CONCLUSION
L'iris, dont le rôle consiste à compléter l’œil en chambre obscure, est un diaphragme dont l’ouverture, appeée pupille, est douée de mouvements aussi délicats que compliqués accompagnant synergiquement les moindres mouvements de l'œil et qui réagit, en outre, sous Îles influences les plus diverses.
Son rôle principal semble être d’écarter les rayons lumineux qui passeraient à la périphérie du cristallin et de la cornée où ils seraient réfractés irrégulièrement, ce qui rendrait moins nette l’image qui doit se peindre sur la macula lutea, et puis, d'empêcher une lumière trop vive de venir blesser la rétine.
La pupille s’acquitte merveilleusement de son rôle grâce à des mouvements de dilatation et de contraction qui sont sous la dépendance de deux muscles, un muscle dilatateur et un muscle constricteur. Le premier de ces muscles est régi par des filets du sympathique venant du centre cilio-spinal, le second par le moteur oculaire commun.
Mais, à mon avis, la pupille est dilatée naturellement dans l'obscurité à cause de son élasticité propre. Sous
l'influence de la lumière, par exemple, son sphincter ‘se
contracte proportionnellement à l'intensité lumineuse, et toujours, pour üne quantité donnée de lumière ambiante, il y à une contraction donnée de la pupille. Le muscle dilatateur, lui, ne dilaterait surtout la pupille que sous l'influence des excitations sensitivo-sensorielles. Telle est l’opinion qu’a fait naître en moi la lecture d’un travail de Lans (154) dans lequel cet auteur expose qu'après 15 minutes de séjour à l’obscurité la pupille a son maximum de dilatation (7 mm. 8 de diamètre horizontal) qu’il a pu surprendre photographiquement par l’éclair magnésique.
Les mouvements pupillaires sont généralement des mouvements réflexes purs dont la gravure placée au début de ce travail permet de suivre les voies centripètes et centrifuges. Néanmoins la pupillle peut obéir quelquefois à des incitations purement psychiques. Le réflexe de O. Haab et celui de Roubinovitch en sont la preuve. Certaines personnes paraissent même avoir la faculté de dilater volontairement leur pupille, ainsi que Bechterew en rapporte un exemple.
Cette intervention de la volonté à propos du fonctionnement d'organes dont la direction paraît lui échapper n’a rièn qui doive nous étonner. Le prince Tarkanoff aurait, en effet, observé des individus qui, par un effort de volonté, pouvaient accélérer les battements de leur cœur. Or, s’il y a un organe qui, par nature, échappe à l’action de la volonté, c’est bien le cœur !
La pupille réagit, en outre, sous l’influence des moindres excitations extérieures, ce qui avait fait penser à
Schiff qu’on pourrait l’utiliser comme esthésiomètre. Elle
est, en effet, sensible à des excitations si délicates qu’elles vont aucune influence sur la pression sanguine dont on connaît, depuis les travaux de Vulpian, l'extrême sensibilité de réaction pour les excitants les plus faibles.
Enfin les mouvements de la pupille sont associés à ceux des paupières. Galassi et Gifford, puis Piltz, sans compter bon nombre d’autres auteurs dont nous avons déjà donné les noms, l’ont démontré par des expériences et des recherches dont nous avons également donné le compte rendu. De plus, l’existence de ces deux réflexes permet de dépister une affection de l'encéphale chez les sujets paraissant sains, puisque, d’après les statistiques des expérimentateurs c’est, en effet, surtout chez les gens atteints de maladiesnerveuses d’origine centrale qu’on les observe le mieux.
D'ailleurs, la pupille réagit de diverses façons sous l’influence du cerveau. Elle est dilatée dans les affections irritalives et rétrécie fortement dans la paralysie du cerveau : cette contraction exagérée est d’un sombre pronostic.
Mais à l’état normal la pupille doit présenter une certaine dilatation due à son élasticité propre et au tonus du muscle dilatateur. Ce tonus, existant toujours à l’état de veille,est dû aux excitations périphériques et à l’activité même du système nerveux tout entier. Les oscillations de l'activité nerveuse, en retentissant sur le tonus du dilatateur, provoquent les oscillations rapides du diamè-
tre pupillaire connues sous le nom d’hippus.
Aussi, quand la pupille est complètement immobile,
soit dans un seul œil soit dans les deux yeux, est-on en
droit de craindre et souvent de prévoir de graves lésions du système nerveux : du système ganglionnaire central et médullaire quand les réflexes à la lumière, à l’accommodation, à la convergence ont disparu ou sont engourdis; du système nerveux sympathique et périphérique quand elle ne réagit plus sous les influences sensitivo-
sensorielles.
Vu par le Président de la thèse,
LANDOUZY Vu : le Doyen
BROUARDEL Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris