni le mouton et autres animaux qu'il est dans notre usage de parquer n'existaient avant Tarrivé^ des Européens. I^e kangourou, en abondance, répondait à tout, suffisait i^ tout, A quoi bon, par çopséquent, se dqnner I9 peine de le rassembler en troupeaux, puisqu'on Tavait toujours sou« }a mfiinl U en est de même des végétaux. La tribu enstrelienue Hit où sont ses champs neturels, et à chèque saison, à l'épo** que voulue, va en faire la récolte. Ce sont ordioeirement des occasions de réunion et de fête, Quant aux poissonSt dont on dispose moins aisément, quelques tribufi savent parfaitement construire des digues en pierre et en brw««
1 Aborig^ of MowU Haceéon, by Will. Blandewtki (IVaiiif Phil» B09, Qf VkUKHtt. Melhoqniei vol I, tSU).
cbage pour l'arrêter dans les riviàres et des pares sur le bord de l'Océan. Les Australiens ont eu besoin du chien oa dingOt ils ont su l'apprivoiser et même en tirer un parti dont les Européens se montrent incapables.
Qu'oq ne les accuse donc pas d'imprévoyance o« dHneapacité I Ils pratiquent Télevage des bestiaux à leur façon^ la culture de IsTterre autrement que nous et conformémeat Hus conditions qui les environnent. Voilà la vérité. Les Anglais, en concédant sur la carte de vastes territoires indéterminés et y introduisant des bestiaux étrangers qa^ih laissent paître et se reproduire presque à l'aventure, n'ost fait que copier les indigènes et leur usurper une propriété consacrée par leurs traditions à défaut de contrats éoriis. La notion d'échange, telle est encore une idée refosée aux Australiens, Certes^ la plupart des tribus inférieures rencontrées par les premiers navigf^teurs en étaient dëi» nuées. Fiinders, en 1802, constatait cependant que les i^di^ gènes de Keppel-Bay faisaient exception, iÇarl nous a montré les tribus des hauts plateaux de la terre d'Arnbeim tirant quelques objets des pécheurs malais par Vintermé* diaire des tribus négroïdes de la côte. OldSeld assnre que a les Australiens ne sont pas sans avoir un système de commerce, mais qu'ils n'échangent que les produits natareis d'un pays pour ceux d'un autre. Le^ Qaat^^handis, par exemple, importent des espèces de filets à pêcher, des coquilles à boire, un silex très^estimé du Nord, de9 boomerangs^ des boucliers , de l'ocre rouge et une pipa en terve venue de TEst; çn retour^ ils donnent les produits ââ chez eux et sont intermédiaires ei^tre diverses tribus, ù
N'est^il pas évident que les vastes oprrières vues Pftr M. Blandowski ont été le centre A* m trafie ifnportadtT Les explorateurs ont parfois rencontré au centre du eoptioent et parmi des tribus qui n'avaient jamaie vu de btones des bâches en fer d'orlgiae européemie. Ceat daiu lai
coiTobories et les rassemblements à l'occasion des moissons colleetiTes que s'opèrent ces échanges.
Ces faits prouvent que les Australiens ont quelques instincts sociaux. Les relations entre tribus sont soumises à certains usages, à certaines formalités. Les corrobories^ dans lesquelles les Européens n'ont vu que des réunions de fêtes et de danses, ont une portée plus grande : ce sont le plus ordinairement de véritables assemblées confédératives où se font les mariages, les cérémonies d'initiation, et où se règlent les différends d'une façon que l'Europe aurait à leur envier. Une offense, un crime s'est-il jcommis à l'égard d'une tribu voisine, susceptible d'entraîner la solidarité de tous et d'amener un conflit, c'est là que la question est portée et la réparation décidée et rendue exécutoire sur l'heure, souvent en combat singulier au premier sang. M. Mackenzie parle de lois qui obligent à assister à certaines de ces assemblées.
Lorsqu'une guerre devient inévitable, les deux tribus, comme dans Queensland, s'envoient des délégués chargés de régler les conditions du combat, fournissent an besoin des armes à celle qui en manque et se donnent rendezvous dans un lieu découvert. Là, face à face, en présence des femmes et des enfants qui attendent ou ramassent les tratt»-, ils commencent au signal convenu et échangent plusieurs tournées de zagaies, que chacun évite de son mieux avec son bouclier. Après un certain nombre de victimes, on se rapproche, on se donne la main, et tout finit par des danses.
Chez les Ouatchandis, selon M. Oldfîeld, et sur le bas Murray, selon M. P. Beveridge, les choses se passent autrement : l'attaque a lieu de nuit et à l'improviste ; on y fait beaucoup de bruit et peu de victimes.
Les différends qui s'élèvent au sein de la tribu, les délits et crimes qui s'y commettent, en particulier les actes de trahison, cas prévus par un code régulier transmis ver-*
balement de père en û\s, se règlent^ comme dans les corrobories^ par un conseil local formé par les plus anciens et les coradjis, minlapas, etc., sortes de magistrats. La sentence est rendae sans appel, en présence de toute la tribu, et exécutée à l'instant : c'est la mort ou un nombre fixé de coups de lance lancés d'une distance déterminée^ et que le condamné est libre de parer.
Ces fonctions de magistrats sont souvent héréditaires. La tribu est paternellement dirigée par eux. En général il n'y a pas de chef, mais le plus considéré ou celui qui a su le mieux se faire respecter prend un nom correspondant à celui de père. Néanmoins l'individualisme est de règle pour l'individu comme pour la tribu. Il n^y a rien qui ressemble à un esprit national. La seule nécessité pousse les tribus à s'entendre pour éviter ou localiser les conflits. Je ne connais aucun cas d'une entente sérieuse en vue d'une guerre systématique contre un ennemi commun ; c'est ce qui sauve les colons. Les Australiens, dans leur isolement, ne peuvent que fléchir devant nos armes à feu et se laisser absorber petit à petit; ils ne sont pas même libres de reculer, comme les Indiens d'Amérique, au premier pas en arrière ils se heurteraient contre une tribu soulevée pour défendre ses frontières.
Si les tribus australiennes offrent quelques rudiments d'organisation sociale, la famille en est restée au naturalisme.
La femme est considérée comme un être subalterne créé pour l'homme. Elle est sacrifiée à sa naissance, de préférence aux mâles^ et fiancée quelques jours après, souvent aux plus âgés de la tribu. Jeune fille^ elle est en butte à toutes les tentatives de violence et ne larde pas à être criblée de cicatrices ; femme, elle devient l'esclave, la bôle de somme de son époux^ qui, pour la moindre offense, lui distribue des coups de lance dans les jambes sans que personne ait rien à y voir. Si plus d'une fois j'ai constaté
dans les récits rafféction des pères pour leurs enfants^ et en particulier pour les garçons^ et réciproquement, jamais je ti*ai tu trace d'un sentiment sérieux du mari pour sa femme. L'Australien est jaloux à la manière des brutes et, s'il 86 sent le plus fort, tue à Tinstant le complice soupçonné de Fadultèire. Par compensation, il cède sa femme ou sa fille {gins^ dans Qaeensland ; hbraiy dans la province de Victoria) avec la plus extrême facilité, pour une pipe de tabac, dit Gunningbam, ou quelques hameçons, dit M. Krefft ; il l'offre même par hospitalité.
La chasteté, au reste, est chose inconnue des indigènes. M. Krefft dit qu'avant d^appartenir à son mari, la femme a déjà passé par tous les hommes de sa tribu. Dans Qaeensland, les gins seraient un peu moins malheureuses que dans les environs de Sydney, à en juger par le petit nombre de leurs cicatrices; elles auraient aussi plus de retenue.
Les hommes n'ont ordinaireitient qu'une femme légitime, R. Dawsoh n'en connaissait aucune exception ; quelquefois ils en ont deux, très-rarement trois ou quatre. La polyandrie n'existe pas à l'état d'institution ou de coutume.
Les enfants sont en petit nombre, pour les motifs qu'on verra plus loin. Les garçons à la puberté ont à passer par une ou plusieurs épreuves symboliques, par des degrés quelquefois, et à subir diverses mutilations qui attestent de leur résistance h la douleur et de leur aptitude à remplir leurs nouvelles charges; quelque temps après, ils prennent la femme qtii leur est destinée ou en enlèvent une avec violence à la tribu voisine, sauf â régler ensuite l'affaire avec les intéressés par combat ou à l'amiable.
L'Australien du bush est fier, courageux et peu belliqueux s'il n'y est poussé par des raisons sérieuses à son point de vue. Ses goûts pour rindépendance et ja vie sauvage sont excessifs. Il a une haute opinion de lui-même, demande à être traité d'égal à égal, et devient très-cha-
toiiUleui ë*il ci^it ^a'oti veuille se toioquer de lai. L'un de ses griefs contre les blancs est de ne pas être pris au sérieux. Il est bienveillant, spontanément serviable, défiant au premier abord, puis franc et hospitalier. Il est accessible â la reconnaissance/ témoin Tanecdote de la hache de Mdc-Rinlay, délicat, généreux tnême, ainsi qu'on peut le voir dans les récits de Robert Dawson, et l'on peut se con** fier à sa parblé. a Le sauvage australien, dit M* Marcel, l'un des vojtigeurs les inoins favorables à l'indigène^ bien qu'il ait vécii dans Une région où il est fier et entier, dans Queensland, ne respecte qu'une cfaôâe, sa parole. »> Mais une fois trompé ou aigri il change totalement et dévient intràitablej ce que ses déti'acteurs n'ont pas compris.
M. Ëarl raconte que pendant les dix àtitlées de la colonie de Pof t-Essington il ne s'e&t pas produit tin seiil fait reptéhensible fl leur charge, mais aussi qu'oti led y a toujotus traités dVed douceur.
hidley rapporie que dfeâ squatters vinrent s'établit* versl 1843 Au milieu des tribus redoutables des Katnaraldi^ dans les plaines de Liverpool. On commença par leui* monltei' Itt puissance de nos armes comme en jouant, et sans leur ddh* ner à penâei* qu'on pât s'en servit* contré eux. De la bonté^ de réquité> du sangfrold et dé Ténergië firent k resté. Aujourd'hui ces indigènes sont i^alliés ; lorsque lé fiètré de Vot* fit déserter les serviteurs ëtiropéeiis, ild léd remplacèrent. Us comprenaient vite lëtir besogne, touchaient leurs salaires avec satisfaction , et àrriviiiènt à cultiver pour leur propre compte. Sans eux Texploit^tion ne pouvait tenir. VAustralûsian dé Melbourne p&riait encore récemment des beaux résultats dbtenus à Dimboora^ Wim« mera.et Gipp's-land^ dans la province de Victoria, parla mission dé Moravie. Les exemples s'en multiplient.
Impossible d'en venir à bout par menaces ou violences, écrivait déjà Haie en ië35. Aussitôt ils partent pour le èush
et se livrent à des représailles sur les bestiaux et môme sur les hommes. Avec de bons procédés, on parvient cependant à les ramener.
L'Australien est gai, fin et spirituel à Toccasion, mais ordinairement il demeure froid, impassible, ne s'étonne de rien et est dénué de tout esprit de curiosité, trait qui suffirait à le distinguer de l'habitant des côtes, qui ordinairement est turbulent, démonstratif, bruyant et toujours ébahi. L'indigène de l'intérieur, comme celui-ci, est farouche; surpris, son premier mouvement est de fuir. Il s'emporte à rimproviste^ et peut alors se livrer à des actes regrettables qu'il ne commettrait pas de sangfroid. Sa vois est douce et môme efféminée, disent de nombreux voyageurs, ses gestes sobres , son langage réservé.
Les Australiens apprennent les langues avec une facilité tout exceptionnelle et les prononcent bien^ l'anglais dans les colonies du Sud, le malais dans le Nord-Ouest. Ne doit-on pas en induire qu'ils ont pu avec la môme facilité s'assimiler une langue étrangère, et expliquer ainsi la contradiction entre leur état intellectuel et la richesse de leurs dialectes?
Ils ont quelque aptitude pour l'art dramatique, et sont passionnés pour la danse dont ils usent en toutes occasions. Ces danses, essentiellement imîtatives, reproduisent en mesure et avec esprit l'allure du kangourou, du casoar, etc.
Ils aiment également le chant : quelque chose de monotone et de rhythmé indéfinitivement répété dans le ton mi*' neur^ dont les oreilles européennes ont peine à saisir l'agrément. En revanche ils sont insensibles à nos mélodies. Les paroles en roulent sur des sentiments doux, plus souvent sur des idées de vengeance et de représailles, et se transmettent de père en fils et de tribus en tribus verbalement. Threkfeld a connu un de leurs poètes à la rivière Hunter, et Ch. Wilhemi un autre à Port-Lincoln. Le commandant
Stokes et d'autres leur ont vu des instruments de musique* Les Australiens actuels n'ont qu'une vague notion du dessin. Outre les peintures et les sculptures spéciales de M. G. Grey dont nous aurons à reparler; outre les dessins en couleur ou au charbon découverts dans Groote Eyland par FlinderSy dans Tile de Glarke par Gunningham^ sur la rivière Victoria par M. Th. Baines, sur la rivière Alligator par Leichhardt, et dans Tlle Depuch par Stokes^ toutes dans le Nord^ outre celles des montagnes de Darling trouvées par Sterling dans l'ouest; on en a rencontré de moins importantes dans le sud-est à la baie de Jervis, à Port-Aitken^ à la montagne de Cowan-creek^ à Hawkesbury et jusqu'à Port- Jackson. Grossièrement tracées^ ces dernières sur des rochers et souvent sur des promontoires avancés dans la mer^ elles représentent des armes, des pirogues, des poissons, des kangourous, n'atteignent pas la valeur de la moindre ébauche de nos troglodytes du Périgord^ et semblent réellement l'œuvre d'enfants de six ans. Les unes dans le Nord et l'Ouest font songer à quelque race antérieure de passage, les autres sont évidemment récentes ou contemporaines. Une règle oubliée un soir à la baie de Jervis par réquipage de Ynn de nos premiers navigateurs fut retrouvée le lendemain couverte de lignes et de dessins grossiers. Au temps de Gollins les armes des naturels de Port-Jackson présentaient des. entailles et essais divers. Les tribus actuelles de Yarra et de Melbourne font de petits ouvrages en bois sculpté (Gh. Meredith).
Hâtons-nous de rapprocher de ces faits Taffirmation de M. Oldfield, que les indigènes de la rivière Murchison ne savent pas distinguer sur un dessin une figure humaine d'un arbre ou d'un navire : preuve que les dispositions intellectuelles les plus variées se rencontrent parmi les Australiens !
L'aptitude des Australiens à la vie sociale telle que Ten-
tendent les Aryens est variable. Les enfants du Bild-Est mis à Tëcole y apprennent aussi bien que ceux des blancs, mais soupirent après Texistence libre de leurs parents. Les enfants de l'Ouest témoignent des mêmes disptisîtionSi mais sont encore plus réfractaires à la contrainte. Les adultes attirés dans les établissements agricoles des missionnaires s^y sont bien comportés, mais étaient égalettient pris de spleen^ et, sous prétexte d'assemblées obligatoires dans leurs tribus, disparaissaient pendahl des mois. Tout le monde connaît les histoires de Bénilong, de Daniel et de Miago.
L'intelligence^ ft 6oup sur, tie leur fait pas défaut, mM une intelligence adaptée au itiilietl dans lequel ebx et leurs ancêtres ont été élevés depuis des milliers d'années. « Mon expérience personnelle^ dit Mitchéll, m'âùtorise à parier dans les termes les pius favorables des aborigëbës qui n'ont pas subi le contact des blâilcâ... Jatnhis Ils hc sont embarrassés, èl par leurs façons et leur intelligeriëe, je les mets au-dessus des paysaus dé tiôs cdtitréeà... Lès noirâ de mon escorte valaient tnieiix que lés blancs ii. DaHing âyaUt cil ridée de les organiser en un corps de ÈoUstableS, Ils t'emplirent ceâ fonctions avec là {ilbs grahdë habileté. Dd Petit-Thouai's expose avec (}tlel tact et ^tlel flaii* Tilh d'eux suivit la piste d'uh aësasslil ël le fit prendi'e. faodgkiii&oil Vendit de démonter et de néllôyer un fusil à pierre dëVdhl un indigène qui, pour la premiël'e fois^ voyait une àrmë à feu ; à peine avait-il le dos tdUrné, que celui-ci, pour se rendre utile, démbutait, nettoyait lin second fbsil, mais à percussion, sans qu*il y ait rien à reprendre. M^' Rudesindo rapporte qu*uh capitaine de vaisseau venant de prendre le méridien avec le sextant, fbt tout surpris de Voir un erifdrit de dix ans, qui le regardait faire, répéter aussitôt Topération avec succès. Robert Dawson rencontre sur les quais de Sydney un noir mis à l'européetiiië qui cherchait une place;
le missiotinaire, étonné de son langage, l'invite à se rendre parmi les siens et à y faire de la propagande par son exemple : <( Ce serait bien volontiers, répond le noir, mais mes compatriotes sont trop sauvages pour que j'aie Tinfluence sur eux que Vous espérez » .
A côté de ces exemples faciles à multiplier, on en pourrait citer d'autres tout contraires^ mais plus rares : celui de ce nègre qui^ n'ayant pas la patience de voir lever les pommes de terre qu'on lui avait fait planter, se mit à les arracher presque aussitôt pour en jouir de suite (Cunninghara); ou cet autre noir de Port-Lincoln qui> à sa sortie de prison, s'apei-çut que ses cheveux avaient blanchi et sMmagitia que c'était dû au savon dont il sMtait servi pendant deux ans (Ch. Wilhemi). Ce dernier^ il est vrai, appartenait à lu race inférieure des côtes.
Les mêmes cohtrastes s'observeilt dans leurs aptitudes atL genre de travail que réclame notre civilisation. Les vagabonds des grandes villes et le cas des tribus de Ramaraloî en offlbent des exemples contraires. D*une manière générale^ ils répugnent aux trslvaux dont ils lie se i*endetit pas compte du but immédiat 3 on ne peut les décider ainsi à apprendre un métier. L^esprit de continuité dans une même occupation leilr manque. Même pour la somme de travail manuel à fournir, il y a de grandes di£Pérences entre eux. Les tribus de Newcastle, d'utie race rr^s-supérieure à celles de Sydney, dit Gunningham en soulignant le mot très, abattent iO arpents de bois aussi bien et aussi vite que le feraient les meilleurs ouvriers européens; celles de Haukesbury et de Coîv-Pasture travaillent volontiers à la moisson et autres besognes de la ferme ; celles des environs de Sydney ne sont propres à rien.
En moyenne, cependant, on peut dire que les Australiens arriveraient et même arrivent à se plier aux exigences de notre bivilisatioui mais ii faudrait se mettre au niveau
de leurs instincts et savoir choisir des formes de travail intermédiaires à celles de leurs forôts et aux nôtres. Ainsi, ils font d'excellents messagers, pécheurs, hergers, chasseurs et se servent hien du fusil \ ce qu'ils ne veulent pas, c'est d'un maître leur faisant seutir son autorité et d'une existence servile et renfermée. Ils ne comprennent pas celle-ci et se reportent sans cesse à leur vie libre et aventureuse du bushy qui est dans leur véritable goût, préférence très-légitime, après tout, et que partagent tous les overlanders et les squatters dès qu'ils en ont goûté. £n un mot, il ne s'agit que de savoir s'y prendre et de ne pas trop leur demander du premier coup. La génération née au contact des blancs a déjà gagné d'un degré, à notre sens, sur celle qui l'a précédée.
Mais ce quMl ne faut pas perdre de vue, c'est que l'Australie renferme des indigènes différents par leurs aptitudes à la civilisation comme par leurs caractères physiques, et qu'il y avait lieu d'en distinguer deux groupes, il n'y a pas longtemps encore, deux races. M. O'Rorke, dans la discussion qui eut lieu à notre Société en 1860, affirmait, comme Gunningham, qu'il n'y avait rien à fonder sur ceux qu'il venait de voir à Sydney ; M. de Quatrefages lui répondit simplement qu'il n'avait dû y rencontrer que ceux du littoral, mais que ceux des montagnes en arrière ne leur ressemblaient pas. Tel est le nœud de la question. .
Ne faut-il pas admettre aussi que toute race est comme prédestinée par l'organisation de son cerveau à un mode spécial de civilisation? La vie sociale des Aryens ne ressemble pas plus à celle des Sémites Arabes que celle-ci ne ressemble à la vie sociale des Australiens du busk; de même, les aptitudes à la musique varient et se traduisent par des conceptions propres de la gamme et de l'harmonie; de même pour les religions, etc.
Je ne veux pas discuter la conduite générale qu'ont
tenue les Anglais à leur égard, ni rappeler les provocations et massacres dont ils ont été l'objet, hommes, femmes et enfants^ de la part de colons stupides^ à Tinsu des autoritëSy hâtons-nous de le dire ; à plus forte raison ne me demanderai-je pas^ avec M. Marcet^ de Genève, s'ils doivent être exterminés à la façon des bétes fauves. Toutes les pièces du procès sont résumées dans le deuxième volume de M. Ëyre, auquel je renvoie, et qui ne s'étonne que a d'une chose, c'est de la patience et de la modération dont les indigènes ont fait preuve et dont seraient incapables des Européens dans les mêmes circonstances. » L'ordre du jour heureusement est aujourd'hui aux procédés de douceur.
L'aptitude au sentiment religieux est peu développée chez les Australiens. Ils n'ont ni culte^ ni cérémonie^ ni idole, ni objet de vénération qui en tiennent lieu. Toutes leurs conceptions dérivent de la peur; ils sont très-superstitieux et croient aux fantômes, aux mauvais génies et aux incarnations dans le corps de serpents, d'oiseaux, d'insectes ou de certains des leurs. Ceux-ci, pris dans certaines familles ou certaines classes quelquefois, et revêtus de pouvoirs surnaturels, exercent sous le titre de bolyas dans l'Ouest, de Mulgaraducks au Port-du-roi-Georges, de mtntapasà, Port- Lincoln, de karradaisk Port-Jackson, de kara^' kul, wunji, etc., la profession tout à la fois de magistrats, de sorciers et de guérisseurs ^ Ils président aux corrobories.
^ La médecioe est nulle en Australie. Les coradjis interviennent avec des mots magiques, des simagrées ou des pierres enchantées. Rarement ils se servent de plantes. On en a vu pratiquer la saignée à l^épaule.avec un fragment de coquillage, mais non sur le trajet d'une veine. La chirurgie est encore plus pitoyahle. Les plaies ordinaires guérissent prompiement, gr&ce à rexcellente constitution des indigènes ; mais tout ce qui exige une intervention demeure sans soin i les fractores non immobilisées se terminent |)ar pseudarthrose ou consolidation anguleuse, les luxations non réduites par ankylose. Quant aux accou*
aux conseils locaox, et aux cérémopies de )a puberiëi du mariage et des enterrenients,
La mythologie des Australiens se réduit à quelques fables variant avec les tribus, et auxquelles les Anglais attachent quelque importance. Aucune ne m'a paru avoir un intérêt historique. Les principales ont Iroit aux transmigrations de rindividualité spirituelle après la mort. L'Âme, disons le mot, irait voltiger d'arbre en arbre^ ou se promener sur les bords d'une rivière de la voie lactée, dans une lie située tantôt à Test, tantôt à l'ouest^ ou dans une planète pour revenir dans le corps d'un animal, et le plus souvent dans celui d'un Européen. Cette croyance à la métempsycose dans le corps d'un blanc est universellement enracinée, et très-réelle comme le prouvent les questions suivantes adressées ou cadavre pendant les funérailles i la rivière Mary, dans Queensland : «Où es-tu à présent 7 as-tu déjàrevu ton père 7 quelle sorte d'endroit est-ce 7 » (A. Maodonaldy Joum. Anihr, Institut, octobre 1871). Cette super*stition a-t-elle pris naissance dans le récit de quelque convict qui y trouvait son avantage, ou bien est* elle antérieure à Tarrivée des Européens 7 Je penche pour la dernière hypothèse, Quelques tribus en contact avec les blancs se forgeraient un paradis conforme à leur idéa^ c'est-à-dire où Ton aurait du tabac et du kangourou à discrétion.
Les efforts des missionnaires n'aboutissent è rieui h'inr digène reste indifférent^ et au milieu de la plus belle prédication évangéliqucy raconte M^' Rudesindo Salvado, se retourne vers le missionnaire et lui dit ; « Tout ce que tn racontes là peut être vrai ; mais j'ai grand'faim, veux-'tu me donner du pain, oui ou non ^7 s (Ouvrage cité, p. 151),
chemenis, la femme s'arrête le temps iodispeaiable, lie le eordon ei vt reprendre ses occupaUoni.
A Selon M. Uiles, on retrouverait sur quelques peints les vestiges d'nn culte aneicn du soleil el de la lune el selon le pvoteot. Hrker ee*
Sous le titre de Caraeière» ethniques se placent les coulâmes, dialectes, et monuments de toute nature.
L'uQ des premiers traits à indiquer est l'esprit de représailles. L'indigène se croit obligé de rendre œil pour œil^ dent fowv àenï, et n'y manque jamais^ loyalement s'il se sent assez fort, ou par surprise. Les femmes sont la cause la plus commune de ces vengeances, qui à leur tour en appellent d'autres, Quelquefôiii c'est la violation de la propriété. Un enfant blessé accidentellement en jouant avec un eamarade d'une tribu voisine suffît pour amener une longue série de ealamités. Mais une superstition inouïe aggrave ces dispositions.
L'Australien n'admet la mort naturelle que par blessure dans un combat. Toute autre par maladie, par une chute d'un arbre^ etc., est le résultat de sortilèges pratiqués par l'ennemi personnel du défunt assisté de quelque sorcier. Divers indiees pendant les funérailles, le vol d'un Insecte, montre la direction dans laquelle doivent porter les coups. La eharge en revient au plus proche parent-, s'il hésite, les amis le rappellent à son devoir, les femmes le raillent. A défaut du coupable supposé, un individu quelconque de la tribu dénoncée expie au besoin le forfait ; semblable fait se retrouve parmi les négrilos des Philippines (Mallat).
Pe vieilles mégères se chargent particulièrement d'entretenir cet esprit de vengeance, tandis que les sages des cor^ noftor/tf« s'efforcent de l'atténueren réduisant les représailles à un combat singulier dont les conditions sont réglées A l'avance.
lui du serpent, Op a parlé piêrqe Ues traces 4*ud cuite phallique (W^-'A. Miles, Onthe Qw^i'^Çods^ Super stitionM, eic^of 4usiraliat in M^fie Sth^- Soc. Lpndon, vqI. 111, t854. — Assist. pro^ect. Parl^er. On CuUom» w4
Un second point à distraire des usages est Tadoptionpour ehaqae famille ou tribu dans TOuest (Grey), aussi bien que dans le Sud (Eyre), d'un signe distinctif, emblème ou kobnng que Ton s^imprime en cicatrices saillantes sur la cuisse. C'est un animal ou une plante que Ton respecte ou protège chaque fois qu'on le trouve sur son passage.
Un troisième est Tinterdiction de certains aliments de Tun ou l'autre règne ou la réglementation de leur usage. Les restriclions ne commencent guère qu'à neuf ou dix ans ; chaque âge, chaque sexe a les siennes; elles varient chez la femme aux diverses époques de sa vie : lactation, menstruation, etc. Quelques-unes dériveraient de la nécessité de ménager certains gibiers ou certaines plantes, dont l'espèce menacerait de s'éteindre (Grey). La plupart sont tout hygiéniques. Ainsi les coquillages du genre unio sont défendus dans rOuest depuis que l'ingestion de certains a produit Tempoisonnement de toute une famille. Le wallaby et deux sortes de rongeurs sont défendus à Port-Lincoln à cause de leurs propriétés trop stimulantes pour la menstruation ^ Inversement, quelques aliments sont recommandés, les lézards par exemple, pour hâter la puberté des jeunes filles, et les serpents rôtis contre la stérilité.
Un trait commun aux nations civilisées et aux peuples sauvages, et tellement inhérent à la vanité humaine qu'il est le premier besoin qui se manifeste après ceux de l'alimentation et de la reproduction, c'est la passion de la parure. Chez l'Australien, elle se traduit par l'usage de bracelets et de brassards, par la mode de se coller les cheveux en mèches et d'y attacher une foule de colifichets : dents
1 Je n*ai pas besoin de rappeler aux médecins qu'ils devront se rendre compte tout parliculièrement de ces croyances, déterminer la substance animale ou végétale à laquelle on peut Fatlribuer et en recueillir des échantillons, aOn qu'on en puisse vérifier les propriétés thérapeutiques. Les Vertus du quinquina ont été ainsi découvertes.
de kangourou, arêtes de poisson^ coquillages, pierres de couleur, queues de chien, etc., par l'habitude de porter un' bandeau de fîlet^ de peau d'animal ou autre^ par l'applica* tion de peintures sur toutes les parties du corps, y compris la face, blanches en temps de guerre, rouges, jaunes ou vertes les jours de fête, se composant de lignes courbes, droites ou brisées^ ne figurant jamais un objet précis. Les deux sexes en font usage^ mais en particulier les hommes. Les gens du Nord-Ouest ont grand soin de leurs cheveux, qu'ils portent en chignon ou en queue, ramassés derrière la tête, et de leurs barbes et moustaches, qu'ils tortillent on relèvent de diverses façons.
L'anthropophagie, l'acte le plus bestial à inscrire au dossier de Tespèce humaine, existe encore en Australie, mais y disparaît de plus en plus. La plupart des indigènes s'en cachent vis-à-vis des blancs. Si je puis en juger par des renseignements incomplets, il serait plus commun dans Queensland et le Sud que dans l'Ouest. Selon M. Staniland Wake, il ferait totalement défaut dans le Nord. Les détails que donne M. Marcet sur les environs de la rivière Isaac sont repoussants : on y sacrifierait des jeunes filles grasses à l'occasion de certaines fêtes, des enfants seraient même élevés dans ce but ignoble. Les morceaux préférés seraient la jambe et la main. Quel serait le mobile de cette coutume? Tout porte à croire que c'est le besoin d'alimentation. On a parlé d'expéditions dans lesquelles les prisonniers étaient dépecés et dévorés. Sur la rivière Mary, dans Queensland, elle ferait partie des cérémonies funèbres,* et les ^mis du défunt s'imagineraient ainsi s'approprier ses
qualités.
Les cérémonies indigènes particulières aux phases de la vie humaine se lient à Tenfance, à la puberté, au mariage et à la mort.
A la première période, nous n'en a^ons qu'une à men-»
tlonner ; Pusage staplde d'amputer les ievix deraièFM pba** langes du petit doigt gauche chez les filles^ six semaines environ après la nai»sanee. Elle est pratiquée par les matrones à l'aide d'un cheveu qui, agissant par écrasement linéaire, détermine la gangrène et la chute du doigt. Collins explique cette coutume par la gène que produirait la présence de cet appendice dans certaine opération de pèche. Elle a été signalée à Port-Jackson, à Port-Stephens, dans Queensland, et tout à fait dans le Nord-Ouest, à Baagle* Bay.
Les Australiens attachent une haute importance au paa«» sage de la puberté à la qualité d'homme fait^ et l'indiquent par une série d'épreuves et de cérémonies symboliques qui se font souvent dans les corroborieSj mais auxquelles les Européens ne sont pas toujours admis ; souvent les femmeg aussi en sont exclues, comme incapables sans doute d^as* sister à un acte sérieux. Parfois l'épreuve est assez simple : le néophyte est tenu d'attraper et de tuer un kangourou à la course on de passer quarante-huit heures seul dans la forêt. D'autres fois la cérémonie a lieu en grande pompe, comme celle qu'a décrite Damont d'Urville. Ailleurs^ il y a jusqu*à trois et quatre degrés à traverser à intervalles de plusieurs années. A Port-Lincoln, le premier est fMtncbi vers quatorze ou quinze ans, le deuxième vers dix-sept ans, le troisième vers dix -huit à vingt ans. A leur suite, Tinitië jouit de tous les privilèges de l'homme, notamment de celui de prendre femme. Tontes les mutilations dont nous allons parler, savoir : le tatouage, la perforation de la oloi* son nasale et des oreilles, l'extirpation des poils du pubis, l'arrachement des dents incisives supérieures et la circoncision, se rattachent plus ou moins à cette initiation. Toutes se pratiquent très-inégalement dans toute retendue du continent et tendent à disparaître. Dans plusieurs endroits^ les jeunes gens ne s^y livrent que par bravade ou pour
jouîp des privilèges qui y sont attachés. « La perfarntion dii nés ét'tepaâsaged'un bâton à IraverB, disait d^à R. Dawson en 1825, n'est plas, de la part des indigènes, qu'one matière à plaisanterie. »
Le tatouage est la seule de ces mutilations qui se pratiqué quelquefois aussi chez la femme (Eyre). Elle consiste en oicatricea saillantes sur diverses parties du eorps, sauf la face» en lignes droites ou brisées ou figurant grossièrement une fleur, un insecte, etc. (c'est le kobong). Les Corûâji$ incisent d'abord la peau avec un coquillage tranehant,^ puis brûlent ou irritent la plaie pendant plusieurs mois^ jusqu'à ce qu'il survienne un bourrelet eicatrieiel allant jusqu'à la grosseur du petit doigt. L'opération est quelquefois trèsdouloureuse et très-sanglante. Ce genf^ de tatouage se rencontre surtout parmi les tribus de la périphérie du con* tinent^ sauf peut-être dans le Sud-Ouest.
La perforation de la cloison des fosses nasales fViit défkut d*on6 façon bien plus absolue dans l'intérieur. Le seul cas qui en ait été rapporté est celui d'un jeune garçon vu par Leichbardt dans son trajet de la baie de Moreton à Port- Sssington. C'est à la périphérie du continent qu'elle se rencontre çà et là. Elle se {^atique assee bas, de façon qu« les narines se trouvent relevées par le bftton ou l'os de kangourou qu'on introduit ensuite dans l'orifice. Ce bâton, qui parfois coupe la figure dans toute sa largeur, produit le plus «Bgulier effet. Les Papous, qui ont lé même usage^ ae perforent la cloison plus haut que les narines^ au cpn-» traire.
(^ perforation des oreilles, afin d'y introduira un os ou d'y suspendre un objet, parait avoir été très^pratiquéê^ mais est aujourd'hui tombée en désuétude.
L'arrachement des poils du pubis cbé2 les jeupes garçons^ ^t j>ar exception, en signe de deuii^ chex les fefioacsj 0^t indiquée par Eyre dans la région du Murray ; eUe rem*
place la circoncision et est pratiquée vers Tâge de quatorze à fieize ans par plusieurs opérateurs^ hommes, femmes et xnôme enfants de dix ans, qui se succèdent.
L'extirpation des dents, limitée aux incisires supérieures moyennes, celle de gauche à la haie Caledon, sur la rivière Mackenzie, etc. ; celle de droite à Port-Jackson ; les deux, le long du golfe de Carpenlcric, sur le Darling, etc., se rencontre dans le Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Est assez fréquemment, mais rarement dans le centre et dans Queensland. Deux tribus se touchant se comportent d'une façon différente à cet égard; dans une même tribu tout le inonde ne s'y soumet pas.
La circoncision s'observe principalement dans le Nord et dans le Sud, et çà et là dans l'Ouest et dans Tintérienr de TAustralie méridionale. Dans la péninsule de Lincoln et le long de la côte jusqu'auprès de King-George-Sound, une autre mutilation s'y ajoute : Funditus usrjue ad ureihràm a partû infera penis^ dit M. £yre. Il est certain qu'elle est an* térieure à l'arrivée des premiers Européens.
Mais ce qui domine dans la distribution de ces coutumesi c'est leur variabilité d'une tribu à l'autre : telle tribu se pratiqoe.une, deux et jusqu'à trois mutilations, telle autre aucune. C'eH.au centre qu'elles sont le moins répandues, c'est-à-dire parmi les indigènes les plus intelligents, par exemple dans la tribu si bien constituée au physique de Cooper's-Creek. Mitchell dit avoir remarqué que ce sont les tribus les plus fières et les plus belliqueuses du Darling qui laissent leurs dents intactes. Pour tout ce qui concerne ce chapitre, je renvoie à Texcellent résumé de M. Stanîland Wake, p. xxiii du Journal ^anthropologie de Londres, janvier 1871.
La façon de disposer des morts est une des coutumes auxquelles on attache quelque importance en ethnologie. Les procédas en Australie sont nombreux et peuvent se
rattacher à trois systèmes : reosevelissement, la crémation et Texposition.
Dans Je premier, le cadavre est enterré horizontalement ou accrbapi, les gênons et les mains rapproches du menton ; un tas de pierres on de terre, ou une petite hutte, est éleyë au-dessus ; les arbres voisins sont marqués du kobfmg de la famille, et des feux allumés auprès pour chasser le mauvais esprit. Il y a quelques cimetières communs. M. Blandowski en a vu, dans le district de Loddon, de forme oblongue et de 100 à i20 pas de longueur. Ceux décrits par M. Campbell à 111e de Melville étaient entourés de perches de 14 à 15 pieds àe hauteur et des lances des décédés fichées en terre.
Dans le Becond, le corps est brûlé et ses cendres recueillies, ou enfumé jusqu'à ce que la chair se détache, .les 08 étant ensuite conservés et le crâne servant de vase à eau'. M. Bamard Davis a dans sa collection cinq de ces crânes venant d'Adélaïde .. . .
Dans le troisième, lo^iBorps est séché au soleil et plus tard ermSâppé et caché dans un tronc d^rbre ou perché danj(ses branches (Stokes, Stuart]. Parfois aussi, on fait des lanières avec sa peau qu'on partage entre amis. Ou bien, il est abandonné jusqu'à décomposition complète sur une plaie-forme élevée, protégé à peine contre les oiseaux de proie par un linceul d'écorce. Enfin, dans Queensland et le nord de la Nouvelle-Galles, le corps est dépecé, distribué à la famille... et mangé (Mitchell, Lang, Davies, Schmidt, cit^s par M, Wake) *.
i Dans ma Aei>ti0 critique des derniers travaux publiés sur les Aus« iralîens, sous pressn dans la Revue d^ anthropologie, S* fascicule 187S, j*at présenté aulreineni leur troisième façon de se comporieravec les morts.
Leur troisième système^ dis-je, est non pas l'ei position, mais la con* servatton du corps en tout ou en partie. Pour préparer le tout^ on proche à une sorte de momitication par Pexposiiion au soleil ou sur une
D'une manière générale^ les Australiens n'ont de respect pour les morts que pendant un temps limité. Dans TOuesty des feux sont allumés sur la tombe de temps à autre pendant trois ou quatre ans. Dans TAustralie méridionalOi M. Eyre les a vu repousser du pied les ossements des leurs sortant de terre» et les laisser se disperser avec indifférence. Les enfants en bas âge sont enterrés sans cérémo* nicj les femmes aussi quelquefois* Les funérailles semblent plutôt réservées aux hommes ; à cette occasion^ il est d^p*. sage d'afficher une grande douleur; on se couvre la tête de cendres chaudeSi on s'arrache les cheveux en diverses parties du corps^ on se brûle la peau, on se lacère^ on se donne des coups de tomahawk, le sang coule. Puis,, on cesse de prononcer le nom du décédé, et si même quelque, animal porte ce nom> on change celui-ci.
L'existence, sinon de castes^ du moins de classes^ est un des faits les plus inattendus dans l'histoire de rhomme aus-^ tralien. Ce qu'il y a de singulier et reporte fort loin leur origine, sur laquelle d'ailleurs aucun indigène ne peut donner de renseignement, c'est qu'elles se rencontrent aussi bien parmi les tribus inférieures que parmi les tribus supérieures. ^ *>r'^
uDans le voisinage de Port^ËssingtoU) dit M. £arl, nous avons découvert une distinction en castes, ou mieux, les traces de cette distinction, car personne n'a pu nous ren*
plale-formc au-dessous de laquelle ou entrelienl du feu. Quanl on ne veut qui! les os^ le corps est abandonné à la décomposition sur une plate-forme encore jusqu*à ce que les chairs aient disparu ; par exception^ sa peau est coupée en lanières qu*on se distribue et ses chairs mangées par les assistauis. Les restes^ corps desséché ou ossements^ sont enveloppés d'écorce et logés dans un trotte d*arbre ou dans ses branche», ou conservés dans la famille, qui les transporte avec elle. Mais souvent oa ne garde que le crSlne, qui sert de va^e à boire.
Ces vues^ entièrement neuves et sur lesquelles j'appelle ratieniioo, expliquent bien des bisarreries.
seigner sur leur valeur et leur raison d'être. Il y en a trois : les manjar^ojaiti ou sortis du feu» les manjal*^wulli ou sortis de la terre et les mambulgils ou fabricants de filets. La première serait la classe supérieure, dont les chefs font parti, lorsque la tribu en reconnalti » Dans les tribus de Kamilaroï, à l'est des montagnes Bleues^ il y a, dit le missionnaire Ridiey, quatre classes^ lesquelles ne peuvent s'allier entre elles. A King-George-Sound^ d'après Scott Nind, il y en avait deux» L'une des tribus de Port^-Jackson était supérieure aul autres et fournissait spécialement les karradam A Por^iUcoln, il y a deux classes du nom de maiteri et de karrcj^u et obligées de se marier entre elles.
Los trois épithëtes de warrara^ de pardnapa et de mlyal* l^iigesy que doivent porter successivement les jeunes gens de quatonee à vingt ans dans cette même localité de Port- Lincoln, n'auraien t'élis pas quelque rapport avao ces dis*" tinotions?
Les Indes, et en particulier le Dekkaui possèdent des monuments mégalithiques qui ont une lointaine ressemblance aveu ceux de nos contrées s rindo«Ghine et Tile de ^Jav# ontrtdes ruines grandioses de temples somptueux; quelques iks de la Mioronésie, les iles Fidji, Ladrone^ ont d'énormes monolithes, et l'ile de Pâques, des figures giganiesquesi vestiges hissés par des populations antérieures^ Rien de semblable n'a êticore été découvert en Australie.
Le pseudo-cromlech^ ou mieux la chambre couverte dont on a parlé, au sommet du mont Alexandre^ à 70 milles de Melbourne, est dû au hasarda Le cercle en pierres d'une nature étrangère à la contrée que MM. Denison et Fry ont décrit dans le district de Paterson se rattache sans doUte à des usages funéraires perdus^ dont on retrouve les traèes parmi les tribus du centre ; ce sont des pierres dres- ' ^es de 1 pie4 à peii^ de hauteur^ au centre s'en trouve ^-^9^ autre de 3 pieds. Les naturels ne veulent pas qu'on
y touche^ ni donner aucun renseignement sur elles« Il serait cependant utile de fouiller auprès de la pierre centrale. D'ailleurs, comme tous les peuples sauvages^ les Australiens attribuent toutes sortes de vertus aux pierres* M. Ëyre parle de petites enceintes dessinées avec de petites pierres quijouissent de la propriété de guérir les furoncles. Les cairn rencontrés par sir G. Grey sont peut-être de ce genre.
Faut-il attacher plus d'importance aux travaux de drai* nage vus par le protecteur Robinson : « une triple ligne de canaux de S pieds de largeur sur 18 pouces à 2 pieds de profondeur, s'étendant sur une longueur de 500 mètres, eu rapport avec des cours d'eau très-ramifiés?» Parmi les puits ordinaires en si grand nombre, que les voyageurs du centre ont rencontrés, il y en avait d*un travail plus complexe : l'un, de 15 pieds de diamètre, traversait un banc compacte de calcaire, et s'élargissait an-dessous ; d'autres avaient de 8 à 12 pieds de largeur sur 20 à 22 de profondeur.
Mais les plus remarquables vestiges sont certaines des
peintures et sculptures dont nous avons parlé. Le capitaine
Sterling, à 50 milles à Test de Pesth, dans ^Australie occi«
dentale, entra dans une caverne voûtée ressemblant à une
ruine, sur Tune des parois de laquelle étaient sculptées une
figure grossière du soleil, avec ses rayons, et des empreintes
de pieds et de mains. La cave de Flinders^ dans le golfe de
Carpenterie, était tapissée de figures au charbon sur un fond
rouge ; entre autres, trente-deux personnages poursuivant
un kangourou. Quatre couleurs avaient été employées dans
celles de Gunningham et de Baines, au nord aussi.
Les grottes de Grey sur la rivière Glenelg, à 16 lieues de la côte nord-ouest, sont les plus intéressantes. Il y trouva une série de figures d'hommes esquissées en rouge, ayant des yeux en amande situés sur une même ligne transver* sale, une sclérotique jaune et un nez petit tout différent du
nez australien actaeL Puis une figure en pied de 3 mètres de hauteur, ayant les mêmes caractères, mais vêtue d'une longue robe commençant au cou, munie de manches serrées aux poignets et descendant jusqu'aux talons. Enfin, une tète sculptée en creux avec beaucoup de goût sur un rocber de grès. Ses traits étaient tout à fait exceptionnels : elle était bracbycépbale, orthognathe, à occiput aplati ; le front était bien développé, les arcades sourcilières, le nez et les lèvres de volume moyen, c'est-à-dire petits par rapport à TAustrallen prédominant aujourd'hui; enfin le menton était saillant et pointu. Des trouvailles de ce genre ouvriraient un nouveau jour sur les origines australiennes^ et peut-être la région centre-ouest, qui fait suite à la petite portion explorée par sir G. Grey, nous en réserve-t-elle la surprise I
Ces étranges coutumes disséminées par tout le continent, ces traces d'institutions dont quelques-unes semblent trop élevées pour l'état intellectuel des Australiens actuels^ ces rares vestiges d'archéologie, où remontent-ils^ et à qui en attribuer l'origine ?
Une hypothèse a été émise en Angleterre* Les indigènes de nos jours seraient le reste d'une race locale antérieure civilisée. Mais n'eùt-il pas fallu auparavant se demander si quelque conquête étrangère n'aurait pu agir en Australie antérieurement à l'apparition des Portugais en Malaisie, c'est-à-dire au commencement du seizième siècle avec Sequiera 7
On sait par exemple que Pile de Java est couverte de temples admirables se rattachant les uns à une époque brahmanique , les autres à une époque bouddhiste , et qu'en 4478, un puissant empire hindou y a succombé à la suite de la prise de Majahabit, sa capitale ^ Cette do-
< Uislory and Présent State of theindian ArchipelagOf hy Horace Saint* John. London, 1853^ 9 vol.
minalioiii qui a été remplacée par celle des Malais^ puis par celle des Portagais, avait envoyé entre autres une expédition dans nie de Bornéo^ où Ton retrouve des traditions et des restes de monuments brahmaniques. Pourquoi n'en aurait* elle pas envoyé aussi en Australie? Quelques superstitions communes à ce pays et à TAsie, la figure de Tbomme en tunique découverte par sir Grey sur la côte tiord-ouest et la persistance des castes jnslilieraient d priori cette con» jecture. Mais la propagation de celles»oi dans les régions les plus distantes de TAustralio eût exigé un temps consi^dérable, pendant lequel les seelateurs qui ont élevé les édifices d*Angkor dans le pays de Biam) de Boroboro et autres à Java» et ceux de Bornéo n'eussent pas manqué de construire quelque chose du même genre» Jusqu'ici on n'en a pas trouvé de traces. 11 faut donc renoncer à cette première supposition.
Cet empire hindou^ s'il faut en croire Bhi-Fa> un voya-* geur chinois qui, avaût Tare ehréttenne, aurait séjourné cinq mois à l'Ile de Java, remontait à la plus haute antt<« quité et barrait le passage aux Malais qui n*apparaisseut dené Thisloire^ selon leurs annales qu'en 4i60t alors qu'une émigration des leurs, partie de Palembang, dans Tlle de Sumatra, serait allée fonder Singapoure dans la presqu*tle de Malaccai 11 n'y a dono pas lieu de s'ooouper d'eux, d'aulant moins qn'aut^une des coutumes australiennes ne nous y sollicite»
Mais avant le douzième siècle, il a dû s'opérer bien des mouvements de populations dans ces innombrables lies de la Malaisle â*une ethnologie si complexe. Certaines des mœurs et coutumes australiennes se retrouvent dans la Nouvelle^'Guinée) les Molluques et les Philippines parmi les nègres négritos et papous» C'est alors surtout que se place la grande migration qui a porté les Polynésiens de nie Bourou ou Borolou dans les Molluques, aux lies Samoa
et Tonga, puis aux lies Marquises vôra le cinquième siècle, à Taïti vers 11 00, et à la Nouvelle-Zélande vers 1500, ainsi que Ta si bien exposé M. le professeur de Quatrefages. Est-il vraisemblable qu'une de ces migrations n'ait pas abordé en Australie ? De très-nombreux usages se retrouvent à la fois sur ce continent et en Polynésie, et il y a de grandes présomptions, en efiPet, pour que les Polynésiens aient exercé depuis Tère cbrétienno une notable influence sur les mœurs fiustraliennes, ce que nous développerons plus tard.
Il n'est donc pas nécessaire de recourir d'emblée à l'hypothèse d'une dégénérescence de la race. Un certain nombre des usages que nous avons énumérés ont dû d'ailleurs prendre naissance sur place dans les conditions mêmes où nous retrouvons aujourd'hui les indigènes.
Les données historiques ou légendaires, dont il vient d'être question, nous rappellent qu'il est encore une voie à explorer. Je veux parler des chanls et des traditions. On pourrait en découvrir dans les lies environnantes aussi bien qu'en Nouvelle-Hollande qui jetteraient quelque jour sur ces problèmes ardus. Les chants parmi les Australiens se transmettent de génération en génération et de tribus à tribus des points les plus éloignés. Il y en a dont les indn gènes ne comprennent rien aux paroles et auxquels ils attribuent des pouvoirs magiques. Des fragments décousus, réunis avec soin, arriveraient sans doute à prendre un sens. N'est-ce pas par des chants et des traditions qu'on a reconstitué l'histoire des migrations polynésiennes précisément? Les Anglais en ont déjà recueilli en vue de l'idée religieuse^ mais sans qu'elles aient encore, il faut l'avouer, conduit à quelque chose.
Mais on ne saurait trop se défier des Australiens. Sir Grey raconte que» questionnés sur l'origine de leurs coutumes et de leurs lois, ils inventent volontiers des lé*-
gendes pour ne pas paraître ignorants et poar vous 'satisfaire. Il vous observent, dit M*' Rudesindo, et règlent leurs réponses sur vos désirs.
Un autre genre de recherches, dont on se gardera bien de laisser passer la moindre occasion^ est celle de vestiges humains sous les caim et iumuli, dans les cercles de pierre et grottes anciennes, et surtout dans les alluvions non re* maniées. Tucker, en 1803^ découvrait par hasard à Port- Philipp un crâne fort ancien enfoui profondément sous terre. En semblable cas, il faudrait noter minutieusement toutes les circonstances qui permettraient de lui assigner une date. Qui sait, en effet, si Ton ne retrouvera pas en Australie Thomme du Néanderthal ou d'Ëguis* heim?
Personne n'ignore^ d'autre part^ les singularités qu'offrent à la fois la flore et la faune de ce pays et que sur elles repose pour une bonne part la célèbre doctrine des centres de création^ des règnes d'Agassiz. Là, comme à Madagascar, la puissance de formation ou d'évolution aurait opéré comme à part ou différemment. S'il en' est ainsi. Tune des races humaines actuelles ou éteintes a pu y prendre naissance, et la découverte de formes zoologtques nouvelles : espèces humaines, anthromorphes ou marsupiales dans les couches quaternaires^ ou même tertiaires de ce
^ On n*a pas CDcore découvert, en Australie, de singes proprement dits, vivants ou à i*éial fossile, tandis que les espèces en sont nombreuses dans Tarchipel malais, à côié, notamment Torang et le gibbon. Jusqu'à ce Jour, les restes fossiles trouvés dans les alluvions de la Nouvelle^HoUande, entre autres dans tes gold^drifts^ ou dans les cavernes à o&sements, se composent les uns d'espèces très-grandes et éteintes, mais appartenant aux genres d*aujourd*bui : macropus^ diprolodon, phcUangister, dasyurus, etc., les autres d'espèces encore vivantes (voir les Mémoires du professeur Owen, ceux d^Alfred Selwyu et de W.-B* Glarke, dans les Proaedingt ofthe Gwhg. Soc. of London de 1S5S jusqu'à ce Jour).
continent n'aurait rien de surprenant. G^est de l'Australie déjà que Darwin a rapporté le germe de ses grandes idées, il accompagnait le commissioner Stokes à bord du Beagle.
Ma qualité de profane en matière de linguistique m'interdit de parler longuement des langues australiennes : un sujet cependant plein d'avenir sxir lequel les Anglais ont déjà beaucoup publié. C'est à Sir G. Grey qu'ils rapportent rhonneur d'avoir le premier établi que les nombreux dia« lecles usités dans l'Australie du Sud dérivent d'une même souche rentrant dans le système agglutinatif (Pruncr-Bey)* M. Fr. Mûller, attaché comme linguiste à l'expédition de la Novara, qualifie en effet celles du Nord de peu connues, tandis qu'il partage ceux du Midi en trois groupes : les dia« lectes de l'Ouest parlés à la rivière des Cygnes, à King* George -Sound, etc., les dialectes delà rivière Murray et les dialectes répandus auprès de la baie de Moreton, dans les plaines de Liverpool, etc.
LeR.Taplin, dePortMac-Leag, dans l'Australie méridio* nale, émet une autre idée qui coïncide avec mes tendances. « Les Australiens, dit-il, appartiennent évidemment à deux races : l'une aux cheveux droits et au teint cuivré, voisine de la race polynésienne, l'autre aux cheveux frisés et noirs,, mélanésienne. Peut-être la caractéristique de la première serait-elle dans l'emploi des pronoms monosyllabiques et celle de la seconde dans celui des pronoms polysyllabiques 7 »
Mais la véritable question à l'ordre du jour et dont M. Pruner-Bey a dit quelques mots dans cette enceinte est Tanalogie de certains des idiomes australiens avec les langues dites dravidiennes, langues qui prédominaient dans llnde avant l'invasion aryenne et l'introduction du sanscrit.
La pensée exprimée par le R. Taplin mériterait ensuite d'être prise en considération. Ne poiirrait-oii, dans les radicaux, formes ^ammaticales, etc., des langues australieimes
retroaver les triice9 d'une autre langue antérieure, tou^t autre et certainement plus simple ? Une langue importée par une raoe relativement supérieure ou numériquement plue forte ne se substitue pas à celle d'une race inférieure aans conserver pendant longtemps des vestiges de cette deiv nière. Tout, en effet, porte à croire que les langues actuelles ne sont pas celles qu'ont dû parler les premiers autocbihones. La comparaison de ces vestiges serait faite avec les idiomes usités encore par les nègres des Philippines* des lies Andaman, de la Nouvelle-Quinée et des archipels qui gisent au nord*est de l'Australie ^
Leur système de numération est fort élémentaire. Ils n'ont en général que les mots tin, deux et hicucoup* Pour exprimer troH, ils disent un et deux ; pour quatrcy deux et deux. Quelques-uns ont le mot troi$ et vont jusqu'à êix; après quoi c'est toujours beaucoup* Pourtant les indigènes du bas Murray, d'après M. Beveridge, diraient une main pour cinq, deux maine pour dix, et ceux de Victoria, d'après M. Stanbridge, compteraient les jours de la lune avec les os et les jointures dés doigts, des avant-bras et du bras *.
Ils n'ont rien qui ressemble à l'écriture, mais savent se donner des indications. Ainsi une pierre perchée à àiSé» rentes hauteurs, donne Theure à laquelle l'un d'eux est passé en cet endroit.
Lé ehifflre des indigènes que renferme le continent aus-
^Notêton a Comparative TahU of ÀmtraUan Languagee, by révérend George Taplio (J<wm. Anthrop, InfliU^ vol. I, 1871). «• OnPoiUionof AustraUan Languag^^ by W.-H.-J. Bleck {Journ* Anihr. Inst^ vol, I, 1871). — Ontke Kamilaroi Tribe of Australian and their Dialect, by révérend W. Ridley (/otirn. Ethn.'Soc.^ vol. IV, 1856).
* AhoHgtnes of the Central Trihee of Vieioria, by W.-B. Stanbridge {frane* Mihn, Soc. London, new seriSi isst).
tralien 9, éii ti'èt'ditdrgemflnt estimé. Lorsqu'on oomman- Qait à bien eonnaUre ses oôtaa et à pénétrer clans son intërienr^ il a été fixé par les uns à 70^000^ par les autres i S ou 300^000. Quelques cantons ont paru trèa^^peuplés une année et presque déserts Tannée suivante ; ainsi sur le» rives du lao Alexandrina pour M. Ëyre, dans la pays de Blsbop's Greck pour M. Stuart. Le cours du Darling, que Sturt descendit le premier en bateau en 1890, était cou« vert dindigènes ; plus baut il rencontrait un campement qu'il évalua de SOO à i 100 babitants. Les navigateurs du NordoOuest furent quelquefois attaqués par des bandes nombreuses. Lorsque Stuart dans sa première tentative de traversée fut obligé de reculer^ il en sortait de derrière chaque arbre. Sur le Barwan au delà du montMurcbison, dans les Iles de la baie de Rockingham^ aux abords de la rivière Albert dan3 le Nord, au centre de la péninsule d*Arn« beim^ dans Tintérieur par le 27* degré de latitude sud les voyageurs signalent de nombreuses tribus. Le bassin de Pitzroy et de ses afiQaents, la ligne de partage des eaux du Burdelin et de la Norman au contraire seraient peu habités.
Ces populations se fractionnent à Tinfini ea tribus indé« pendî^ntes composées chacune de 15 à 300 individus. Mais il faut se défier des cbi£Pires trop faibles, cartrès^souvent on a pris un parti de éhasse ou une simple famille pour une tribu. Nous avons dit que parmi les indigènes misérables de la race inférieure» la distinction en tribu n^existe même pas.
Les sept tribus du bas Murray étudiées par M. Beveridgo comptaient en 1840 en moyenne 50 individus chacune; celles de Bathurst et de Melvill, décrites par le major Camp**, bel], étaient en 1834 de 30 à 40; celles de Yarra et de Port- Western en 1839, la première de 124^ la seconde de 83 ; les quatre réunies de Somerset de 250 à 300 ; une en particulier sur le Darling, notée par Stuart, de 300; celles de Port-Stepbens de 100 à 300 chacune, etc.
Mais le fait dominant et profondément donloareux est la dimination progressive de ces chiffres. Les quatre tnbus de Port^Jackson, recensées en 1788 à i 500 par le gonvernenr Philipp, ont aujourd'hui totalement disparu. Threlkfeld cite en 1839 le cas d'une tribu de 164 personnes descendue à 3 en quatre ans. La population de TAustralie méridionale, de tt046 indigènes en 1861, n'était plus que de 3369 en 1871. Celle de la province de Victoria, eslimée à 5000 en 1824, recensée à 2693 en 1831 et à 1 908 en 1863, était vé^ dniteà 859 au dernier recensement d'avril 1871.
Les deux statistiques suivantes mettent le doigt sur la plaie. De 1840 à 1844^ le protectorat de Lincoln relevait dans sa circonscription 27 naissances seulement contre 50 morts. Les deux tribus de Yarra et de Melbourne étaient de 207 individus au 20 novembre 1839. Jusqu'en décembre 1843y c'est-à-dire en quatre ans, il n'y eut que 5 naissances pour 36 décès.
De nombreuses causes contribuent à cette effroyable dépopulation, inhérentes les unes à la présence des Euro* péens, les autres aux maladies prédominantes des indigènes, les troisièmes à leurs mœurs et à leur organisation propre.
La plus générale parmi les premières est, en ce qui concerne spécialement l'indigène de la race supérieure, plus inteliigente, le changement considérable qu'a opéré dans ses habitudes le flot montant de l'invasion anglo-saxonne. Du jour au lendemain, le gibier, et en particulier le kangourou, a disparu autour de lui, refouié ou anéanti ; ses plantations ont été expropriées, les institutions de sa tribu désorganisées ^ La situation d'un des nôtres qui, après avoir vécu sans souci de l'avenir pendant de longues an-
1 Anthony Forster, membre du Conseil législatif d*Adélalde, South AuiiraUa* London, 1S66,
nées, se verrait brusquement obligé de renoncer à un modeste métier, n'est rien auprès de la sienne. L'Â.usiralieui nous Tavons dit, est passionné du bush; une existence monotone et sédentaire ne lui va pas, il a besoin d'air et de liberté; faut-il donc s'étonner qu^il se plie mal aux exigences d'une vie bourgeoise et que dans les conditions qui lui sont faites il dépérisse et meure ?
Le contact des Européens a été plus déplorable encore pour les êtres misérables dont le sol a été envahi le premier, et dans lesquels je vois surtout les restes de )a race négroïde primitive. A coup sûr, par paresse, indolence ou stupidité, ils étaient moins aptes à se faire une nouvelle vie; aujourd'hui^ leur temps se passe à vagabonder et à boire et leur incapacité, dans Tétat naturel, de résister à leurs penchants et de ne pas se gorger de nourriture tant qu'il en reste à leur disposition, n'a fait que s'exagérer à l'égard des boissons alcooliques qui leur étaient absolument inconnues avant l'arrivée des Européens. L'alcoolisme, en effet, exerce de grands ravages parmi eux.
A la suite de cette maladie, trois méritent encore d'être mises en première ligne : la phthisie, la variole et la syphilis.
La première est loin d'être aussi rare en Australie que les Anglais l'ont prétendu. Une statistique recueillie par M. W. Thompson {Australasian de Melbourne du 12 novembre 4870), d'après les registres généraux de la province de Victoria, arrive à cette conclusion : la fréquence de la phthisie pulmonaire à Melbourne vient immédiatement après celle qu'on constate dans l'Etat du Massachusetts, le pays du monde le plus éprouvé sous ce rapport. « Près du tiers de la population adulte de Melbourne, de vingt à quarante-cinq ans, et plus d'un sur quatre de la totalité de la province de Victoria aux mêmes âges succombent à la
phthisie » . Chaque année le nombre en va croissant à Vhô*
pital de Melbourne. Les nouveaux venus n'en sont pas frappes de préférenee, mais « cenx nés dans la colonie aussi bien que ceux qui l'habitent depuis dix ou vingt ans ».
Les indigènes ne doivent pas être épargnés dans cette hécatombe. Chacun sait que le changement d'habitudes et le spleen prédisposent à cette maladie. Ils ne doivent plus se nourrir copieusement dans la zone européenne. Pal In quelque part que^ venant à la ville et s^ habillant à notre façon^ ils se hûtent, au retour, de jeter leur froc aux orties et deviennent très-sensibles aux intempéries des saisons^ d'où de nombreux refroidissements. Le fait suivant, d'ailleurs, tranche la question quant à TAustraHe occidentale .: treize natifs vinrent en partie de plaisir de la baie des Requins à la rivière Murchison; trois mois après, douze avaient succombé à la phthiaie galopante, forme qu'elie revêt souvent dans cette région, et le treizième s'en retournait mortellement atteint (Oldfield).
La part de la variole nous est montrée par le passage suivant emprunté à un couAÎct, Barrington : « Un an après l'occupation de Botany-Bay, en 1788, la petite vérole se fit conualtre pour la première fois aux naturels et y exerça les
plus affreux ravages Les cavernes des rochers étaient
toutes remplies de cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants exhalant une odeur infecte et pestilentielle Des
familles entières y gisaient. » R. Daieson, de son côté, écrit que^ à Port-Stephens, les fièvres éruptives étaient inconnues. Des éclaircissements seraient donc à désirer. Quelles tentatives aussi ont été faites pour pratiquer Tinocuiation pré- 'ventive parmi les indigènes de la zone européenne? . La syphilis comme toujours est invoquée, et je croirais volontiers qu'on a exagéré son influence, si la commission instituée a Adélaïde en 1860 n'assurait que « la forme in-* troduitedans le pays par les Européens est infiniment pIuQ ^ra?» que celte qui existait Boparavaat. n
Le scorbut et la dyssenterie sont aussi indiqués. .
Les causes de mortalité inhérentes à la constitution phy- /
sique et aux mœurs de Tindigène sont importantes à appré<« cier, et tout d'abord demandons-nous quelle est la longévité et le degré de fécondité de ses femmes ?
L^absence de procédés pour compter au delà de six ou de dix avec les doigts, ou de vingt-huit pour les jours de la lune, rend difficiles les investigations sur le premier point. Jamais un Australien ne peut vous dire son âge. Selon M. Beveridge, les femmes atteignent exceptionnellement celui de vingt-cinq ou trente ans, et les hommes seraient vieux à la même époque. Le révérend Mackenzie recule cette limite vers quarante ans pour les deux sexes. Sir G. Grey se borne à dire que la vie moyenne dans l'Ouest est moindre que dans les pays civilisés ; cependant il aurait vu un vieillard de soixante et dix ans, et M. Eyre, plusieurs de quatre-vingts ans. Je laisse donc au protecteur Thomas la responsabilité des chiffres suivants qu'il dit avoir obtenus à force de persévérance. Les deux tribus de Melbourne se répartissaient ainsi en 1839 : 140 individus avaient de 1 à 30 ans, 51 de 30 à 50, 43 de 50 à 70, 3 de 70 à 80 ans K
En ce qui concerne la part de la femme, remarquons d'abord qu'elle est très-inégalement répartie; queiqueshomraes en possèdent plusieurs légitimement, tandis que d'autres en sont réduits à celles qu'ils peuvent enlever, détourner ou emprunter. Rappelons-nous les mauvais traitements qu'elles subissent et la prostitution sous toutes les formes à laquelle elles se livrent, ce qui devrait diminuer leur fécondité. Néanmoins et contre toute attente, celte fécondité laisse peu à désirer. Elles deviennent mères de bonne heure; M. Beveridge en a vu une à 43 ans. Sir G. Grey a trouvé dans
1 Impressions on Australiat p* 185, in thelAborigines of Port'PMypf by Ricbard Howltl» London, 1845, in-19»
rOnest que 44 femmes passé Tâge du retour avaient eu ensemble 188 enfants, soit 4 et demi par tête, 3 en ayant eu 7 et une seule étant demeurée stérile. Le révérend Schurmann dit que le nombre d'enfunts à Port-Lincoln serait de 4 par famille. Le prolecteur d'Adélaïde, vers 1844, accuse en 4 ans 27 naissances pour 39 femmes, c'est-à-dire un enfant pour environ 6 femmes. Les jumeaux paraissent se présenter aussi souvent que chez nous ; j'en connais quatre cas, écrit sir Grey.
Mais le fait capital, c'est la rareté de ces femmes. Ainsi Thomas, à Melbourne, sur 210 individus, ne compte que 87 femmes pour 123 hommes. Threkfeld ciîe une tribu ainsi composée : 28 hommes, 2 femmes, 2 garçons et pas de fille. Les rapports officiels de la Nouvelle-Galles du Sud établissent en 1839 que 50 pour 100 des femmes y sont mortes en deux ans. Au dernier recensement de la province de Victoria, en 1871, les859 indigènes comprenaient 343 femmes seulement contre 516 hommes.
M. Ëyre attribue ces faits à la mortalité de la femme déterminée par la débauche que favorisent les Européens, et cite à Tappui les observations suivantes. La sixième année de la fondation d'Adélaïde, les 150 indigènes du voisinage se composaient de 70 hommes^ 39 femmes et 41 enfants, savoir : presque moitié moins de femmes que d'hommes. Au contraire, dans le district de Moorunde^ où les indigènes vivaient isolés du contact des Européens, les hommes et les femmes étaient en nombre égal. Mais une autre explication en peut être donnée. Les tribus de Port- Lincoln et celles de Moorunde ne sont pas semblables; les premières appartiennent à la race des côtes, et les secondes à la race sinon supérieure, du moins intermédiaire. Les lois physiologiques qui régissent les unes ne s'appliquent donc nécessairement pas aux autres.
Les mauvais traitements ont certainement la plus grosse
part dans cette rareté. Mais suffisent-ils à tout expliquer? Sir G. Grey dans TOuest, sur 222 naissances, n'a compté que 93 femmes pour 129 hommes.
Voici donc une natalité moindre bien constatée, la rareté des femmes. Notons ensuite le peu de soins que les mères prennent de leurs enfants, et la quantité qui en succombent, « plus grande que chez les nations civilisées » , dit M. Grey , la diarrhée et les refroidissements qui les enlèvent venant de leur état de nudité et de Tinsuffîsance de leurs abris. Sur 5 enfants qu'une femme aurait en moyenne à Adélaïde, 2 à peine survivraient d'après M. Moorhouse.
Mais la cause l'a plus puissante de mortalité est encore rinfanticide. Il se pratique largement sur toute l'étendue du continent^ et sans autre règle que le caprice du père et de la mère ; voici plutôt dans quelles circonstances :
De deux jumeaux Tun est généralement sacrifié. Les nouveau-nés difformes subiraient le même sort. Lorsque deux enfants naissent àtrop court intervalle^ le plus jeune estassomme le long d'un arbre, jeté à Teau ou enterré vivant,, par la raison^ dit tranquillement le père, que la femme ne peut en nourrir deux à la fois. La troisième fille qui survient est mise àmort, parce que, aurait répondu un indigène à M>' Rudesindo sur la rivière des Cygnes, dans TOuest, il ne convient pas de laisser les femmes trop se multiplier. Si la mère succombe avant que Tentant soit suffisamment sevré, celui-ci est aussi condamné, car qui voudrait s'en charger? dit-on, et mourir pour mourir, il vaut mieux qu'il meure tout de suite. Je manque de renseignements relativement àTavortement.
Gomme cause secondaire pour expliquer la dépopulation, on a encore invoqué le peu d'attention porté aux vieillards et infirmes. Mais M. Oldfieid affirme au contraire que dans l'Ouest on a grand soin des gens âgés^ aveugles^ sourds*
muets, boiteux et décrépits. Ch. Meredith en dit autant des vieillards de la Nouvelle-Galles. Les prescriptions relatives à leur alimentation dont plusieurs auteurs parlent nous l'eussent fait d'ailleurs pressentir.
Inutile de rappeler que la coutume des représailles entre tribus ou entre individus entre pour beaucoup dans la dépopulation ^
£n somme on peut dire que l'ensemble de ces causes ne tardera pas à effacer les deux races australiennes de la carte du continent. Mais une race métisse nouvelle issue du croisement des blancs avec les indigènes la remplacet-elle progressivement? Telle est Tune des questions pra^* tiques à Tordre du jour, sur lesquelles existent le moins de documents.
Si Ton a égard au libertinage des Australiennes, à la facilité avec laquelle Tindigène prête sa femme, et au peu de réprobation attachée à la naissance d'un blanc au milieu d'un ménage noir; si d'autre part on se souvient de la foule des convicts et des aventuriers qui ont formé le noyau de la population actuelle et de la rareté des femmes européennes à l'origine^ on comprendra que ces unions ont d4 être fréquentes. Mais quel en a été le résultat? Ici même on a répété que les voyageurs n'avaient vu qu'un très-petit nombre de métis, Freyciuet un ou deux> Quoy et Gaymard nn, Lesson un. MM. Perier et Barnard Davis ont appuyé sur ces faits. La vérité est que les navigateurs ci-dessus n'y
1 Voici les causes de dépopuIaUon auxquelles concluait la commii^ siou précédemment citée : l® rinfanticide; 1° certains riles pratiqués sur les jeunes gens qui portent atteinte à leur puissance vliile (ils*agit sans doute de celai qu^Eyre a indiqué dans le Sud et que j*ai retrouvé dans le Nord-Ouest); 3» l'introduction par les Européens d'une forme de syphilis plus grave que celle qu'on connaissait avant leur occnpation ; i* rintroduction el Tabus des liqueurs alcooliques; 5» le llberii«* nage» tant entre eux qu'avec les Européens; 6« la disproportion des sexes.
ont porté aucune attention et n'en parlent que par hasard. Tout au contraire donne à penser que les métis sont plus communs en Australie qu'on ne se Timagine.
M. Stokes signale dans les lies du détroit de Bass Texistence d^une race de métis très-bien doués^ issue du croisement, de 1800 à 1805, de femmes tasmaniennes, race voisine de celles des côtes de T Australie, avec des pécheurs anglais de phoques ^ Le révérend Mackenzie affirme que le mélange des Australiens eux-mêmes avec les Européens tend à produire une race intermédiaire plus apte à la civilisation que celle des indigènes ordinaires, et en cite plusieurs exemples à sa connaissance personnelle. Robert Dawson s'exprime comme il suit : « Non-seulement à la ferme de M. John Arthur, mais dans tous les districts que j'ai fréquentés, j'ai vu des enfants de demi-sang, et je ne sache pas qu'un essai de civilisation ait été tenté sur eux. n M. W.-A^ Miles parle aussi des métis comme d'une chose très-ordinaire, cdls ont, dit-il, quelque ressemblance avec les Bohémiens, et ont le teint plus clair que les mulâtres africains. » La plupart des enfants au-dessous de quinze ans dans les tribus du bas Murray, dit M. P. Beveridge, sontissus depères européens. M. Murray, de Sydney, assure que la race in^ iermédiaire qui s'élève est loin d'être inférieure à celle àen
t En toutes circonstances, il est indispensable de remonter aux sources. Ce fait, (\ue je reproduis d'après le leile même du capitaine Stokes^ te plus compétent sur ce point, puisque c'est lui qui, en 1825^ a iraDSpdrté les deux cent dix derniers Tasmaniens à Tile de Flinders, a été dl^à don Ile, d'à près la même source, je peusCi par \e%MUtheUtmgmét Petermani), et par Noit et Gliddon, auxquels Ta emprunté l'auteur d*UQ savant mémoire sur les croisements etliniques iusérédans nos Mémoires, en en tirant des déductions absolument contraires à celles de M. Stokes. A force de passer par des intermédiaires^ la pensée de Tôbservaieiir âê visu nous est arrivée toute transformée. Quelque chose d'analogue a encore eu lieu lorsqu'on nous a parlé des Australiens du cap York décrits par M. Jardine. C*est chose commune dans les sciences.
indigènes ; qu'on en rencontre attaches aux sheep rtin en qualité de surveillants de bestiaux {stockman) et de dompteurs de chevaux, et qu'il n'en a jamais vu persévérer dans la vie sauvage. Mais, ajoute-t-il, les indigènes les détruisent systématiquement avant l'âge de la puberté, et comme magistrat j'ai été appelé à faire une enquête sur plusieurs ifleurtres de ce genre. L'opinion de M. Richard Lee ne s'écarte de celle-ci que par un point. Pour lui aussi les métis sont plus communs qu'on ne le dit^ mais c'est dans les campements indigènes et non dans les villes qu'il faut les chercher. (( Là, dit-il^ ils sont très-nombreux, y prospèrent et mènent l'existence de leur père adoptif. Des tribus entières en sont même composées ^ »
Pourquoi d'ailleurs les unions entre Australiens à cheveux lisses et Européens seraient-elles infécondes ? Dans les lois de croisement, il faut distinguer comme pour les lois de Tacclimatation, où il y a le petit et le grand acclimatement, deux sortes de croisements : Tun petit, dans lequel l'écart entre les deux races est faible, l'autre dans lequel il est considérable. Certes, le croisement de races aussi op* posées que le nègre et le blanc aura moins de tendance à donner lieu à un produit intermédiaire, que celui de races rapprochées comme l'Arabe et le Juif, l'Anglais et le Germain. Or, de l'Australien de race supérieure à l'Européen il y a moins de distance que du nègre de Guinée à cemômeEuropéen. 11 n'y a donc aucun motif rationnel pour qu'une race métisse ne se produise pas entre eux de même qu'il s'en est fait une entre le Polynésien et l'Européen. L'Australien aux cheveux lisses n'est-il pas déjà lui-même très-vraisemblablement le produit d'une race jaune et d'une race nègre croisée en Australie même ou sur le continent asiatique ? Remarquons d'ailleurs que les idées sur l'absence
* Richard Lee, p. S8, vol. III (Anthrof. Soc* London, 1865).
de mélis australiens ont pris naissance il y a déjà longtemps, alors que les blancs se trouvaient en contact non pas avec les indigènes à cheveux franchement droits et lisses de l'intérieur, mais avec ceux à cheveux frisés, plus on moins négroïdes, des côtes. La distance de ces derniers à l'Européen était plus grande et il est possible en effet qu'à cette époque les métis fussent plus rares et moins viables. •
Toutes ces questions se recommandent aux anthropologistes australiens. lis voudront bien non-seulement étudier l'indigène lui-iùéme, mais encore puiser dans les documents locaux qui ne parviennent pas en Europe. Les papiers des « protecteurs des aborigènes » doivent renfermer de précieux documents qu'ils pourraient consulter. Us trouveront aussi d'intéressants rapports officiels. Une statistique sur l'époque de la menstruation jetterait quelque lumière sur l'âge. Pour la mortalité, les métis, il faudrait distinguer les tribus cantonnées sur les limites extrêmes de la zone européenne de celles qui sont englobées dans cette zone^ et parmi ces dernières^ les tribus plus intelligentes et en arrière dans les terres de celles qui avoisinent les côtes et se montrent plus incapables.
Je ne saurais terminer sans toucher un mot d'une proposition bizarre émise parun Prussien, le comte Strzelecki. «Lorsqu'une union s'est opérée entre un Européen et une indigène, celle-ci, dit-il^ perd la faculté de concevoir avec un homme de sa propre race et ne procrée plus qu'avec un blanc ^ » Cunningham, parait-il, et Oldfield se sont railiés à cette idée ; mais M. T.-R. Thomson^ qu'il ne faut pas confondre avec ses deux homonymes cités par M. Broca, dans la discussion qui eut lieu sur ce point en 1859, et M. M nrray,plns récemment, ont fait justice de cette aflirmation. Le premier de ces auteurs sur la rivière Haiiter, M« Coalson^
« Simleckt^Vayùifê à la Haimlk^GaUn du Sud, p. 34#* LondoOi li4»«
qu'il cite, i la baie de Moreton, et M. Hay sur les rives da Macquai'ie, ont recueilli des preuves sans réplique du contraire, a Pendant ui> long séjour de trente-cinq ans en Australie^ dit M. Murray, je n'ai rien vu de favorable à Ti* dée de M. Strzelecki» mais j'ai constaté plusieurs faits qui la contredisent ^» On se rappelle d'ailleurs que plusieurs membres de cette Société^ notamment Gratiolet, avaient déjà condamné cette doctrine comme physiologiqaement invraisemblable.
En résumé, j'admets qu'il existe en Agstiralie deux élé^ ments ethniques primordiaux qui par leur mélange ba proportions variables forment une série dout les deux %x* trémes oorreapondent à deux ràises distinctes.
L.a premièi^e est doli6hocét>hale, de haute taille, lt)butt6 et bien proportionnée de corps i elle a les cheveux longs, droits et lisses^ tes traits vigoureûsemenl dessinés et la peau couleur obboolat ou cuivi^e«*foncé4 D'hi^e Intelligenee proportionnée à des besoins restreints et appropriés aii milieu où elle se meut, ses générations actuelles se refusent à accepter la vie sociale comme la comprennent les ÂryenSk Donc* comme toute eréatUre jetée hors de soû bailieu, elle devra succomber. Ses représentants sont eacote nombreux et constituent la masse de la population iitdigène du continent.
La seconde est plus dolichocéphale encore, de petite taille^ mal faite de corps ; elle a le teint noir foucé^ les cbeveux frisés ou crépus^ le crâne petit et rond, les mâchoires trèsprognathes, le sclérotique jaunâtre, les pieds plats^ pas de mDllet> etc. ( ces caractères plus ou moins négroïdes à To-
i M. Murray^ de Sydney^ Joum, Soc, Anthrop, London^ vol. VI , anoéti 1868.
rigine restent d'ailleurs à préciser. D'une intelligence moindre que la précédente^ elle semble presque incapable de subvenir à see besoins. De notre civilisation elle n'adopte que les vices et s'éteint d'autant plus rapidement que les Européens sont entrés en contact avec elle les premiers. Depuis longtemps elle obéissait à la loi de concurrence vitale vis-à-vis de l'autre race ; l'intervention aryenne lui a porté le dernier coup. Il y a donc urgence d'en étudier les misérables restes, représentés çà et là, dans les tribus mixtes, par les femmes surtout et par les cas d'atavisme, et peut-être aussi dans quelques rares tribus inférieures.
Ces deux races, à une époque extrêmement reculée, ont dû se beurter sur le continent australien, la plus forte rejetant la plus faible dans les régions les moins favorisées. Il résulte en effet des considérations émises par MM. Grey^ Eyre^ Oldfield et autres> et basées sur la distribution des coutumes et des dialectes, que, dans un temps foH éloigné, la race aujourd'hui prédominante serait partie d'un point situé vers la côte nord-ouest pour se répandre dans toutes les parties du continent. Le flot se serait partagé en trois courants : l'un central, qui serait arrivé droit au sud ; les deux autres latéraux, qui auraient contourné les côtes de Test et de l'ouest, et se seraient rencontrés vers le sud-est. Evidemment, la race inférieure, presque anéantie aujourd'hui, préexistait sur ce continent. Ainsi refoulée, une partie se serait mélangée aux envahisseurs ou se serait cantonnée le long des côtes ; une autre se serait réfugiée dans les lies et en particulier en Tasmanie, déjà peut-être occupée par eux. De cette façon s'explique l'absence du chien dans l'Ile de Yan-Diémen, où les envahisseurs qui Tout apporté ^ n'auraient pas pénétré.
^ Cet animal, le seul gros caroassier d'Australie, le seul quadrupède qui ne soit pas de Tordre des marsupiaux, est-il réellemeoi originaire
Mais cette race relativement supérieure, d'où venaitelle ? Et la race inférieure préexistante était-elle autochthone,ou bien, elle aussi, avait-elle été cbassée précédemment de quelque autre lieu ? Ce sont les questions finales qui actuellement s'imposent à l'anthropologie.
Pickering, le premier^ fut frappé de la ressemblance d'un homme de Calcutta et d'une femme de THindoustan occidental avec les Australiens qu'il venait de voir à Sydney ; aussi, après avoir décrit dans son livre les Australiens de l'Est et ceux du Nord, ouvre-t-il un chapitre à part intitulé Autres Australiens. D'autres savants ont repris cette idée^ à laquelle les linguistes ont apporté un précieux concours. Ici même, en 1860, M. Pruner-Bey
de PAsie ? La queslioo oe me paraît pas eocore résolue. Il faudrait savoirs] l'une des huit ou neuf espèces de l'Inde, en particulier le chien de THimalaya^ lui ressemble, puis s*adresser à la paléontologie des deux pays.
A cet égard, M. AKred Maury, dans la Terre et VHomme, rapporte qu*an mont Macédonien, dans la presqu*tle gangélique, on a découvert les restes fossiles de l'espèce dingo même ; mais Je n*ai pu en retrouver ailleurs la mention, et je vois au contraire que M. A.-R.-C. Selwyn écrivait k la Société géologique de Londres, en 1858, que, dans une cave de basalte (miocène <rap) du mont Blacédon, province de Victoria, située à 1000 pieds d'aliiiudo et à 30 milles de la mer, et hermétiquement fermée par une terre grise et sèche, il venait de découvrir la mâchoire inférieure du dingo actuel déterminée par le professeur M*Coy, con*jointement avec dos fragments d'autres espèces vivantes, notamment du devU, qui n'existe aujourd'hui qu'en Tasmanie. Il se pourrait dune que M. Alfred Maury ait commis un lapsiu. D'autre part, M. Bonwick^ l'auteur du Dernier des Tasmaniens, rapporte qu'on aurait également trouvé les restes fossiles du dingo au-dessous de cendres volcaniques, à Warrnamboul, province de Victoria.
Aujourd'hui le di'n^o, warrigaJL des indigènes ou canis familiaris Austrakuiœ des naturalistes vit dans les solitudes australiennes par troupes innombrables qui chassent jusqu'au mouton et font le désespoir des colons. Une prime a été offerte pour sa destruction dans la province d'Australie sud, et tandisfque M. J. Stephens, en 1838^ affirme
comparait les caractères physiques des indigènes de Tlnde méridionale avec ceux des indigènes de la Nouvelle-Hollande, les langues dites dravidiennes avec les langues australiennes, et concluait à leur similitude. En trois endroits de sa Terre et rSomme^ M. Alfred Maury en parle aussi. M. le professeur de Quatrefages la reprend, en 1869, à Toc*casion du mémoire de M. Roubaud sur les Dravidas et les Moundas. Notre collègue M. de Rochas^ dans son article Malaisie de V Encyclopédie des sciences médicalesy la formule résolument en ces termes : a Les Australiens, dit-il, sont issus du croisetbent dans les Indes mêmes des races dravidas et moundas. » M. le professeur Huxley tranche enfin la
qae le nombre en diminue clans celle région, M. G. Krâiïl, en 1854, assure que rien ne leur fait, ni la strychnine des colons, ni les armes des indigènes sur les bords du Darling et du Murray. Il a la têle des m&iins, parmi lesquels le range Cuvier, la taille et les proportions du chien de berger, le pelage jaune fauve très-fourni et la queue touffue. Comme les chiens sauvages, il n*aboie pas (muet, dit Slokes), mais pousse des hurlements mélancoliques. Actif, courageux et habile entre les mains des indigènes avec lesquels il s*entend ( J. Garnier), il rend peu de services entre les mains des Européens (Rudesindo). Le commissionner Slokes, cependant, ne tarit pas d*éloges sur une chienne qu'il possédait et qui chassait merveilleusement le lapin avec lui. Son odeur est forte et pénétrante > et il vit comme en famille avec T Australien, dont il partage le gîte et la nourriture. Il y en aurait trois variétés, d'après M. Blandowski, dans lesquelles rentrent peut-être le chien noir et le chien brun clair, assez petits, vus par Siokes dans le Nord -Ouest.
Quelques passages de MM. Rob. Dawson et Krefft donnent à penser qn*il8 se croisent avec les chiens des colons, produisant une race intermédiaire dont il serait important de connaître les caractères et le degré de fiiité. La chienne du commissionner Slokes, croisée avec un pointeur, donnait à onze mois d*iutervalle deux et trois petits. L*envoi d*un squelette de dingo serait fort à désfrer.
Sir G. Grey parle d*uo autre chien, dans TOuesl, de même couleur^ au museau étroit, long et pointu comme celui du chien courant, et pour la forme ressemblant au chien de boucher anglais. Il pense que c'est le chien malais importé de Timor.
question &la Soeiétë d'elhnologld de Londres en 1869, en réunissant, dans son essai de classification des races humaines, les habitants du Dekkan et ceux de rAostralie sons le môme titre d^Ausiraloides ^
A Tappui de cette doctrine, le docteur Hamy me montrait ces jours-ci» au Muséum^ une série de masqnes de noirs de rinde qui ressemblaient étonnamment aux onze bnstes de la famille de Melbourne dont j'ai parlé, et M. L. Rousselet; le voyageur français^ me disait que les Todas des Nilghiris, avec lesquels il avait vécu^ avaient beaucoup d'analogie avec les Australiens, notamment avec deux matelots avec lesquels il s'était trouvé, et qui étaient originaires des environs de Melbourne. Moi-même je remarquai dans nos collections deux erâneseTun d'Hindou, venu de Calcutta, ou mieux, de la côte d'Orizza, d'après M. Rousselet, et l'autre de Tamoul, qui à eux deux réunissaient toqs les caraciôrea de l'Australien de mon second groupe^ le premier par son crâne jusqu'aux orbites inclusivement, le second, par toute la portion de la face sous-jacente.
Dans cette hypothèse, voici ce qyi se serait passé. L'Inde, primitivement habitée par des npirs aux cheveux frisés pu crépus, aurait, à une époque plus que légendaire, été envahie, à diverses reprises, par la race jaune, descendue par les vallées du Dzang-bo au nord-est. Une partie de ces noirs aurait sans doute été rejetée en Indo-Chine et au delà, tandis qu'une autre se serait luélaugée aux envahisseurs, formant ainsi une race nouvelle. L'invasion aryenne serait alors (vers IttOO av. J.-C.) arrivée par les défilés du Sind et de PHindou-Couch au nord-ouest, refoulant au midi de la
^ Le groupe australoTde^ dit M. Huxley dans sen Manualofthe Ana^ tomy of Vertebrated Animais (London, 1871), à la peau et aux yeux noirs, aux cheveux noirs ondes ou ondulés {wavy), au eràne très-allongé et prognathe et aux arcades sourcilières très-développées, se rencontre en Australie et dans le Pekkan,
PéQinsule les populations antérieures, qni se composaient par conséquent : 1* de jaunes plus ou moins intacts ; ^ de noirs primitifs ; et 3<* d'une race intermédiaire. Une partie de cette dernière aurait reculé directement à Test, traversé le Gange, et d'étape en étape, par la presqu'île de Malaeca et les îles de la Bonde, grâce peut-être à une configuration géographique différente, serait parvenue jusqu'en Australie.
Le fait, c'est qu'aujourd'hui les Indes se partagent en deux zones ethniques : l'une septentrionale, dans laquelle persiste l'Influence aryenne et védique ; l'autre méridionale, oik il n'y a plus de castes et où Ton découvre une multitude de monuments mégalithiques. Or, c'est là une objection sérieuse à Thypothèse d'une émigration au delà du Gange de ceux des Âustraloïdes qui auraient occupé le Nord. S'ils étaient les congénères de ceux qui ont été rejetés dans le Midi, ils auraient emporté avec eux l'art de construire ces monuments mégalithiques. La polyandrie, que M. Huxley regarde avec raison comme l'pn des caractères ethniques importants des populations du Dekkan, ne se retrouve pas davantage en Australie. Dans tous les cas, l'institution des castes ne serait pas venue avec eux de l'Inde.
Il s'ensuit que le système en question ne repose jusqu'ici que sur deux points imparfaitement étudiés : la similitude des types physiques et l'analogie, des langues, à quelques points de vue.
Mais ne faudrait-11 pas commencer par bien connaître les races actuelles de la Péninsule? Sous le nom de hill triées, on y rencontre les tribus les plus dissemblables, dans lesquelles paraissent entrer à diverses doses les trois éléments constitutifs de l'ethnologie indienne : le nègre, le jaune et l'Aryen. Dans le Nilgbiris, par exemple, outre les Vadaccas ou Hindous ordinaires de la plaine, il y a les Todoi, qui représentent Télément indigène ancien to plus élevé,
les Khotas, qui sont à un rang inférieur, et enBn les Karumbas et ErulaSy qui occuperaient le dernier échelon de l'espèce humaine ^. Retrouverait-on parmi eux, comme à Ceylan encore, les types de nos deux races d'Australie : «la principale et la négroïde?
En second lieu, les voyageurs» ceux du centre en particulier, ont souvent signalé la ressemblance de ceux des Australiens qu'ils rencontraient avec les Malais. Qu'y a-t-il de fondé dans ce rapprochement? La peau des Malais d'un brun rougeâtre (Wallace), d'un brun quelquefois cuivré (van Leent)> leurs cheveux droits et noirs^ leurs pommettes saillantes et écartées, leur bouche grande avec de grosses lèvres, leur nez court, aplati et large avec des narines dilatées (Van Leent), leurs mâchoires proéminentes sont bien, en effet, ce qu'on voit chez la plupart des Australiens. «« Le Malais^ dit Wallace, est impassible, réservé, timide, et ne laisse pas percer ses sentiments de surprise, de crainte et d'admiration. » Ce sont encore des traits de l'Australien supérieur. Mais que de différences! Le Malais est petite brachycéphale^ il n'a ni les arcades sourcilières saillantes ni le système pileux développé ; ses cheveux sont roides et jamais soyeux, ou bouclés, etc. Son esprit commercial, ses aptitudes à la navigation, ses habitudes, notamment celle de mâcher du bétel, etc., sont tout autres aussi.
En supposant que les Malais soient, eux aussi, sortis de l'Asie, il faudrait, dans tous les cas, reporter bien loin leurs rapports avec les Australiens. Cette race, on le sait> n'a fait son apparition dans les annales de l'histoire que vers le douzième siècle, alors qu'on voit une migration abandonner le pays de Palembang, dans l'île de Sumatra, où ils avaient un puissant royaume, et aller fonder Singapoure (4 160),
1 Voir le premier fascicule de la Revue d'anthropologie ^ année 1872, pour le compte rendu que j'ai donné d^une description des aborigènes des Niighiris par le mijor W.-R. King.
pais Malacca ^ Ce qa'ils étaient auparavant, nul ne le sait. Il n'est pas douteux cependant que les Malais qui, de Macassar descendent tous les ans et depuis des siècles pour pêcher le tripang (holothuria edulis) sur les côtes de la péninsule d' Arnheim et le vendre aux Chinois , n'aient déposé quelque peu de leur sang dans le nord-ouest de TÂustralie.
Où il conviendrait plutôt de faire des recherches, ce serait parmi les véritables aborigènes de Tlle de Sumatra et de la presqu'île de Malacca. On y découvrirait peut-être, mêlés aux noirs à cheveux crépus, des noirs à cheveux lisses qu'y auraient laissés les Australiens.
Il faudrait enfîu se demander quelles relations les Polynésiens ou leurs ancêtres ont pu avoir avec les Australiens.
Précédemment nous avons dit que l'institution des castes n'était venue de Tlnde ni primitivement^ parce que le groupe d'Australiens que l'invasion aryenne aurait rejeté dans le midi de la péninsule ne la possédait pas, ni postérieurement, parce que les Hindous de Java, s'ils eussent pénétré en Aus* tralie, n'auraient pas manqué d'y laisser quelque édifice religieux; et, par exclusion, nous sommes arrivés à la rapporter à l'une des migrations parties de l'Ile Bourou ou Bo« rotou dans les premiers siècles de notre ère. £xiste-t-il d'autres arguments à l'appui de cette doctrine ?
Les pirogues à balancier, simples ou doubles^ avec plateforme intermédiaire, que nous avons indiquées sur la côte nord-est, y sont disséminées sur une trop faible étendue pour que leur importation des îles de Test ne soit pas relativement très-récente.
La similitude de quelques coutumes a plus de valeur. Le rite de la circoncision découvert aux lies Fidji, Tonga et Tahitii la perforation de l'oreille pour y passer un os, Tan-
« Williams Marsden, Eistory of Sumatra, Loodon, ISil.
thropophagie, IMnfantidde pratiqué de préférence chez les fllles, appartiennent nux deax peuples. L^ei^position des morts sur une plate-forme élevée, la dlstribation ensuite des 08 entre les amis, IMdée de les conserver inâé* fîniment dans une enveloppe on un trono d'arbre, pois les gémissements, coups de tomahawk et lacérations jusqu'au sang pendant les funérailles, le mobile général des super* stitions, la peur^ les holyca^ karradais , eic«, héréditaires comme les iohoungaê de la Nouvelle - Zélande, se retrouvent des deux cfttés. Le totùm décrit par M*. John Lang en Polynésie, c'est-à-dire l'usage de se mettre sous la protection d'un animal ou d'une plante que Ton s'ahstient de tuer ou de manger quand on le rencontre, n'est autre que le hohong d^Âustralie* Les emblèmes armoriais tatoués à Taiguille, parfois par scariAcation, sur la figure principalement parmi les indigènes des mers du Sud, cor« respondent au signe de tribu que les Australiens se scarifient sur la cuisse et placent sur un arbre voisin après la mort. Le tabou lui-même existe en Australie sous la forme d'in** terdictions régularisées de certains aliments selon le sexe et aux diverses phases de la vie.
Mais le rapprochement ne va guère plus loin. L'esprit belliqueux , l'aptitude à la navigation et même à l'agrlcultara, le fétichisme^ les dialectes et jusqu'au système de numéra» tion sont tout autres chez le Polynésien. Quant aux earactères physiques, ils diffèrent absolument. Chez le Polyné<* sien non métissé de Mélanésien, le nez est saillant et droit ouaquilîn, les arcades sourcilières ne sont pas proéminentes, le menton est souvent pointu, le maxillaire inférieur plus fort, la face allongée, etc. La coloration cuivrée, aussi commune que la coloration jaune dans l'Océanieori^itale^ se rencontre cependant assez fréquemment en Australie et| nous dit le révérend M ackenzie, parmi « des tribus supérieures à celles qui les environnent. »
Donc, tout en admettant que les Polynésiens sont entrés pour ane grosse part dans rinûuence étrangère qui a dû introduire quelques-unes des coutumes ou institutions actuelles^ nous pensons qu'ils se sont peu croisés avec l'indigène et n'en ont pas modifié le type général.
Quoi qu'il en soit de toutes ces hypothèses, notre sentiment personnel^ à l'inspection des crânes surtout, est que dans la composition de TAustralien de nos jours il entre de la race jaune. Que cet élément soit descendu de l'Asie en passant par les Indes ou par Formose et les Philippines et se soit plus ou moins modifié en route par son croisement avec des nègres, qu'il se rapproche du type des races du Dekkan, de la race malaise ou des Polynésiens^ peu importe. Pour nous, il est originaire de l'Asie ou mieux du continent européo-asiatique. En quoi nous différons de M.BarnardDavis, qui, s'attachant à d'autres caractères qui lui semblaient plus importants, comme la proéminence des arcades sonrcilières, en fait une race locale sui generis.
Mais nous n'entendons parler que de l'élément supérieur^ de celui qui a apporté les cheveux droits et lisses, et il reste à s'occuper de Télément inférieur^ aux cheveux frisés, crépus ou laineux^ et à examiner avec quelles populations environnantes il offre des affinités.
Les aégritos, Aîtas, Andamans^ Nîcobariens du centre, Mois de Tlndo-Chine * se désignent d'abord à notre attention. Par leur petite taille, leurs formes grêles, leur gros ventre^ leurs lèvres épaisses^ leur nez épaté, leurs cheveux crépus (Semper), leur absence de menton (Rarl), ils ressemblent aux Australiens les plus voisins du nègre. Par quelques coutumes, telles que la croyance à la mort par sortilège, l'obligation de la venger et la circoncision (?), par
i Hamy, Coup éCœUsur t anthropologie du Cambodge (Bulletins de la 890, Santhfùp, Paris, 1S71).
leur iniérioritë iatellectuelle, leur extrême indolence^ leur amour de la vie sauvage, ils se rapprochent aussi de certains Australiens. Dans les Philippines, on a tu de même des enfants élevés avec des Européens, qui, arrivés à Tâge adulte, s'enfuyaient dans leurs montagnes pour y reprendre leur misérable existence.
Mais ils sont brachycéphales , et nous ne connaissons encore que deux cas positifs de ce genre en Nouvelle- Hollande : le crâne de M. Barnard Davis, dont Tindice est de 80, et la tête sculptée découverte par M. Grey. Leur front est haut et bombé, comme on le voit sur la figure de Çhoris d'une jeune fille des montagnes de Luçon et sur lea photographies d'Andamans montrées à la Société par M. de Quatrefages. Ils ont peu de barbe. Enfin, ils connaissent Tare, les flèches, et même le carquois, les Andamans ayant de la poterie.
Viennent ensuite les Papous de la Nouvelle-Gninée. Gomme les Australiens les plus voisins du nègre, ce sont des noirs très-dolichocéphales, aux arcades sourcilières saillantes, au nez épaté, à la face prognathe et au système pileux très-développé par tout le corps. Comme eux, ils se couvrent de peintures, se perforent la cloison du nez et le lobule de Toreille, et se liment les dents incisives supérieures au lieu de les arracher. Gomme les Australiens des côtes, « ils sont vifs et démonstratifs dans leurs paroles et leurs mouvements ; leurs émotions et leurs passions se traduisent par des cris, des rires bruyants^ des exclamations perçantes, des bonds désordonnés » (Wallace).
Mais plusieurs caractères les en séparent]: ils ont le nez long et arqué, le menton pointu, dit M. Woods (Austrahsiafi de Melbourne, 1867), et surtout des cheveux longs et crépus dont l'insertion par touffes séparées a passé jusqu'ici pour $ui generis, ce qui ne m^est pas prouvé. Ils ont quelques notions d'agriculture, font usage de l'arc et des flèches, et
ont une ténacité de haine contre l'étranger, dont les Australiens manquent complètement. Bref, je ne sois pas convaincu que le Papou de la Nouvelle-Guinée ne soit pas bien proche de Télément négroïde primitif de l'Australie.
Je regrette de n*avoir pu prendre connaissance d'un tra-* vail de, M. de Quatrefages, sous presse dans la Revue anthropologique, où notre éminent collègue distinguerait deux races en Papouasie : Tune petite, l'autre grande, ce qui modifierait singulièrement les éléments du problème.
Il y aurait enfin à étudier cette autre race de nègres dolichocéphales que Ton trouverépandue dans presque toutesles îles delà Mélanésie: Nouvelles-Hébrides, Nouvelle-Irlande^ Fidji, Nouvelle-Zélande, Ghatham, etc., cAte à côte comme celle d'Australie avec une autre race plus élevée, les deux allant en s'éteignant, mais Finférieure plus rapidement. C'est peut-être elle qui vient de disparaître en Tasmanie ^ Je ne serais pas étonné non plus qu'elle ne fasse qu'un avec la petite race nègre de la Nouvelle-Guinée; mais, si les Néo-Calédoniens noirs en expriment le type, à coup sûr elle est identique avec ^ancienne race nègre d'Australie. Ses caractères suivants, empruntés à la monographie de M. fiourgarel, appellent en effet toute l'attention : couleur noire foncée de la peau^ teinte jaune sale de la sclérotique, cheveux crépus ou laineux^ nez très-épaté et déprimé à la racine, prognathisme considérable, membres grêles et disproportionnés, petite taille^ etc.
S'il en est ainsi, la Nouvelle-Calédonie et très-vraisemblablement toute la portion méridionale et orientale de la
^ Je fois remarquer que dans le cours de ce travail je me suis abstenu de parler des Tasmaniens. C*est que je désire encore réserver mon opinion j i*étude à laquelle je me suis livré sur huit de leurs crSioes n*ayant fait que toucher à un côté de la question. Mais dès à présent j'avoue que le livre de M. Bonwick n*a pas répondu à mes espérances.
Mëlanëtie auraient été habitées par une môme race nègre^ dolicbooépbale, avant que lea races supérieures des Polynésiens en général^ desNëo-Calëdoniens jaunes, des Maoris et des Australiens aux cheveux lisses soient venues se superposer et se mélanger à elle. Ce serait la véritable race mélanésienne.
L'élément négroïde primordial du continent australieni que je me suis efforcé dans le cours de ce travail de dégager de l'autre élément sous lequel il se dissimule, serait donc autochthone*
Mais^ entre les Papous de la Nouvelle-Guinée^ les négri* tos de la Malaisie et des Àndamans, les Mofs de l'Indo- Chine et de Malacca> lesMoundas du Dekkan, les Malgaches ^ et ces nègres mélanésiens, quelle relation y a-t il eu primitivement?
Tel est le résumé de nos connaissances sur Tun des peu* pies sauvages qui aient le plus excité, et ajuste titre, la cu^ riosité de TEurope. Telles sont les questions à Tétude qui le concernent. Il ne nous reste plus qu'à suivre de nos vœux les deux voyageurs distingués qui, avant de se lancer presque aux antipodes, ont désiré nous donner rocoasîon de rédiger cesJnsiruetionê, Des faits, des ftiits^ et toujours des faits ; voilà ce que nous leur demandons.
APPSNDIGE.
Il y aurait aussi quelques études anthropologiques à faire sur les populations jaune et blanche. Leur chiffre total * pour les cinq provinces soumises au recensement s'élève actuel-
t Voir le voyagé de M. Grandidier à Madagascar {Revtu des eouts setmtiflquBs^ p. lOSS, année tSTS).
* Stateman's Yearbook (London 1S72), et the Australian Bandhook and Almanac (London^ 187S).