Q’uon nous permette de faire une petite incursion
Le cas de Shontagh (245) se rattache, en effet, aux phénomènes sensilifs qui donnent naissance à un réflexe pupillo-dilatateur. Shontagh,depuis son enfance, peut dilater volontairement ses pupilles en contractant énergiquement la nuque et en faisant une inspiration profonde. Or cet auteur attribue lui-même ce phénomène à lacompression du sympathique cervical pendant l’effort d'inspiration.
Plustard Bechterew (21) en a publié un autre cas. Le savant professeur russe observa ce phénomène sur une malade présentant une faiblesse générale et des palpitations. Cette malade, depuis cinq ans, possédait la faculté de dilater sa pupille droite sous l'influence de la volonté. Pour arriver à dilater ainsi la pupille, au débui, elle fixait un objet quelconque et se courbait fortement. Plus tard elle obtenait le même résultat en amenant volontairement de la tension oculaire. Pour ramener la pupille à son diamètre normal, il Jui suffisait de fermer et d’ouvrir les paupières à plusieurs reprises.
echterew estime qu'il faut éliminer ici l’action de la représentation mentale d’obscurité ou de lumière. IL faut encore, selon lui, éliminer l’action de l’accommodation volontaire de lœil sans fixation d’un objet, car le phénomène ne se produisait que d’un sôté, à droite, alors que la puissance accommodative était sensiblement égale dans les deux yeux. {l faut encore éliminer l’idée de linhibition du centre constricteur vu l’unilatéralité et Pabsence de contractions musculaires. Enfin, le phénomène n’était pas dû non plus à la douleur ou à une émotion déprimante telle que celle de la erainte de la douleur, car
la malade était très calme.
Aussi, en présence de ces faits, Bechterew émit-il Phypothèse que l’action volontaire portait directement son action sur les fibres irido-dilatatrices du sympathique. Et, selon lui, il y avait deux ordres de faits dans la production du phénomène venant prouver son opinion. Les voici: En premier lieu, la malade éprouvait une sensation d’exorbitisme au moment où la pupille se dilatait ; puis,en second lieu,la pupille restait dilatée et la dilatation ne pouvait disparaître que sous l’influence de l’occlusion et de l'ouverture successive et plusieurs fois répétée des paupières.
En outre, Bechterew pensa que la cause de ce phénomène devait être un rapport préétabli entre le centre des impulsions volontaires et le centre irido-dilatateur.
En résumé, Bechterew « par une savante analyse physiologique et en rapprochant ce cas de la faculté que certaines personnes possèdent de ralentir ou d’accélérer les battements de leur cœur, est arrivé, dit Frenkel (87 p. 18) à la conclusion que sa malade détermine une dilatation. active (par un effort de sa volonté) de sa pupille par l'intermédiaire des fibres du sympathique ».
Dans la série des êtres on trouve certains animaux qui peuvent, paraît-il, dilater volontairement leur pupille. Ainsi les oiseaux, d’après Giraud-Teulon, auraient cette faculté, mais ils possèderaient aussi des fibres musculaires striées dans leur iris. Aussi, ces animaux paraissentils posséder un vrai pouvoir volontaire de dilatation pupillaire. Chez l’homme il ne paraît pas en être ainsi. Le cas de Shontagh est manifestement un réflexe sensitif.
Quant à celui de Bechterew il a d’abord été un réflexe de
et
cause sensitive. En effet, au début, la malade devait se courber fortement pour dilater sa pupille. Or, que faisaitelle ainsi? Un effort amenant une légère compression des sympathiques dont l’un, plus irritable pour des causes diverses, amenait la dilatation pupillaire. Et peu à peu, par l’exercice, elle est arrivée à produire la dilatation volontaire de sa pupille droite. Mon hypothèse est très vraisembl able et de plus, je la base sur une expérience que J'ai faite sur moi à propos du réflexe cutané-palmaire,
Le réflexe cutané palmaire est produit en comprimant le pisiforme ou le bout du petit doigt ou encore en chatouillant avec le bout d’un crayon, par exemple, le bord cubital de [a main. On doit, pour que le réflexe soit bien évident, fléchir légèrement les doigts sur la main. On observe alors une contraction musculaire déprimant le bord cubital de la main.
Ayant traduit un article du Dr Stembo sur ce sujet dans la Berliner Alinische Wochenschrift de 1894 (p.336) pour un de mes camarades qui faisait une thèse sur les réflexes cutanés et muqueux, je trouvai ce phénomène curieux. Comme il était très commode de le provoquer, à tout bout de champ je comprimais le pisiforme, pressais le bout du petit doigt gauche ou effleurais le bord
cubital de ma main gauche pour le voir se produire. Je suis arrivé ainsi, par l’exercice, à pouvoir contracter ce bord cubital de ma main gauche par un simple effort de ma volonté. Je n’arrive pas au même résultat avec ma
main droite. Pourquoi ? Par manque d'habitude.
128. Nous lisons dans les œuvres de Schiff (287, t. III, p. 107) que bon nombre detraités de médecine légale rapportent cette opinion de Bouchut que l’on a un signe certain de mort prochaine quand on voit survenir chez l’agonisant la dilatation de la pupille. Or, cette dilatation, d’après Schiff, est due à Pasphyxie. Le sang chargé d’acide carbonique irrite, en effet, le symphatique et aussi les centres médullaires et le ganglion cervical inférieur. En effet, la section du symphatique d’un seul côté empé-
che la dilatation de se produire de ce côté Ià.
Dans l’agonie, la dilatation est due à l’arrêt de la res-
piration dont le rythme ne se rétablira jamais plus (Schiff).
Mais, dans tous les états asphyxiques on peut observer cette dilatation pupillaire. Le sang asphyxique irrite les noyaux médullaires du sympathique, ce qu’on peut démontrer d’une façon très simple. Il suffit, pour cela, de couper les racines antérieures des trois derniers nerfs cervicaux et des deux premiers nerfs thoraciques chez des chiens et des lapins. Alors, maigré l’asphyxie on
n’observera plus la mydriase.
Schiff a combattu l'opinion de Bouchut, car, d’après lui, il n’est pas absolument certain que l'arrêt de la respiration soit définitif quand on observe la mydriase. Schiff en effet, a pu, sur divers animaux, provoquer expérimentalement une dilatation pupillaire maxima relative par l’asphyxie sans que la mort s’ensuive. La respiration reprenait ensuite d’elle-même, petit à petit, sans qu’on ait eu besoin de recourir à des artifices d’expérimentation
tels que l’insufflation. Mais, dit Schiff, la dilatation pupil-
laire ainsi obtenue est toujours moindre que celle obtenue en faradisant le sympathique,
Quand, après l’asphyxie, la respiration se rétablit, on voit que la pupille continue à se dilater, La dilatation, en ce cas, ne se produit que pendant le mouvement respiratoire pour diminuer ensuite ; puis elle se reproduit au deuxième mouvement respiratoire en devenant plus grande. On constate ce phénomène jusqu’à la troisième nspiration.
À quoi est due cette deuxième dilatation ? A l’action excitante du sang oxygéné sur les centres du sympathique et surtout, d’après Schiff, sur les terminaisons nerveuses de la périphérie qui, habituées à l’action du sang veineux sont surprises par l’arrivée de l’oxygène dans le poumon.
En résumé, nous devons conclure de ces faits que, dans le premier cas la dilatation pupillaire estdue à l’action de l’acide carbonique sur les centres médullaires et dans Le second à l’action de l'oxygène sur les terminaisons ner-
veuses de la périphérie dans le poumon (Schiff).
124 Dans la pause respiratoire du Scheynes-Stokes on constate de la contraction de la pupille qui redevient normale quand le rythme respiratoire reprend son cours normal.
125 Dans diverses autres maladies pulmonaires on observe de la dilatation pupillaire, double si les deux pou-
mons sont pris, unilatérale si un seul poumon estpris. Si
les deux côtés sont malades, la pupille la plus large correspond au côté le plus malade. Mais, si les ganglions bronchiques d’un côté sont frappés, on observera la dilatation pupillaire justement de ce côté, c’est-à-dire que c’est de ce côté que le diamètre de la pupille est le plus grand quand bien même le poumon de l’autre côté serait lésé. En somme, presque toujours, il y a dans ces cas une inégalité pupillaire qui n’existe généralement que si les pupilles sont dilatées. Ainsi, au début de laffection, ‘quand les pupilles sont parfois égales et contractées, l’anisocorie est intermittente.
126. C’est à Roque (224) que nous devons la connais sance de ces faits si intéressants. Les observations de cet auteur ont porté sur des cas dans lesquels l'inégalité a persisté après la mort et sur des cas dans lesquels on ne
Va constatée qu’après la mort. En voici le résumé :