CHAPITRE V Réflexes sensitifs et sensoriels
105. Les réflexes pupillaires sensitifs et sensoriels amènent des variations du diamètre de la pupille par l’excitation de la peau, des nerfs sensitifs, des organes des sens.
106. C’est Pourfour du Petit (211) qui le premier s’est rendu compte en 1727 des relations existant entre le sympathique thoracique et la pupille.
Après lui, Fontana en 1765, Fodera en 1821, Ch. Bell, Herbert Mayo, Magendie en 1824, Longet, CI. Bernard, Foa, Mosso, Vulpian, Schiff, Budin, Coyne, Coccius en 1874, Landouzy en 1884 (151), Shontagh en 1892, Bechterew....… etc. se sont occupés de cette question.
107. Les expériences de Fodera en 1821, de Ch. Bell, d'Herbert Mayo, de Magendie en 1824, de Longet, de CI. Bernard ont démontré que les filets sensitifs du ganglion ophtalmique proviennent du trijumeau par lentre mise de la branche ophtalmique de Willis. En outre, le trijumeau servirait d’intermédiaire entre le cerveau et la
Vidal 7
pupille et lui enverrait des fibres dilatatrices selon l’opinion de Vulpian. Ces fibres se rendent dans le ganglion de Gasser qui, chez le chien, reçoit en outre les fibres
dilatatrices venues de la moelle.
Le ganglion de Gasser, à son tour, envoie à l'iris trois nerfs pupillodilatateurs par l'intermédiaire de la branche ophtalmique du trijumeau qui se détache de sa partie interne. Aussi, suffit-il d’irriter un quelconque de ces nerfs pour amener une dilatation de la pupille. Le centre nerveux dilatateur d’où partent ces nerfs, qu’il soit médullaire ou cérébral, mis en action sous une influence partie d’un organe sensitif ou sensoriel ou des centres psychiques proprement dits, produira, il est aisé de le comprendre, la dilatation de la pupille.
Le sympathique, d’après Schiff (237, t. III. p. 112), produit également ja dilatation pupillaire, mais indépen-
damment de son action sur les vaisseaux de la tête.
Sur des animaux mourants, Schiff a lié les carotides et les vertébrales. La pupille était contractée. Par excitation du sympathique il la fit dilater. Cela démontrerait que les mouvements de la pupille sont indépendants de la paralysie vasculaire ou de la vaso-constriction. En cela, Schiff est d'accord avec Fr. Franck qui, en 1878, combattit la théorie circulatoire de Mosso des mouvements de l'iris, et démontra leur nature nerveuse et leur synergie
avec les mouvements de l’œil.
Si, après la mort,on applique une excitation au-dessous du ganglion cervical supérieur, l’action cesse plus rapi-
dement que lorsque l’excitation est appliquée au-dessus
de ce ganglion, c’est-à-dire plus près de la peau (Langendorf). |
En 1853, Waller démontra que si l’on sectionne le sympathique cervical, on constate sa dégénérescence jusqu’au ganglion cervical supérieur qui semble être son centre trophique, En outre, cet auteur démontra que quatre à cinq jours après on n'obtient plus la dilatation pupillaire en irritant le grand sympathique. Pour lobtenir, il faut porter l’excitation sur le ganglion cervical supérieur lui-même.
On obtient encore la dilatation de la pupille par excitation de la moelle, soit que l’excitation porte sur les parües motrices et on a alors une dilatation directe, soit que l'excitation porte sur les parties sensitives et on a alors une dilatation réflexe. On voit donc par là, que l’excitation (ou la section) de la moëlle produit les mêmes phénomènes pupillaires que l’excitation (ou la section) des deux nerfs grand sympathique du cou. Aussi, est-on en droit d'admettre à priori que le grand sympathique du cou emprunte à la moelle les fibres irido-dilatatrices et qu'il est un conducteur de l’excitation médullaire.
CI. Bernard et Vulpian sont arrivés à la production des mêmes phénomènes pupillaires en excitant les racines médullaires antérieures ou motrices (dilatation pupillaire directe) et les racines médullaires postérieures ou sensiüives (dilatation pupillaire réflexe).
L’excitation des nerfs périphériques (ou de la peau qui est remplie des corpuscules nerveux sensilifs terminant ces nerfs) produit la dilatation pupillaire. Cette dilatation
est due à un réflexe qui, transmis à la moëlle, va au' cen-
tre cilio-spinal où,prenant les voies centrifuges des nerfs dilatateurs de la pupille, il arrive à l'iris.
A la séance du 27 mars 1869, Vulpian (268) exposa à la société de Biologie que la section du nerf sciatique provoque des troubles pupillaires chez la grenouille. Brown- Séquard fit remarquer que la section du sciatique chez les cochons d'Inde amène la dilatation de la pupille.
A cette même séance Brown-Séquard exposa que l’hémisection de la moelle, à la région cilio-spinale, amène la constriction de la pupille. Elle produit au contraire la dilatation de la pupille si elle porte au niveau de la région lombaire. Dans ce dernier cas il se produit unréflexe dont les voies anatomiques sont faciles à deviner.
« D’après Viaultet Jolyet (263, p. 797), Ferrier a découvert que l’électrisation, chez le singe, de la région 12 de sa nomenclature produit l’écartement des paupières, la dilatation bilatérale des pupilles, la rotation des yeux et de la tête vers le côté opposé. Dans la région 13, 13’ on voit les yeux dirigées du côté opposé avec déviation en haut (13) ou en bas (15°), contraction des pupilles et tendance à l’occlusion des paupières ». Et, dit Vulpian, « Des fibres nerveuses agissant sur l’iris de manière à faire dilater la pupille, proviennent directement de l’encéphale mêlées probablement aux fibres de tel ou tel nerf crânien dont les rameaux entrent en connexion avec le ganglion ophtalmique ». Ce nerf crânien est le trijumeau. La contraction de la pupille est due à des fibres passant par le
moteur oculaire commun.
Il faut examiner, pour être complet, la sensibilité profonde et la sensibilité superficielle. C’est ce que nous allons faire. Cette sensibilité peut s’exercer soit par la peau, soit par les muqueuses, soit par les organes sensoriels. Ainsi, la piqûre de la peau dufront, une odeur forte en excitant la muqueuse nasale, un violent coup de pied sur le sol en produisant un son excitant fortement l'oute amènent la dilatation de la pupille.
107 brs. Si on essaie de produire la dilatation pupillaire en excitant le grand sympathique au moyen d’un courant venu d’une bobine d’induction, avant la dilatation ilse produit une légère contraction. C’est la réaction paradoxale de Schiff.
108. « L’irritation de la peau, dit Waller (271 p.548), des impressions douloureuses, plusieurs formes d’émotion (la surprise, l’attention éveillée subitement), un effort musculaire, la dyspnée, provoquent la dilatation de la pupille ; au contraire la pupille se contracte pendant le sommeil. Une fois le sympathique sectionné, des irritations de la peau ne provoquent plus la dilatation réflexe de la pupille contractée ».
109. Souvent l’action cérébrale sous l’influence d’une frayeur peut inhiber les réflexes pupillaires. J'ai pu le constater sur des chats chez lesquels les pupilles deve-
naient paresseuses quand je leur sais'ssais brusquement
la tête pour les examiner, enles effrayantle plus possible.
110. Tout le monde sait que l'onreprésenteles saints en extase avec les pupilles dilatées.
Balzac dans son « Guré de Village »,en profond observateur qu'il était, notechez Véronique, toujours en prière et en extase aux pieds de l'autel, ane dilatation très marquée de la pupille pendant ses moments d’extase.
Il est probable que le cerveau, absorbé par une seule pensée, par une seule idée, oublie l'existence des neurones pupillaires, comme d’ailleurs celle de tous les autres. Alors la dilatation constatée proviendrait, en acceptant pour vraies et en appliquant les nouvelles théories des neurologistes contemporains, du défaut de contact des prolongements protoplasmiques des neurones. Les pupilles ne subissent plus alors l'influence du cerveau, d’où leur fixité et leur dilatation. La moelle (le centre cilio-— spinal) n'étant plus retenue par le cerveau, joue alors continuellement son air, s’il faut en croire M. Marie, et son action n'étant plus contrebalancée produit cette énorme dilatation.
La moelle, en effet, est habituée à exécuter seule divers actes tels que la dilatation de la pupille que les excitations extérieures lui ont appris à produire. Elle est comme une pile électrique qui ne demande qu’à lancer au loin un courant électrique, pourvu toutefois qu’on ferme le le circuit. Eh bien! ici, le cerveau exerce une action inhibitrice, phrénatrice partielle que je puis très bien comparer à l’action des boîtes de résistances que les électri-
ciens Intercalent dans les circuits électriques pour affaiblir l'intensité du courant.
Mais en outre, le cerveau, occupé par une seule pensée, oublierait, peut-être, de faire fonctionner les centres cérébraux constricteurs de la pupille ou mieux toniques du
sphincter pupillaire. Mais tout cela n’est qu'hypothèse !
111. Sous l'influence de la douleur on peut observer la dilatation de la pupille; dilatation réflexe, car le point de départ est un filet sensitif qui a été excité jusqu’à provoquer la douleur,
112. De puissants mouvements d'inspiration ou d’expiration, de grands efforts musculaires peuvent produire des variations du diamètre de la pupille.
113. D’après Vigouroux,on provoquerait la dilatation de la pupille par une profonde inspiration aussi bien que par une profonde expiration. D’après Coccius (1874),une profonde inspiration produirait la dilatation de la pupille, tandis qu’une profonde expiration en amênerait la contraction.
114. Dans l'effort, on observerait la dilatation de la pupille. Dans l'effort, en effet, la glotte est fermée et l’air contenu dans les poumons est comprimé, car il y a tendance à l’expiration, d’où excitation des nerfs dilatateurs du voisinage.
115. On peut aussi observer une constriction bientôt suivie de dilatation pupillaire dans l'application des dérivatifs intestinaux et des pédiluves sinapisés.
116. Les pupilles se dilatent encore sous l'influence des émotions déprimantes telles que la peur, de la fati-
que, du coît, de la masturbation d’après Bosc (40).
D'après Samuel Wilks (280), cité par Bosc (40) l’homme à l’état calme a des pupilles dilatées qui se contractent sous la moindre influence. Quand son perroquet était effrayé ses pupilles se contractaient. Elles se dilataient quand il était gai.
Pour M. Frenkel, « la dilatation de la pupille par suite d'émotions, d’impressions psychiques est analogue à la dilatation qu’on obtient par excitation du champ cortical
actif, »
117. Jusqu'ici, nous avons considéré l’action nerveuse comme si elle agissait sur les deux côtés du corps. Mais, si l’excitation porte sur un seul côté du corps, il y aura anisocorie. On sait qu’un son intense (coup de canon), qu’une odeur pénétrante amènent la dilatation de la pupille. Si pour un motif quelconque, une seule oreille ou les cornets olfactifs d’une seule fosse nasale sont excités, on observera seulement une dilatation unilatérale de la pupille.
118.Schiff (287, t.[,p.56),ayant fait,sur des grenouilles, la section bilatérale de la racine du nerf vague observa que bien souvent la respiration spontanée peut disparaître. Leur ayant coupé à la fois les racines du nerf vague et de divers nerfs sensibles, il remarqua que les pupilles semblaient normales. Néanmoins elles lui parurent rétrécies dans deux cas. Dans ces deux cas, il s'agissait de gre-
nouilles chez lesquelles on ne parvenait à produire les
mouvements respiratoires que très difficilement, de plus, elles étaient complètement privées de respiration abdominale, Enfin, ce même auteur, remarqua encore que les pupilles se dilataient beaucoup sous l'influence des excitations qu’il fallait appliquer aux grenouilles pour obtenir
la production des mouvements respiratoires.
119. La pupille subit encore linfluence des variations de température,
« Un changement de température assez considérable dit Chrétien (52), détermine le resserrement de la pupille si elle est dilatée et sa dilatation si elle est resserrée, Ce fait se produit aussi sur des yeux de mammifères extraits de l’orbite ».
D’après Delamarre, le froid produirait la dilatation de la pupille par la vaso-constriction spasmodique des vaisseaux de la peau et de l’encéphale, puis contraction de la pupille quand à la vaso-constriction succéderait la vasodilatation et par suite la congestion de l’encéphale.
Néanmoins il est probable que l’irritation du cerveau jouerait un plus grand rôle dans la production du phéno-
mène, que les variations vasculaires.
120.Fontana (82) a découvert que dans le sommeil physio logique la pupille est contractée tout comme lorsqu'elle
est exposée à la lumière du jour. Si on ouvre l’œil elle
se dilate instantanément. Cette constriction serait due à l'absence de toute excitation sensitivo-sensorielle, d’où inaction dés nerfs dilatateurs eté quilibre rompu enfaveur des centres constricteurs : hypothèse.
Au moment du réveil on peut constater toujours une dilatation assez marquée de la pupille due, d’après Frédéricq et Nuel (85), à l'influence du réveil cérébral sur le centre cilio-spinal. »
Enfin d’après M. Frenkel, Ploetcke aurait vu que la pupille réagit normalement à la lumière pendant le sommeil.
Dans la narcose due à l’opium et à ses alcaloïdes et aux anesthésiques, la constriction pupillaire est peut-être due à la congestion cérébrale. On peut juger, paraît-il, du degré d'énergie de ces substances par le degré de constriction de la pupille.
Cette constriction pupillaire permet encore de se rendre compte s'il y a syncope. Dans la syncope, en effet, les pupilles sont dilatées.
121. « Après la mort, dit Waller, la pupille se dilate d’abord un instant puis reste contractée ; si avant la mort le sympathique cervical est sectionné d’un côté, la
dilatation post-mortem de la pupille ne se produit pas ».
dans le domaine de la dilatation volontaire de la pupille.
(ae)